Monde

Sierra-Leone. Des milliers de personnes réprimées pour avoir voulu se nourrir de poulets avariés

Publié le 25 juillet 2016

A Freetown, capitale de la Sierra-Leone, plusieurs milliers de personnes ont voulu reprendre des poulets enfouis dans une décharge, volaille jugée avariée par le Ministère de la santé. Le gouvernement a préféré la méthode gaz lacrimogène et tirs de balles de caoutchouc pour dissuader la population de se nourrir de ces poulets.

Manon Véret-Gay

Le samedi 24 juillet, des milliers de personnes envahissent un dépôt d’ordures dans la banlieue de Freetown, où ont été enterrés des milliers de poulets jugés « impropres à la consommation ». La foule s’est donc mise à déterrer à la pelle, au couteau, ou à la main les poulets avariés, y voyant l’occasion d’avoir un repas « décent » pour une population très pauvre. Afin d’empêcher les personnes d’emporter ces poulets avariés, le gouvernement sierra-leonnais envoie la police qui a violemment réprimé la foule. Usant de gaz lacrimogène et de balles de caoutchouc, elle fait plusieurs blessés et arrête quarante personnes.

Le poulet est un plat populaire en Sierra-Leone, peu cher et donc accessible aux 60% de la population vivant dans la pauvreté. De plus, le pays est aussi l’un des plus touché par le virus Ebola et a connu plusieurs épidémies. Avec 43% de la population en insécurité alimentaire, le Ministère de la santé a voulu prévenir une nouvelle épidémie en jugeant que ces poulets étaient de mauvaise qualité, et a donc décidé de les faire enfouir.

Mais à cette justification de la présence policière s’ajoute le risque démultiplié de maladies, par le fait que les poulets aient été enterrés dans la boue, au milieu des déchets humains, ordures et eaux usées. Le ministère craint alors épidémies et intoxications alimentaires : il publie un communiqué menaçant de poursuites toute personne ayant en sa possession un de ces poulets, et la police va même jusqu’à rechercher des personnes présentes qui auraient réussi à en emporter un. La population de Sierra-Leone est victime d’une lourde répression policière pour avoir voulu se nourrir, alors qu’elle souffre déjà de pauvreté, malnutrition et épidémies.

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