Notre classe

Inégalité devant l’accès au soin

Vendée. À 84 ans, Yvonne S. est obligée de faire du stop pour se rendre chez son neurologue

Publié le 7 juillet 2016

La nouvelle a fait grand bruit. Âgée de 84 ans, une femme au seuil de la non-voyance devant se faire opérer prochainement s’est vue refuser une prescription médicale de transport pour se rendre à un rendez-vous avec son neurologue.

Léonie Piscator

Yvonne S., veuve depuis six ans et mère d’une fille « psychologiquement fragile », vit dans une grande précarité. Elle ne touche que 800 € par mois, dont la grande majorité passe dans son loyer. Elle avait rendez-vous mercredi dernier avec son neurologue pour préparer une opération chirurgicale. Les soucis de santé s’accumulant et ses maigres revenus ne lui permettant pas de se rendre à ses multiples rendez-vous médicaux, Yvonne comptait sur une prescription médicale de transport (déplacements pour raisons de santé pris en charge par l’Assurance maladie). Prescription qui lui a été refusée. Elle n’a alors pas trouvé d’autres moyens pour se rendre chez son neurologue, à 40 km de chez elle, que de faire du stop. Une situation abracadabrantesque décrite dans un article de l’édition de mardi soir de Ouest-France. À la lecture de cet article, un homme a finalement proposé à Yvonne S. de l’emmener à la polyclinique où elle devait se rendre.

Cette histoire, si elle se finit bien, est révélatrice de l’absurdité du système dans lequel nous vivons. L’individualisme exacerbé par notre société capitaliste conduit bien trop souvent à l’isolement des personnes dépendantes (en particulier des personnes âgées, et cela est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit de femmes). Le cas d’Yvonne S. est en ce sens emblématique, même s’il est loin d’être isolé. Mais dans ce cas précis, ce qui est atterrant, c’est la mauvaise foi dont ont fait preuve les responsables de la CPAM. « Les prises en charge restent exceptionnelles et elles sont réservées aux malades qui en ont besoin » a notamment déclaré Jocelyne Souici, responsable des services transports. Une hiérarchisation malsaine s’établit alors entre les personnes atteintes de différents handicaps, mises en concurrence pour un accès au soin qui devrait pourtant être le même pour toutes et tous. Encore une fois, ce sont les personnes les plus précaires qui sont victimes de ce système puisque dans l’incapacité de payer elles-mêmes le transport qui leur permettra de se faire soigner.