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Sélection en master : qu’est-ce qui attend les étudiants à la rentrée ?

Alors que le nombre des masters pouvant avoir recours à une sélection à la rentrée est contesté par certaines organisations étudiantes et que celles-ci ont obtenu le report de l'examen de cette liste par le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (Cneser), la sélection à l'université est déjà une réalité et de nombreux étudiants vont devoir y faire face à la prochaine rentrée.

L’examen de la liste des Master 2 sélectifs à la rentrée 2017 devait être à l’ordre du jour du Cneser du mardi 16 mai, mais est reporté en juin, suite à des contestations de diverses organisations. Ainsi l’Unef, la FSU, l’Unsa, la CGT et le SNTPES ont appelé à boycotter le Cneser. En cause, l’augmentation du nombre de masters concernés par cette sélection (1 473 sur 3 000 au lieu de 1 307 sur une liste de 2016). Mais les organisations dénoncent également le caractère anti-démocratique des méthodes du ministère de l’Éducation : des textes envoyés de plus en plus tardivement et des ordres du jour sur lesquels le Cneser se verrait « forcer la main ».

La sélection à l’entrée en M2 avait été jugée illégale par le Conseil d’État, mais cette décision ne prendra effet qu’à la rentrée 2018. Selon la dernière réforme des masters, la sélection en M2 doit disparaître au profit d’une sélection à l’entrée en M1, pour des raisons de cohérence du diplôme (ne pas couper ce diplôme de deux ans par une sélection au milieu). Cependant cet accord, validé par l’Unef et la Fage et dénoncé par Solidaires Étudiant-e-s dans un communiqué que nous avions relayé, entérinait le caractère sélectif et donc élitiste de l’université. Cet accord a été transformé en proposition de loi puis adopté par le Parlement le 19 décembre 2016.

Après la licence, ce qui vient pour les étudiants n’est plus une poursuite d’études normale et que l’on serait en droit d’exiger, mais une obligation de « démontrer ses capacités à intégrer un master » par un dossier de candidature, une épreuve spécifique ou un entretien. Et pour ceux qui ne prouveraient pas leurs « capacités », un soi-disant « droit à la poursuite d’études » est prévu par cette loi. Un étudiant peut saisir le rectorat s’il n’est pas accepté dans le master de son choix, puis le rectorat doit formuler trois propositions de master à l’étudiant. Cependant, rien ne garantit que ces propositions soient en lien avec la licence ou le projet professionnel de l’étudiant, et deux des trois propositions peuvent être situées dans d’autres universités de l’académie ! Lorsque l’on connaît la difficulté qu’ont les étudiants à se loger (nombreux vivent encore chez leurs parents par exemple), il est scandaleux de leur imposer une mobilité pour suivre un master.

L’interdiction de la sélection à l’université par la loi Faure après les mobilisations étudiantes de mai 68 est une chose sur laquelle les classes dominantes n’ont cessé de vouloir revenir. Déjà en 1986, la loi Devaquet qui devait « adapter le flux des étudiants au marché du travail » avait été mise en échec par des mobilisations puis abandonnée suite à la mort de Malik Oussekine. Les lois LRU et Fioraso quant à elles, permettent des processus de fusion des universités dont les conséquences sont tout aussi dramatiques pour les étudiants. On pourrait aussi évoquer Admission Post-Bac (APB), la plateforme qui dirige les bacheliers vers des filières « en fonction de leur choix et de leurs aptitudes » grâce à un algorithme obscur créant déjà des milliers de « sans-fac » à chaque rentrée.

Ainsi, face à des classes dominantes qui cherchent à nous interdire un libre choix de nos études, créant une sélection qui se fait toujours au détriment des classes défavorisées, les étudiants et les étudiantes doivent lutter ensemble pour l’université qu’ils veulent !

Crédits photo : SYLVAIN THOMAS / AFP




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