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Politique

Simple dysfonctionnement ?

Soirée Macron à Las Vegas : Business France, ancien bureau de Pénicaud, perquisitionné

Mardi 20 juin, des perquisitions ont été menées au sein du groupe Havas, géant de la communication, et à Business France, dont la directrice était à l’époque Muriel Pénicaud, actuelle ministre du travail. Cela fait suite à l’enquête ouverte par le parquet de Paris pour soupçon de favoritisme dans une soirée organisée pour la venue d’Emmanuel Macron à Las Vegas.

En janvier 2016, alors ministre de l’économie, Emmanuel Macron se rend à la French Tech Night, organisée à Las Vegas, pour parfaire son image internationale et rencontrer le patronat français alors qu’il est en pleine campagne et engrange les soutiens financiers. Pour cette occasion, c’est le groupe Havas, géant de la communication, dont une part du capital est détenue par Vincent Bolloré qui a été chargé d’organiser la soirée. Business France, agence française de développement des entreprises françaises à l’étranger et des IDE en France l’a désigné, sans avoir recours à la procédure d’appel d’offre publique. Suite aux révélations du Canard Enchainé de mars dernier qui fait état de cette irrégularité, le Parquet de Paris a ouvert une enquête pour « favoritisme, complicité et recel de favoritisme ».

Au moment de ces révélations, Michel Sapin, alors successeur à Emmanuel Macron à Bercy, avait assuré que ce dernier tout comme le ministère de l’Economie étaient « totalement hors de cause » et que cette affaire relevait d’un « dysfonctionnement de Business France ». Emmanuel Macron avait quant à lui assuré le 8 mars que sa « probité n’ [était] pas en cause ».
Pourtant, comme l’indiquait en mars la source du Canard Enchainé, l’opération avait « été montée dans l’urgence, à la demande expresse du cabinet du ministre » et en chargeant directement le groupe Havas de l’organiser. Cette soirée à 380 000 euros, financée par Business France, agence étatique, a été l’occasion pour Emmanuel Macron de rencontrer les patrons français, de nouer des liens précieux et très probablement d’obtenir les soutiens financiers pour sa campagne.

En dépit de la défense du président, les acteurs qui entrent en jeu sont loin d’être neutres. La directrice de Business France de l’époque n’était autre que Muriel Pénicaud, actuelle ministre du travail du gouvernement Philippe. Quant au groupe Havas qui a bénéficié du juteux contrat, c’est un géant de la communication, en partie détenue par le groupe Bolloré. Ce même groupe qui détient Cnews, Canal Plus, C8 et dont le propriétaire, Vincent Bolloré, n’avait pas caché ses accointances avec le personnel politique, lorsqu’en 2007 il avait prêté un yacht au tout fraichement élu Nicolas Sarkozy.

Une soirée de promotion du candidat président Macron, financée par une agence publique présidée par une future ministre macroniste, et organisée par une agence de communication à la solde de Bolloré, manitou des médias, qui obtient un juteux contrat… Voilà qui a tout l’air d’être un enchevêtrement de transactions entre personnel politique et patronat, le tout sur fond d’usage des deniers publics et de contrôle des médias qui ne tient, sans l’ombre d’un doute, au fruit du hasard.

Une affaire qui pourrait bien impliquer bien plus qu’un simple « dysfonctionnement de Business France » lorsqu’on regarde, avec quelques mois de recul, la trajectoire d’une des protagoniste, Muriel Pénicaud, et l’influence médiatique et patronale dont a bénéficié Macron pour se hisser à la présidence de la république.
Crédits photo : ROBYN BECK AFP




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