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Jeunesse

Mirail en grève

Toulouse. Mobilisation contre la fusion : premier bilan avant le second souffle !

Commencée le 14 décembre, la grève des personnels de l’université du Mirail, suivie par les étudiants est mise entre parenthèses depuis le vendredi 21 au soir, vacances obligent, mais dès le lundi de la rentrée, des AG sont prévues. Retour sur la première phase de cette mobilisation contre le projet de fusion des universités, imposé de force par les trahisons du président Daniel Lacroix.

Le mercredi 13 décembre, la grève votée en assemblée générale des personnels était soutenu par un large arc de force syndical : CGT, FSU, SUD éduc et UNSA et du côté des personnels, SE 31, UEC, UET, et UNEF du côté des étudiants. Si la plupart des syndicats étaient déjà en lutte contre la fusion durant l’hiver dernier, l’UNSA et la majorité de la FSU se sont joints à la lutte après les trahisons du président de l’université, Daniel Lacroix, qui, à plusieurs reprises, a trahi ses engagements.

Il s’était fait élire notamment sur sa promesse de ne pas fusionner les universités, et avait aussi annoncé publiquement qu’il respecterait le résultat de la consultation sur la fusion organisée début décembre qui avait fait ressortir le non à la très grande majorité. Or, il a utilisé son bulletin et sa voix prépondérante pour faire passer en force le projet de fusion lors du conseil d’administration du 12. Ce qui n’est pas passé auprès de son syndicat – la FSU, qui s’est prononcé contre les projets de fusion des universités, localement comme nationalement – qui l’a majoritairement désavoué.

Mais c’est surtout l’ensemble des personnels, et des étudiants, que ces trahisons ont radicalisés et qui ont ainsi fait vivre la grève. Alors que les taux de participation enregistrés à la consultation étaient bien au-dessus des taux habituels, le président a ignoré l’opposition au projet de fusion, ce qui a mis en lumière le fonctionnement anti-démocratique de l’université. À côté du refus de voir les conditions de travail et d’étude se dégrader, c’est aussi la question de la démocratie qui a été posée. Du côté des étudiantes et étudiants, l’intersyndicale a rapidement été remplacée par l’auto-organisation, en AG et en comité de mobilisation.

Une grève active, personnels et étudiant•e•s unis

Il ne s’agissait pas seulement de se mettre en grève, mais que cette grève soit visible et empêche l’université de fonctionner normalement, avec toujours l’objectif qu’un maximum d’étudiant.e.s et de personnels se joignent à la lutte. Sur 800 personnels, environ 200 étaient en grève ; quant aux étudiants, ils étaient jusqu’à 600 en AG où ils l’ont aussi majoritairement votée.

Si le Mirail est reconnu pour être une fac très à gauche qui se mobilise régulièrement, ce qui a donné du poids à cette mobilisation c’est bien que les personnels (surtout BIATS) prennent à bras le corps le combat, permettant ainsi de paralyser en grande partie la fac. Bibliothèques fermées, services administratifs grandement ralentis, plus de nettoyage extérieur, etc. À noter aussi que la nouvelle architecture de la fac ne permet que très difficilement de la bloquer physiquement, comme cela avait pu se produire à de nombreuses reprises auparavant.

Personnels et étudiants ont mené une série d’action en commun. L’action victorieuse la plus importante fut l’envahissement du conseil d’administration de la COMUE le vendredi 15. Réunissant plus d’une centaine de personnes, cet envahissement a bloqué le processus de fusion en faisant reporté la séance sensée acté le projet.

À côté de cela, ce sont les différents conseils de la fac (conseil d’UFR, de départements, CFVU...) qui ont été soit annulés, faute d’avoir le quorum suffisant, soit envahis parce qu’ils allaient voter la mise en place du plan étudiant. La seule bibliothèque restée ouverte a elle aussi été envahie ; des tours d’amphi et de TD ont aussi été réalisés en commun avec les deux secteurs en lutte tout au long de ces semaines de grève pour informer les étudiants et les enseignants. Un placardage de contre-pétitions, en réponse à celle pro-fusion, a eu lieu à la Maison de la Recherche, où se trouvent la plupart des enseignants-chercheurs. Une confrontation a pu avoir lieu avec le président lorsque l’accès à son bureau a été empêché par les grévistes, l’obligeant à répondre (démagogiquement) de ses actes. Une soirée de lutte contre la fusion ainsi qu’une manifestation ont aussi été organisées peu avant les vacances, succès aux vues du nombre de personnes mobilisées pour l’occasion.

Et l’unité de la lutte a pu commencer à se matérialiser plus largement, notamment avec l’intervention et la venue de grévistes du CHU de Toulouse à la fac. Les grévistes du Mirail ont aussi fait tourner une caisse de soutien et se sont rendus sur leur piquet de grève avec pour message le refus de voir le service public se dégrader toujours plus. Et si la mobilisation partait du rejet de la fusion des universités, ce sont plus largement le refus de l’application du Plan Étudiant et de la casse du service public qui ont été mis à l’ordre du jour.

Cette alliance, encore embryonnaire, des étudiants et des personnels reste à construire, mais a été un point fort de la mobilisation. Si les liens sont à renforcer entre les deux secteurs, il était clair que les revendications touchant plus directement les personnels ou les étudiants sont devenues des préoccupations communes. Des oubliés par contre : les agents de nettoyage, dont un bon nombre sont salariés par la société ONET, embauchés en sous-traitance par Vinci, le nouveau propriétaire des locaux universitaires qui, bien que travaillant sur la fac, n’ont pas été pris en compte dans le tableau revendicatif et qui sont pourtant l’expression même des conséquences de la privatisation des universités et de toutes les pressions et des dures conditions de travail que cela entraîne.

Les enseignants et l’approche des examens : les deux points fragilisant la mobilisation

Ce qui a majoritairement affaibli la mobilisation, c’est qu’elle a commencé moins de deux semaines avant les vacances de Noël, et donc juste avant les examens. Ce calendrier – qui ne doit rien au hasard – a déjà empêché la grève de se massifier : peur chez les étudiants de ne pas valider leur semestre, et pression exercée sur les personnels de la part de leur hiérarchie, de certains étudiants et enseignants pour assurer la préparation et la tenue des examens. La question de maintenir ou non cette première session a été au cœur des préoccupations. Le réel blocage des partiels auraient été un coup majeur porté à la présidence, mais le rapport de force, bien que conséquent, ne permettait pas de se risquer à maintenir un mouvement qui aurait été très minoritaire durant la période de partiel et qui n’aurait pas empêché les pressions et des inégalités de traitement face aux examens.

Le problème que cela met en lumière est celui du peu de mobilisation de la part des enseignants. D’un côté, les chargés de cours et les vacataires ont des statuts des précaires, ce qui constitue un premier obstacle pour se mettre en grève. De l’autre, les enseignants titularisés sont pour un certain nombre d’entre eux pro-IDEX (label avec subventions motivant la fusion), puisqu’à la clef, il y a le mirage d’une augmentation des budgets pour la recherche. Un fossé sépare les BIATSS des enseignants titularisés. Ce fossé est constitué de différences de salaire, de conditions de travail, de stabilité de l’emploi… Cela explique en partie pourquoi les enseignants-chercheurs sont en général moins enclins à se mettre en grève, et pourquoi l’un des enjeux de la rentrée va justement être de sortir de ce clivage.

Il y a chez les enseignants-chercheurs une incompréhension et une minimisation de ce qu’induit la fusion et de ce qu’est l’IDEX. Si la présidence agite comme carotte une enveloppe d’argent de 25 millions pour et uniquement pour la recherche, cet argent serait déjà réparti entre les différents établissements fusionnés. Et si la somme semble importante de prime abord, elle ne représente pas grand-chose par rapport au budget total d’une université (environ 170 millions annuels pour le Mirail). Cet argent ira bien sûr en premier aux laboratoires compétitifs et répondant aux critères d’excellence actés par l’IDEX – principalement l’aéronautique, la pharmaceutique, les sciences « dures » (donc très peu du côté de l’UT2J où les sciences humaines sont ultra-majoritaires). Et le chiffre de 25 millions n’est pas définitif. C’est de plus une subvention ponctuelle, sur candidature, qui pour être renouvelée demandera de remplir toujours plus de conditions préalables.

Si certains enseignants se sont mis en grève, cela est resté minoritaire. La mobilisation des enseignants auraient pu faire pencher la balance en paralysant pour de bon l’université. Cela aurait été un soutien aux BIATS qui sinon, se voient soumis à toutes sortes de pression, de la part même des enseignants. Et cela aurait pu permettre d’envisager plus sérieusement le report ou l’annulation des examens, en plus de porter un grand coup à la présidence.

Ainsi, si les examens auront lieu, il a aussi été voté que la grève se poursuivrait par la suite et que cela ne signait en aucun cas la fin de la mobilisation. Déjà, des AG personnels et étudiantes ont été appelées pour le lundi 8 janvier, jour de la rentrée. Et si durant les deux semaines de partiels, la fac n’est pas en grève, il va être discuté du blocage des conseils universitaires, pour continuer à en empêcher le fonctionnement normal. Une fois la période de partiels passée, il n’y aura plus d’obstacle à ce que l’université soit paralysée et qu’une bonne fois pour toutes, étudiants et travailleurs mettent en déroute ce projet, et plus si affinités.




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