Jeunesse

Pourquoi j’irai militer mardi 27 septembre pour l’inscription pour tou-te-s

Témoignage : Montpellier. J’ai testé pour vous : galérer pour s’inscrire à la fac !

Publié le 26 septembre 2016

Les lignes qui suivent constituent le récit détaillé d’une étudiante interdite d’inscription à Montpellier en cette rentrée 2016 : un cas parmi tant d’autres qui appelle une réponse collective. Etudiants sans-fac et étudiants inscrits, c’est pour ça qu’il faut venir massivement au rassemblement appelé à 9h demain matin, devant la bibliothèque universitaire de l’université Paul Valéry !

Marie Malo

Je me présente : en 2015-2016, j’étais inscrite en tant qu’étudiante en master 1 MEEF Sciences économiques et sociales pour préparer le CAPES. Je n’ai pas eu mon année, et oui ça arrive… Et pour des raisons familiales et financières, j’ai décidé de déménager et de m’inscrire à Montpellier pour repasser mon année dans des conditions plus sereines.

Je trouve donc une colocation sur Montpellier, commence à chercher du travail : tout parait bien parti. Cependant, fin août en ouvrant ma boîte mail, qu’elle ne fut pas ma surprise de voir que mon dossier était refusé : motif, « niveau insuffisant ».
J’ai presque cru que mon ordinateur se payait ma tête ! Et dans cette tête moultes questions fusaient et un soupçon de culpabilité : aurais-je mal rempli le dossier d’inscription ? oublié de mettre mes notes de licence 3 dans mon dossier ?
Soit ! Le lendemain je souhaite tirer tout cela au clair.

Un mauvais remix des « 12 travaux d’Astérix »

Me voila donc au bureau de la secrétaire qui gère le master où j’ai voulu m’inscrire, pour démêler tout cela. Je lui explique ma situation et indique que j’aimerais savoir ce qu’ils entendent par « niveau insuffisant ». Sur la défensive, sa réponse est agacée : le département préfèrerait les gens sortant d’AES !
Etonnée, je lui dis que ce pré requis n’est indiqué nulle part.

Un peu agacée, elle me demande de quelle filière je viens : quand je lui réponds que j’ai une licence de sociologie, elle en conclut que l’explication est là.
Encore une fois étonnée, je lui indique que la moitié du programme de SES en lycée est constitué de sociologie, du coup que ma dominante n’est pas non plus à côté de la plaque. Encore un peu plus énervée, elle me dit de ne pas prendre un ton condescendant avec elle et qu’elle ne peut rien faire. J’essaie de lui expliquer que je ne veux absolument pas lui manquer de respect, mais juste comprendre : j’ai absolument besoin de cette inscription en master pour repasser le CAPES.
Discussion close pour elle : je sors du bureau un peu dépitée.
Je rentre chez moi sans grand espoir de trouver une solution, à part un recours auprès de la même commission qui m’a refusé l’inscription… Tu sens l’arnaque pointer le bout de son nez ! Et là, la magie de la colocation opère ! Ma colocataire me propose d’aller voir Solidaire étudiant-e-s qui pourrait m’aider à faire une procédure. Petit regain d’entrain.
Le lendemain me voilà donc repartie pour la fac.

Une entrée en matière dans les syndicats étudiants

Dans le bureau du syndicat la réception est un peu blasée. J’expose mon problème mais apparement n’étant pas la seule dans ce cas, et ces problèmes se renouvelant chaque année un peu plus, on me fait bien comprendre qu’il n’ y a pas trop de solution.
On me propose de me donner le mail du président de la fac, et de voir si je peux pas m’inscrire en tant que salarié en formation continue… à 6000 € l’année, et sans possibilité de financement d’un quelconque employeur, cette « solution » n’est clairement pas adaptée à mon cas !
De retour chez moi je remue ciel et terre pour trouver une alternative pour m’inscrire ailleurs : le site ciell 2, qui permet de retirer les dossiers d’inscriptions, subsiste la possibilité de s’inscrire pour une préparation au capes disponible pour les personnes ayant validé une licence. Je retourne donc au secrétariat du master MEEF, qui gère cette préparation. En attendant devant le bureau dont la porte est ouverte j’entend qu’une étudiant veut faire comme moi… mais surpriiiiiise, cette prépa n’est ouverte qu’aux personne ayant validé un M1 en fait ! Ok les gars faudrait se mettre d’accord sur les infos.
Je retourne donc chez moi bien dépitée. Mais une fois de plus ma colocataire arrive à la rescousse et me dis qu’un mouvement se met en place pour aider les personnes dans ma situation. Elle me donne donc le numéro d’un membre du mouvement. Je lui envoie donc un message qui explique ma situation et ce dernier m’informe d’une action au CEVU pour faire entendre la situation des sans fac.
Et oui je ne suis plus une galérienne, je suis une « sans facs » !
Le lendemain à 9h nous sommes une petite quinzaine, avec une banderole et un mégaphone. Je suis perplexe, on est peu nombreux, mais allons y.
Pas vraiment d’explication sur l’organisation de l’action, nous entrons dans la réunion.
Et là, le leader de l’action, président du SCUM (un syndicat local), menace personnellement les élus de la fac, « j’ai vos noms et vos adresses ». Je me sens très mal à l’aise, je viens pour demander qu’on m’inscrive et je me retrouve par la force des choses au milieu d’un truc dont je ne cautionne pas la tournure.
Je peux comprendre que la situation puisse enflammer le cœur et les esprits des personnes engagées pour notre cause… mais j’avais pas signé pour ça. Les mots sont forts et choquants, la réunion du CEVU est interrompue.
Lors de cette action, un étudiant de l’UNEF a pris la parole avec plus de prudence et arrive à calmer mon malaise. Je décide donc d’aller le voir et de lui expliquer mon cas. Il me dit qu’il s’occupe de déposer des dossiers pour faire les recours, je m’empresse donc de lui demander son aide. Ni une ni deux, je rentre chez moi, monte le dossier qu’il m’a demandé et retourne à la fac quelques heures après. Nous regardons ensemble les documents, il prend le temps de discuter de m’expliquer la situation, mais aussi de prendre mes coordonnées pour la suite. Pas sûr que cette démarche de dossier individuel soit une réussite, la fac gardant la main sur le tri des étudiants qu’elle décidera finalement d’accepter ; mais ce serait con de ne pas essayer.
Je rentre chez moi encore un peu chamboulée de l’action du matin, en me disant que si on reconnait ma tête sur mon dossier de recours, on va me refuser, mais avec un soubresaut d’espoir grâce à ce dossier de recours.

Militante… moi !?! De l’isolement à l’action collective

Mais tout ne faisait que commencer ! J’apprends qu’un groupe s’est formé, composé de sans-fac et d’étudiants mobilisés au printemps contre la loi travail, pour tracter et exposer notre situation, afin de préparer une nouvelle action, plus collective cette fois, et avec une ligne politique construite, sans menaces personnelles.
Ni une ni deux, je me retrouve à me lancer dans une sorte de militantisme qui me dépasse un peu mais qui pourrait peut être porter ces fruits.
Je distribue des tracts, parlent aux étudiants des personnes dans mon cas. Notre situation est comprise, notre future action bien accueillie : c’est enthousiasmant.
Je me charge de mettre en place un planning de diffusion de tracts pour la veille de l’action avec l’appui du président du SCUM. Une bonne quinzaine de personnes répondent et s’inscrivent sur le planning, sans-fac mais aussi étudiants solidaires ! Malheureusement, pas de nouvelle du syndiqué de l’UNEF, qui n’a pas l’air d’appeler à l’action collective à venir.

Le lendemain, je vais même à l’AG de Nuit Debout (une première pour moi) pour parler des “sans fac” et demander un relais médiatique et un soutien pour notre action. J’ai carrément la trouille, même si l’AG est restreinte, ma voix tremblote, mes genoux s’entrechoquent, mais comme disait l’autre : « c’est pour la bonne cause » ! Mes efforts sont récompensés : l’AG accepte de diffuser notre action, et après mon petit speech un homme vient me voir : il est vacataire à la fac de science et veut bien faire une intervention dans son cours pour parler de nous et de notre action.
Je ne m’y attendais pas : de la simple compréhension et de l’entraide, ça vous réchauffe le cœur quand on a l’impression de se battre contre des moulins.
Demain mardi, rendez-vous est donné devant la bibliothèque universitaire à 9h pour interpeller le Conseil d’Administration qui se réunit au même moment. En espérant qu’on soit nombreux et nombreuses, étudiants concernés, étudiants et personnels solidaires.

Je ne sais pas ce qu’il en sera mais voilà même si cela n’aboutit pas comme nous le voudrions, quelque chose s’est mis en marche collectivement. Cette petite réalité s’est imposée à moi : une situation devient merdique par l’inaction, alors voilà j’aurais au moins essayé. En attendant, se retrouver sans-fac à l’heure de la rentrée, sans perspective alternative et face au mur d’indifférence opposé par l’administration, c’est quand même une sacrée galère.