^

Notre classe

C'est la grève !

Vélib’ : L’emploi en roue libre…

Entretien. Dix ans après son lancement par la mairie de Paris, le groupe JCDecaux risque de voir le marché des Vélib’, qu’il exploite depuis son origine via sa filiale Cyclocity, lui échapper suite à son renouvellement. Nous avons demandé à Mohamed Dini, élu SUD, son point de vue. Source

Crédit Photo : Mardi 28 mars, les salariéEs de Vélib’ ne veulent pas du petit manège de la mairie...

Peux-tu revenir sur l’histoire de Vélib’ et la spécificité de vos métiers ?

Vélib’ est un service de location de vélos en libre service, exploité par une filiale de Decaux depuis son lancement en 2007 par la ville de Paris, un service étendu depuis à la couronne parisienne et à quelques villes de province.

À l’époque, le groupe avait offert ou presque les vélos à la ville pour mettre la main sur le marché de l’affichage publicitaire, mais il s’avère que, avec la casse et le vol, c’est moins rentable que prévu.

Les conditions de travail sont dures chez les itinérantEs qui travaillent tous les jours en extérieur, quelle que soit la météo, et la souffrance au travail forte chez les sédentaires. Les rémunérations restent modiques en dépit de plusieurs mobilisations ces dernières années.

Le 28 mars dernier, près de 90 % des 315 salariéEs étaient en grève et rassemblés devant l’Hôtel de ville lors du Conseil de Paris, où votre situation était examinée. Quelle suite prévue pour la mobilisation ?

La procédure d’appel d’offres est lancée et, pour le moment, c’est la PME montpelliéraine Smoove qui tient la corde. La décision définitive sera connue le 12 avril, et Decaux est prêt à saisir la justice en cas d’éviction.

Les salariéEs de Cyclocity sont révoltés par cette situation qu’ils considèrent comme une trahison, car nous étions confiants pour la pérennité de nos emplois quel que soit le repreneur. En effet, qui aurait pu se douter que la mairie et ses éluEs dit de gauche négligent de sanctuariser les emplois liés à une activité dont le succès n’est plus à démontrer ?

Dès l’été 2015, une intersyndicale CGT-SUD avait posé cette question à Christophe Najdovski, adjoint EÉLV en charge des transports, et sa réponse nous a sidérés : « Je verrai avec le service juridique si c’est faisable. » Relancé trois mois plus tard, il nous a finalement été répondu que le devenir de nos emplois était laissé à l’entière discrétion du repreneur potentiel !

M. Najdovski a bien dû recevoir une délégation le jour de notre rassemblement, non pas dans son bureau mais dans la rue et sous la pluie ! Les éluEs communistes et Danielle Simonnet, seule élue PG, nous soutiennent, mais il faut s’organiser dans la durée pour que la mobilisation soit plus percutante. Avec 300 000 abonnéEs, nous avons là un moyen de pression considérable, et les collègues ont commencé à perturber la régulation du système par divers moyens sur lesquels je ne m’étendrais pas…

Poursuite d’exploitation par Cyclocity, reprise du marché par Smoove, voire mise en régie municipale : quel futur pour les salariéEs de Vélib’ ?

Notre employeur n’a jamais eu autant d’attentions pour nous, alors que, en temps normal, il nous néglige, en particulier nos conditions de travail que j’ai toujours vivement dénoncées… Ce qui explique sans doute ma convocation au siège en vue de mon licenciement ce jeudi !

Peu importe qui sera le prochain exploitant, personne ne doit rester sur le carreau en sachant que nous sommes déjà en situation de sous-effectif. La ville a la capacité de se faire entendre. Sinon elle doit assumer ses responsabilités en internalisant en son sein Vélib’ et nos emplois !

Propos recueillis par LD




Mots-clés

Grève   /    Notre classe