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Genres et Sexualités

Harcèlement sexuel à l’hôpital

Un syndicat d’internes dénonce le sexisme dans le milieu médical

Début septembre, l’InterSyndical nationale des internes (Isni) a lancé un questionnaire en ligne intitulé « Hey, doc, les études de médecine sont-elles sexistes ? » dont les résultats, dévoilés dernièrement mettent en lumière un quotidien au sexisme omniprésent subi par les étudiantes du monde médical.

Crédits photo : © Anthony MICALLEF/HAYTHAM-REA

« A l’hôpital, mon chef de service m’appelle « petite chienne »  », raconte une étudiante de 23 ans à l’université Paris V. Comme 86% des 3000 étudiantes qui ont répondu au questionnaire (75% de femmes), cette étudiante explique subir le sexisme dans le milieu hospitalier. Parmi les étudiantes interrogées, 8,6% expliquent avoir été victimes de harcèlement sexuel, 12% parlent de chantage à connotation sexuelle, 34% dénoncent des contacts physiques ou gestes non désirés, et 9% des simulations d’acte sexuel. Une étudiante en sixième année raconte« C’est simple, je ne peux même pas me souvenir de la blague sexiste qui m’a le plus choquée. Il y en a tellement qu’on finit par ne plus relever  ».

Ce questionnaire, réservé aux internes, a été réalisé dans un contexte où les victimes doivent faire face à une subordination hiérarchique, où toute dénonciation de ces violences peut remettre en cause un stage et donc la réussite des études. Il y a quelques jours le HuffPost avait notamment publié un article relayant plusieurs témoignages de stagiaires de différents milieux professionnels victimes de harcèlement sexuel au travail d’autant plus difficile à dénoncer du fait d’une la position hiérarchique la plus basse. Thiziri Taibi, étudiante externe de 23 ans en sixième année à l’université Paris-V, explique que cette domination hiérarchique et économique empêche les jeunes en début de carrière de dénoncer le harcèlement subi « Il est parfaitement illusoire, voire intellectuellement malhonnête, de croire qu’une anecdote grivoise isolée retranscrit ce qu’est le harcèlement à l’hôpital. On se retrouve dans une double posture d’infériorité dans certaines situations, où le discours sexiste parfois se surajoute au statut d’étudiant en demande d’apprentissage  ». Comme le montre l’enquête réalisée par l’Isni, c’est avant tout les médecins les plus haut placées qui harcèlent le plus les étudiantes. Certaines étudiantes expliquent même choisir leur spécialité en fonction de leur réputation, la chirurgie était connue comme une des sections où le machisme est plus opprimant au sein du milieu médical.

Ce harcèlement sexuel qui débute sur les bancs de la fac se poursuit jusqu’au bloc opératoire, un huis clos qui est décrit par les étudiants comme un lieu de harcèlement, où se déroule, d’après l’étude de l’Isni, 24% des violences sexistes. « Au bloc, on est coupé du monde, et le chirurgien est une sorte de dieu qui peut se comporter de manière déplacée  », explique une autre jeune femme qui préfère de pas dévoiler son identité.

Cette nouvelle série de témoignages met une nouvelle fois en lumière les violences de genre au travail, la pression permanente que les victimes subissent pour ne pas dénoncer leurs bourreaux, du fait de leur position de subordination. Cette domination hiérarchique qui accentue l’oppression patriarcale que subissent les femmes précarisées ne peut qu’être combattue collectivement par un rejet global de la société capitaliste, et par une organisation des femmes travailleuses.




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