Monde

Exproprions les expropriateurs !

UBS, comptes en Suisse, fraude fiscale en grand. A bas les secrets des riches !

Publié le 17 février 2016

Romain Baron

Une enquête débutée en mars 2011 sur la société suisse UBS, et sa filiale française, vient d’être dévoilée dans ses grandes lignes par Le Monde. Verdict sans appel : grâce à la tradition suisse du secret bancaire et des coffres forts mieux gardés que Fort Knox, ce sont des milliers de français (38000 selon Le Point), clients d’UBS, qui sont épinglés comme fraudeurs « passifs » (en majorité) ou « actifs », détenant en moyenne 1,1 million d’euros sur des comptes soustraits, de fait, au fisc français, pour un montant total présumé – colossal – de 12 milliards d’euros. Accusée de « blanchiment aggravé de fraude fiscale » et de « démarchage illicite » pour toute une série d’agissements courant de 2004 à 2012, la banque et sa filiale française ainsi que sept de leurs dirigeants ont été mis en examen, trois anciens salariés faisant l’objet d’un mandat d’arrêt. Naturellement la banque clame son innocence et sa droiture.

UBS (« Union de Banques Suisses »), est le numéro un mondial de la gestion de fortunes, présent dans tous les grands centres financiers de la planète, et en particulier sur les bourses suisse et américaine. Pour ce vaste système de fraude fiscale généralisée, la banque risque d’être condamnée à une amende de plusieurs milliards d’euros par le tribunal correctionnel de Paris vers lequel elle devrait être bientôt renvoyée. Du côté des clients, il y a les « passifs », ceux qui ont hérité de comptes existant antérieurement, ouverts en général par leurs ascendants. Les « actifs » eux, sont ceux qui ont ouvert eux-mêmes un compte illégal, ou qui en ont alimenté en pleine connaissance de ce qu’ils faisaient, par des dépôts parfois considérables. Des redressements avec pénalités conséquentes sont prévus (ce genre de délit va rarement au pénal). Bien sûr une partie de ces clients, sentant que tout cela commençait à sentir le roussi, se sont occupés en amont de régulariser peu à peu leur situation auprès de Bercy, moyennant une cellule de « dégrisement » qui a permis de ramener dans le giron français plus de 3 milliards d’euros d’avoirs.

Ceci reste anecdotique. L’essentiel est que le système UBS incarne combien la France représente aux yeux des banques suisses une formidable manne à appâter – d’où l’accusation de « démarchage illicite » par une armada de conseillers (les « chasseurs ») à l’affut de clients juteux, prêts de leur côté à se soustraire au fisc. Comptabilité occulte, techniques d’écriture sans nom ni sommes, secrets et concurrence interne en tout genre, aucun moyen n’était épargné pour faire – et faire faire – du chiffre, et pour rester inatteignable par les investigations menées par les agents du fisc.

Nous voulons voir tous leurs comptes, jusqu’au dernier : à bas les secrets des riches !

Pas beaucoup d’ouvriers, d’instits ou de petits paysans dans le lot évidemment : les grands patrons et chefs d’entreprises constituent la plus grosse part des fraudeurs. Mais on compte aussi un certain nombre d’artistes et de grands sportifs, ou encore des professions libérales (médecins, avocats), et bien sûr, des membres de l’aristocratie traditionnelle, de ces grandes familles aux fortunes dynastiques…

Pendant ce temps-là, on menace de prison ceux qui vont… frauder quelques tickets de métro ! On fait payer à des millions de travailleurs, de jeunes, de précaires, par des salaires ou des allocations de misère, une crise économique dont seuls les capitalistes sont responsables, et en plus, quand ils ont le malheur de relever la tête et de défendre leurs emplois et leur dignité sans baisser les yeux, on les harcèle, on les licencie, on les condamne à de la prison ferme.

De même que les scandales et la corruption des Cahuzac (qui avait, officiellement, repris le flambeau de Woerth au Budget pour lutter contre la fraude fiscale !), Balkany et consorts, ces scandaleuses évasions fiscales ne sont que l’illustration d’un système qui impose la double peine à ceux qu’il rançonne déjà, en leur faisant payer ces impôts que les riches eux, ne veulent pas payer. Un système dans lequel les patrons et grands de ce monde savent très bien ce que les petits gagnent, alors qu’à l’inverse, l’opacité est totale. A chaque fois l’argument du « secret » bancaire, commercial, professionnel est brandi comme sacro-sainte loi !

Ce système d’évasion fiscale est largement couvert par l’Etat français, et ce de longue date. Dernier épisode : Bercy a proposé en septembre 2013 une loi visant à régulariser les français détenant un compte illégal à l’étranger. Plutôt que de payer les lourdes pénalités prévues en cas de fraude, ceux-ci ont juste à s’acquitter des impôts qu’ils auraient normalement dû payer. Sous prétexte de remplir les caisses des impôts, ce système permet surtout de garantir l’impunité à ceux qui ont triché et volé de l’argent durant des dizaines d’années, et évite à l’Etat français de devoir enquêter… et sanctionner !

Que le fisc renfloue les caisses de l’Etat par ce genre de prises ne règle évidemment aucun problème de fond : c’est seulement lorsque ceux qui triment imposeront leur contrôle que ces scandaleux secrets des riches seront pleinement abolis. C’est à toutes leurs comptabilités que nous voulons accéder, leurs revenus véritables doivent être connus de tout le monde. Alors sera absolument clair que la richesse produite est de bout en bout volée à ceux qui la produisent réellement et que ceux-ci ont toute légitimité et tout à gagner à se la réapproprier !

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