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Politique

Une jeunesse au pas

Service militaire obligatoire : Macron confirme sa promesse de campagne

Après l’instauration du plan étudiant dont un des aspects est de museler une jeunesse, jamais suffisamment docile, Macron a confirmé sa promesse de campagne lors de ses vœux aux armées : l’instauration d’un service national universel obligatoire.

Macron en chef des armés

Depuis qu’il a été élu, Macron n’a cessé de réaffirmer son statut de chef des armées, se plaçant en figure d’autorité, image forgée par la multiplication de décisions tendant à instaurer une politique de plus en plus sécuritaire. Chacun a le souvenir d’un Macron, tout juste élu, défilant sur les chars militaires après sa cérémonie d’investiture. A l’exception de la crise ouverte l’été dernier lorsque le chef d’état-major des armées avait démissionné en dénonçant les coupes budgétaires, Macron a fait un sans-faute dans son main-dans-la-main avec l’armée, commençant par augmenter de 16 milliards d’euros le budget en septembre dernier, faisant rentrer l’état d’urgence dans le droit commun, et dont la dernière offensive était lors de ses vœux aux armées la semaine dernière dans lesquels il a annoncé l’augmentation à 2% de la part du PIB le budget de la Défense ainsi que l’accroissement du budget pour les opérations extérieures d’ici 2025. C’est dans ce contexte qu’il a aussi garanti l’introduction prochaine d’un service national universel, plus communément appelé service militaire obligatoire. Les modalités exactes de sa mise en œuvre n’ont pas encore été révélées, à l’exception qu’il devrait durer près d’un mois pour tous les jeunes entre 18 et 21 ans.

La volonté d’une jeunesse docile et patriote

A travers ce service militaire, le gouvernement souhaite en réalité soumettre une jeunesse qui lui échappe encore bien trop à son goût à un embrigadement idéologique. Car Macron n’a pas encore de véritable encadrement de ce secteur dont il a conscience qu’il peut être l’étincelle qui déclenche des mobilisations, et compte bien y remédier. C’est ce qu’il s’attache à faire depuis le début de son mandat construisant des relais dans le mouvement étudiant, ainsi qu’une implantation de militants LREM dans les universités. Mais surtout, ce contrôle passera par le plan étudiant et l’instauration des fameuses « fiches avenir » qui donneront la possibilité aux professeurs de décider de l’orientation de chaque élève, tandis qu’à l’université ce seront les directeurs d’études qui auront la charge de surveiller individuellement de près les étudiants.

C’est dans cette veine que s’inscrit l’instauration du service national universel obligatoire, comme l’expliquait très clairement la porte-parole des députés LREM en évoquant : «  plusieurs semaines (...) qui permettent à chacun d’intégrer la Nation française » alors que Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat, décrivait en novembre dernier « un temps d’engagement de la jeunesse pour le pays ». C’est d’une part dans la perspective d’imposer à la jeunesse des jobs de plus en plus précaires, la restriction de l’accès aux études et la sombre perspective d’un avenir rythmé par le chômage et la précarité que Macron souhaite la faire marcher au pas et renforcer son patriotisme. Et d’autre part cette militarisation est une garantie pour l’Etat français de défense de ses intérêts impérialistes, sous couvert d’une justification de la lutte contre le terrorisme.

Les détails concernant ce qu’« apprendront » ces jeunes durant leur service, la période de l’année durant laquelle ils devront effectuer leur service (les jeunes qui sont obligés de travailler pour vivre devront-ils démissionner pour apprendre à quel point la nation française est grande ?), ou encore son financement, sont autant de questions qui restent pour le moment sans réponse. Les députés en charge d’étudier le dossier rendront leur rapport le 31 janvier. De quoi s’inquiéter.




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