Politique

Les migrants pourchassés encore et toujours

Venu pour la 8ème fois à Calais, Cazeneuve annonce le démantèlement total de « la jungle ».

Publié le 2 septembre 2016

La tension monte à nouveau autour du bidonville de Calais où sont parqués, depuis des mois, des migrants qui ne renoncent pas à l’espoir de gagner l’Angleterre et cherchent, avec l’énergie du désespoir, tous les moyens d’y parvenir, allant jusqu’à prendre d’assaut les camions en transit vers ce pays tant convoité.

Claire Manor

Cazeneuve s’est donc rendu à Calais pour rencontrer, vendredi, les représentants des forces politiques et économiques locales, préfet et maire en tête, et leur donner des gages de résolution prochaine du problème. Face à une rentrée sociale qui promet d’être agitée, il importe, pour le gouvernement, avant d’affronter les travailleurs et leur résistance à la loi El Khomri, d’annoncer la couleur et de faire montre de la plus extrême fermeté, sur la question des migrants, comme sur celle du terrorisme ou du port du burkini.

Mais il y a loin des effets d’annonce à l’incapacité de sortir d’une impasse…

Toujours plus de migrants et toujours plus de désespoir


Depuis la validation le 25 février par le Tribunal Administratif de Lille de l’arrêté d’expulsion des migrants rassemblés dans la « jungle » de Calais, et malgré les belles promesses non tenues et la violence bien réelle, la perspective de démantèlement total n’a cessé de reculer.

La répression la plus violente qui s’est abattue sur les migrants dès le 29 février n’a en rien amoindri leur résistance et celle de tous ceux qui les soutiennent associations, habitants, militants… mobilisés contre ce traitement inique de réfugiés. Aucune alternative réelle ne leur était d’ailleurs proposée. Poussés à rejoindre des centres d’hébergement d’urgence répartis dans toute la France où orientés vers un centre d’accueil provisoire à proximité de Calais, ils ne pouvaient se résigner à se laisser disperser et éloigner de la frontière anglaise.

Une première phase de démantèlement a eu lieu au mois de mars dernier dans la zone sud et celui de la zone nord a été entrepris. Mais le déséquilibre entre les capacités d’accueil mises en place et les besoins d’hébergement demeure chronique. Aujourd’hui, alors que Cazeneuve avait promis aux autorités locales de Calais une réduction progressive du nombre de migrants jusqu’à environ 2 000 personnes, plus de 9000 d’entre eux vivent dans « la jungle » dans des conditions de précarité et d’insalubrité totales. La vie sociale reprenant ses droits, de petites activités s’y sont développées, des baraques de fortune tenant lieu d’échoppes se mettent en place et sont immédiatement l’objet d’interdictions. Une situation qui exaspère la douleur et la nécessité vitale de sortir de cet enfer. Et pourtant, la Méditerranée devrait livrer à nouveau, à l’issue de l’été, plusieurs milliers de ces « damnés de la terre » que rejettent les guerres impérialistes sur les rives de l’Europe.

Donner des gages aux uns et fournir ses armes contre les autres


Le gouvernement doit donner des gages aux autorités et aux intérêts locaux qui s’exaspèrent des promesses non tenues et de la tension qui monte, notamment entre les camionneurs et les migrants. Cazeneuve s’est donc à nouveau engagé au démantèlement total de la zone nord : « Mon intention est bien de poursuivre avec la plus grande détermination. Cela doit se faire par étapes, en commençant par créer davantage de places d’hébergement en France pour désengorger Calais », déclare-t-il dans un entretien à Nord Littoral. L’Etat compte intensifier les départs volontaires de Calais en créant d’ici la fin de l’année « 2.000 nouvelles places d’hébergement en Centre d’accueil et d’orientation (CAO) » et « 6.000 places en Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) »

Mais en attendant, interdiction et répression sont de mise contre les migrants. Le ministre de l’Intérieur affirme que les pouvoirs publics ont « déjà commencé le démantèlement de la zone nord, par un référé pour fermer les lieux de vente illégaux installés sur la Lande ». « Ce processus a été freiné par une décision de justice et j’ai saisi le Conseil d’Etat à ce sujet », ajoute-t-il. Le tribunal administratif de Lille avait mis son veto à cette demande.

Mais sa principale carte reste les forces de répression. En plus des 1.900 policiers et gendarmes présents sur Calais le ministre annonce un renfort de près de 200 hommes : « 54 policiers de la police aux frontières et deux unités de forces mobiles supplémentaires soit 140 CRS, affectés en priorité à la rocade et sur l’A16, ce qui permettra de redéployer les effectifs des BAC pour la sécurité des riverains de la rocade et du centre-ville ».

Ces effectifs supplémentaires permettront « de renforcer la lutte contre ces assauts de camions sur la rocade », précise-t-il.

Libre circulation des personnes. Un logement décent pour tous les migrants


Cazeneuve parle de « désengorgement » de Calais. Langage dont la grossièreté n’a d’égale que son inhumanité. Mais si l’on pousse plus loin cette métaphore on peut dire qu’il n’y a que deux issues à « l’engorgement » : stopper les entrées, et/ou favoriser les sorties.

Pour favoriser les « sorties », tous les yeux sont bien entendu tournés vers l’Angleterre. L’épisode récent du brexit a évidemment soulevé l’hypothèse d’un changement de politique vis-à-vis des migrants. Et si la frontière n’était plus à Calais mais à Douvres ? Voilà qui serait une aubaine pour Cazeneuve. Mais tel n’est pas le projet de l’Angleterre dans ou hors de l’UE et les accords passés avec la France en la matière restent bel et bien inchangés.

Quant aux « entrées », le gouvernement est pris à son propre piège. Hollande va-t-en guerre, champion des guerres impérialistes en France-Afrique et au Moyen-Orient, génère lui-même avec les autres impérialistes ces flux de migrants qui viennent si malencontreusement les encombrer sur leurs propres terres.
Il est clair que dans ses conditions, les migrants en France ne peuvent être que pourchassés d’un point à un autre, chasse à l’homme perpétrée par les forces de répression et qui n’a rien d’une politique d’accueil et d’hébergement.

Face à la politique et aux actes scandaleux du gouvernement à l’encontre des migrants, le camp des travailleurs doit se prononcer et se battre pour la cessation des guerres impérialistes, la libre circulation des personnes et le droit à un logement décent pour tous, à commencer par la réquisition des logements vides.