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Cinéma

« We Blew It » : American Ghosts

Spécialiste du cinéma américain des années 1970, Jean-Baptiste Thoret tente de montrer l’impact des années 1960-1970 sur les Etats-Unis d’aujourd’hui avec ce documentaire aux airs de road-movie dans lequel il sillonne ce pays d’est en ouest juste avant l’élection de Donald Trump.

Blog : Le blog de Erica Farges

En 2016, les repérages pour We Blew It ont duré neuf semaines, au cours desquelles Jean-Baptiste Thoret a parcouru dix-huit Etats en voiture.

Si le documentaire constate la montée et le succès de Trump dans le paysage politique, ce n’est en fait qu’un prétexte, un révélateur, d’un processus qui a été enclenché il y a presque quarante ans, celui de la mise en crise des idéaux et utopies des années 1960-1970.

Tout au long du documentaire, les différents témoignages, surtout des témoignages de personnes ayant vécu cette période prospère et idéaliste, se succèdent dans les différents Etats, pourtant la plupart des paysages se ressemblent avec leurs autoroutes, leurs stations-service, leurs panneaux publicitaires, leurs motels, leurs diners…

La mélancolie des Etats-Unis se fait ressentir par l’image plutôt que par le discours, construisant ainsi le portrait d’un pays hanté par ses fantômes passés. Les vestiges de son heure de gloire, mais aussi ceux des tragédies que les Etats-Unis ont connues, inondent l’écran. À Dallas, le temps semble s’être arrêté au 22 novembre 1963, le jour de l’assassinat de Kennedy, sur Dealey Plaza. We Blew It montre aussi une route 66 abandonnée. Bob Mankoff, chief cartoonist du New Yorker, interviewé dans la Freedom Tower, bâtie sur l’ancien site des Twin Towers, regrette les sixties et les seventies et ne croit pas en la possibilité que Trump puisse être élu Président… Le documentaire questionne la subjectivité et la porosité du temps en donnant une dimension temporelle aux paysages qui semblent souvent bloqués dans une boucle temporelle de laquelle ils ne parviennent pas à sortir.

We Blew It reflète la nostalgie d’un peuple, nostalgie d’une époque où la place de première puissance économique mondiale des Etats-Unis était considérée comme acquise et où la créativité a atteint ce que beaucoup continuent à estimer jusqu’à aujourd’hui comme étant son apogée. D’un côté les artistes et intellectuels qui regrettent l’effervescence artistique et culturelle de cette époque. D’un autre l’Amérique « profonde », qui veut croire en la promesse de Trump, « Make America Great Again », formule reprise de la campagne de Reagan en 1980, la promesse de redonner au peuple des Etats-Unis la sécurité et la stabilité qu’il a connu pendant son « âge d’or ». Cette nostalgie prend une forme fantomatique dans le documentaire avec un pays qui regrette les fantômes de son passé glorieux. Gloire réelle ou produit de l’imagination collective ? Les frontières entre le documentaire et la fiction s’estompent…




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