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Monde

Trop de soldats et pas assez de nourriture

Séisme au Mexique. « Face à la catastrophe, solidarité ouvrière et populaire ! »

A la suite du tremblement de terre qui a secoué le pays, la solidarité se met en place mais fait face à de nombreux obstacles, comme le souligne le Mouvement des Travailleurs Socialiste du Mexique, dans cette déclaration politique.

1) Mardi 19 septembre, un séisme de magnitude 7.1 a ébranlé la capitale et plusieurs Etats du centre de Mexique, faisant au moins 225 morts. Dans la ville de Mexico plus de 40 immeubles se sont écroulé et nombreux sont ceux qui ont été affectés structurellement. Beaucoup sont les familles qui ont tout perdu, maison et patrimoine. Dans le quartier de Villa Coapa, le collège Enrique Rébsamen, s’est effondré causant la mort de plus de 30 enfants et de plusieurs enseignantes.

2) Des milliers de jeunes, de travailleurs et de secouristes sont en train de s’organiser spontanément pour secourir les personnes prises au piège : enlever les décombres, apporter des provisions, des médicaments et des outils. Montrant massivement, comme en 1985, les meilleurs sentiments de solidarité et d’entre-aide de notre peuple. Chaque survivant secouru d’entre les décombres remontait le moral de tous comme s’il s’agissait d’un proche ou d’un ami. À l’UNAM, l’IPN, l’UPN et d’autres établissements universitaires, des brigades de plusieurs centaines d’étudiants ont été mis en place.

3) Le gouvernement a répondu en envoyant des milliers des soldats, des marins et des policiers qui ont empêché immédiatement l’accès des civils qui souhaitaient collaborer. Les haut-parleurs d’alerte sismique, installés partout dans la capitale, recommandaient de ne pas sortir des maisons. Le but est d’empêcher l’organisation indépendante de la population et les actions en direction des sinistrés. Le secrétaire du Gouvernement et le secrétaire d’Education publique, présents à Mexico là où certains établissements se sont écroulés ont été hués par la population, qui a perçu ces visites comme des tournées à finalité électorale.

4) Un séisme est un phénomène naturel imprévisible et inévitable. Ce qui n’est pas « naturel », en revanche, c’est que plusieurs immeubles s’effondrent dans une ville considérée à haut risque depuis le séisme de 1985, et cela malgré le fait que les gouvernements successifs avaient promis d’améliorer les normes de construction antisismique et de sécurité. La réalité est toute autre. Les entreprises de BTP, associées aux hommes politiques corrompus, ont fait fortune en construisant des bâtiments de mauvaise qualité. C’est ce qui s’est passé dans l’effondrement de la faille à « Paso exprés » sur l’autoroute du soleil. Un contrôle efficace des travaux et une révision technique structurelle des bâtiments dans les zones à risque auraient pu contribuer à diminuer l’ampleur de la tragédie. La catastrophe actuelle est responsabilité de l’Etat.

5) La question des écoles retient notamment notre attention. La mort des dizaines d’enfants au collège E. Rébsamen relève de la négligence des autorités de l’Etat. L’état catastrophique des établissements scolaires est de notoriété publique. Aurelio Nuño, secrétaire à l’Education, vantait de l’investissement gouvernemental en infrastructure scolaire à travers son programme « Escuelas al cien », qui endette l’Etat au bénéfice des banques. Mais ces soi-disant investissements n’ont pas empêché l’effondrement des écoles, mettant en danger la vie et l’intégrité physique des élèves, professeurs et travailleurs.

6) Il est très difficile de mesurer les dommages matériels. On sait néanmoins d’ores et déjà que les ressources attribuées au Fond National de Catastrophes pour la reconstruction des zones affectées seront moindres que ceux que recevront les partis politiques bourgeois l’année prochaine, à l’occasion de la séquence électorale. Ces fonds étaient déjà faibles pour Chiapas et Oaxaca, après le séisme du 7 septembre. Avec la corruption rampante à tous les niveaux du gouvernement, les ressources risquent de ne jamais arriver à ceux qui en ont le plus besoin.

7) En tant que socialistes révolutionnaires, nous avons rejoint depuis le premier moment les collectifs et les actions de solidarité. Nous appelons la population en général à continuer cette collaboration. Nous appelons les syndicats à mettre à disposition toutes les ressources et les bras des syndiqués pour aider dans les tâches de secours pour les victimes, comme à Oaxaca après le séisme du 7 septembre où la CNTE, le syndicat enseignant de l’Etat, a donné l’exemple mobilisant des milliers de travailleurs de l’éducation.

Le gouvernement appelle cyniquement à la population à donner tout le nécessaire pour les sinistrés. Une façon de d’économiser sur les ressources publiques qui devraient être au service de ceux qui souffrent les effets du séisme.

Les grandes chaînes de supermarchés, les pharmacies et les laboratoires doivent faire don de tout ce dont on a besoin. En cas de refus, le gouvernement doit les réquisitionner. Les grands concessionnaires du transport doivent gratuitement mettre leurs unités au service du transport de la population pour garantir que les spécialistes, les brigadistes et les matériels nécessaires puissent arriver à temps.

En lieu et place de l’Armée, responsable du massacre de Tlatelolco en 1968, où on estime que il y a eu 1500 étudiants mort environ, de la « guerre sale » au nom de lutte contre le « trafic de drogue », mais aussi de la disparition forcée des 43 étudiants d’Ayotzinapa-, nous proposons que les secours et l’aide aux sinistrés soient réservés aux organisations et aux syndicats démocratiques.
Pour que personne ne reste dans la rue, il faut exiger un plan d’urgence de travaux publics et de construction des logements, financé par l’impôt sur les grandes fortunes et sur les bénéfices des grandes entreprises, la réduction du train de vie de l’Etat et le non-paiement de la dette extérieure.

Trad. MC

[Crédit photo - la Izquierda Diario - Mexique]




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