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Politique

Après la Place Vendôme, l’Elysée ?

Taubira. Une vraie candidate de gauche ?

Pétition en ligne, tweet la suppliant de se présenter et, depuis que Hollande a fait un pas de côté, la campagne a monté d’un cran chez ses soutiens : il faudrait que Christiane Taubira se présente ; il faut que celle qui a démissionnée, précisément, sur la déchéance de nationalité, sur laquelle Hollande est revenu dans son discours jeudi soir, incarne un « véritable espoir à gauche ». Vous avez dit à gauche ?

Née à Cayenne, en 1952, au sein d’une famille très modeste, la « biographie officielle » de Christiane Taubira est des plus floues jusqu’en 1993. Sa période de plus grande radicalité va de 1978… à l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Militante de la gauche indépendantiste guyanaise, elle préconise, dès 1981, une orientation bien plus conciliante vis-à-vis de la « métropole », elle, la grande pourfendeuse (parfois) des racines coloniales (bien réelles) de la République. Attitude conciliatrice qu’elle confirme, d’ailleurs, en 2010, en appelant à voter « oui » lors du référendum sur le passage de la Guyane à une collectivité d’Outre-Mer.

En 1993, c’est son premier gros succès politique, après être passée de l’indépendantisme de gauche au régionalisme politique. C’est alors qu’elle est élue députée « non-inscrite » de Guyane. Dans la foulée, elle s’empresse de voter l’investiture du gouvernement d’Edouard Balladur, alors que ses « amis » l’attendaient à gauche. Un an plus tard, c’est un nouveau mentor qu’elle s’est trouvée (la droite française ne voulant s’encombrer d’une députée noire, forte en gueule, qui plus est). Elle intègre donc la liste Énergie Radicale aux élections européennes, conduite par un certain… Bernard Tapie, exemple de probité s’il en est.

Réélue en 1997, elle rallie le groupe socialiste. Lionel Jospin étant moins ingrat que le RPR, on lui confie la direction d’une recherche sur les gisements aurifères en Guyane. On sait sur quoi cela débouché aujourd’hui : une chasse aux « orpailleurs clandestins » par la Légion Étrangère stationnée sur place alors que plusieurs multinationales s’apprêtent à débarquer en Guyane… et s’annoncent encore plus pollueurs que les orpailleurs. Les positions de Taubira, par ailleurs, sur les « Guyanais de souche » et la nécessité d’expulser les 50 000 clandestins qui résideraient en Guyane témoignent que son « progressisme » est à deux vitesses selon le côté de l’Atlantique où elle se trouve.

Habituée, déjà, à des tête-à-queue pensés avant tout en fonction de sa propre carrière politicienne, celle qui est inscrite jusqu’en 2001 au groupe PS à l’Assemblée passe, l’année précédant les présidentielles, au groupe Radicaux, Citoyens et Verts. C’est d’ailleurs avec les Radicaux, solidaires, pourtant de la Gauche Plurielle, qu’elle se présente aux élections présidentielles d’avril 2002, faisant 2,32%. C’est bien elle, et d’autres, comme Jean-Pierre Chevènement ou Robert Hue, qui contribuent à l’éparpillement des voix au sein du camp de l’ex-majorité présidentielle et qui conduit, au second tour, au duel Chirac-Le Pen que l’on sait.

Jusqu’en 2012, Taubira est réélue, localement, députée pour le compte du Parti Walwari, tout en continuant à fréquenter assidûment le Parti Radical de Gauche, dont elle devient vice-présidente. Un temps pressentie ministre d’ouverture de la Sarkozye triomphante, le président fraîchement élu ne lui confie en réalité qu’un rapport sur les accords entre l’UE et les pays Afrique-Caraïbes-Pacifique… qu’elle accepte, bien entendu. Ce n’est donc qu’en 2012 qu’elle accède, pour la première fois, à un poste ministériel qu’elle convoite depuis longtemps, et non des moindres, Garde des Sceaux, qu’elle quitte à grands fracas à la suite du débat réactionnaire sur la déchéance de nationalité.

Alors, certes, Taubira est à l’origine de la loi sur la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité et a su porter, en dépit d’une féroce campagne à son encontre, raciste et misogyne, la loi sur le mariage pour tous. Mais de là à faire de ces deux textes un passeport à vie et une garantie d’être « vraiment à gauche »… il y a un pas.

L’espace politique y est d’ailleurs passablement encombré : entre Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Gérard Filoche et Marie-Noëlle Lienemann, ils occupent tous le même créneau. Et ils ont tous un point commun : au Sénat, rue de Solférino ou dans les couloirs des ministères, tous ont eu des responsabilités et sont solidaires, dans les faits, de la politique menée par les socialistes. Tous, comme Taubira, d’ailleurs.




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