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Jeunesse

« Plan étudiants » du gouvernement

Université : vers la fin de la compensation des notes ?

Parmi toutes les conditions qui vont être imposées par le gouvernement et son « plan étudiants », l’une d’entre elles a pour le moment peu fait parler : la fin de la compensation des notes à l’université.

Par sa réforme de l’université, le gouvernement souhaite créer des licences dites « modulables », dont une des conséquences serait sans doute la fin de la compensation des notes. Aujourd’hui, un étudiant choisit une licence qu’il valide en trois années, par un système de compensation permettant de faire chaque semestre une moyenne des notes toutes les unités d’enseignement (UE) qui s’ajustent entre elles. Si la moyenne de l’étudiant est supérieure à 10, celui-ci peut passer au semestre suivant. Ce système avait été obtenu après la mobilisation de 2002 contre la réforme Licence-Master-Doctorat. Le projet du ministre de l’éducation est non plus de s’inscrire dans un parcours-type par discipline, qui aujourd’hui permet d’avoir un diplôme reconnu par d’autres universités, mais de choisir une série d’UE ou de modules, validés entre deux et quatre ans.

La fin de la compensation serait donc une conséquence logique de cette réforme, comme l’avait souligné Frédérique Vidal devant le Sénat début novembre : « S’agissant de la compensation, l’objectif est que l’inscription puisse se faire à l’unité d’enseignement. Les compensations ne se feront donc plus à l’année, les années n’ayant plus lieu d’être ». Le cabinet de la ministre a affirmé que pour l’instant « rien n’a été décidé » mais le syndicat Solidaires étudiants a également confirmé que la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation aurait certifié cette information lors d’une réunion consacrée à la définition des prérequis prévus par la réforme, mi-novembre.

In fine, la logique derrière cette suppression des compensations est un nouveau pas vers une sélection qui ne dit pas son nom. Une sélection qui touchera en premier lieu les étudiants qui doivent travailler pour se payer des études, et qui jusque-là arrivaient à valider leur année en rattrapant les matières dont les cours tombaient en même temps que leur temps de travail. De plus, on peut aisément imaginer que plus le nombre de modules validés au cours d’une année sera élevé, plus la valeur du diplôme sera grande, tandis que pour les autres ce sera un diplôme au rabais. Bien plus qu’un « effet collatéral », cet aspect de la réforme a bien évidemment été soigneusement réfléchi et il s’agit d’un choix conscient de la part du ministère de l’Education d’éviter à tout prix d’en parler, dont la plus grande peur serait que fleurisse une mobilisation massive des lycéens et des étudiants. Sans compter que cette modulation de la licence se fera sous l’égide d’un directeur d’études par le biais d’un « contrat de réussite pédagogique », une façon d’être dé-selectionné si par exemple l’on n’est pas assez assidu, ou si les notes ne sont pas assez élevées. Une façon de plus d’instaurer un contrôle individuel des étudiants, et d’adapter les diplômes aux besoins du patronat.




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