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Du Pain et des Roses

Répression dans l’État espagnol

3 ans de prison pour des militantes féministes à cause de la “Procession du Saint Vagin Insoumis”

Auteure:Angels Vilaseca Traduction:Malena Vrell Des membres de la CGT d’Andalousie sont menacés de prison pour avoir appelé à des manifestations à caractère syndical et féministe. L’Association des Avocats Chrétiens les accuse d’un soit-disant« délit de haine contre les sentiments religieux ».

mardi 29 septembre 2015

Jeudi dernier, Miguel Sevillano, Secrétaire Général de la CGT-Séville, et Felix Cervera, Secrétaire de la CGT-Andalousie, ont dû se présenter devant le Tribunal d’Instruction. Leur crime ? Avoir appelé à participer à la “Procession du Saint Vagin Insoumis” et à la manifestation du “Saint Enterrement du Droit du Travail”. Le tribunal réclame leur condamnation à des peines allant jusqu’à 3 ans de prison.

Au même moment, des manifestants se sont rassemblés aux portes du Tribunal pour manifester leur soutien aux accusés. Les manifestants ont réalisé une performance artistique contre l’intégrisme religieux catholique et pour le droit à la liberté d’expression. Ils ont par ailleurs dénoncé la criminalisation des mouvements féministes et ont insisté sur la nécessité de lutter pour la mise en place d’une séparation réelle et effective entre l’Église et l’État. Ces revendications incarnent en réalité un sentiment de saturation et d’exaspération déjà très présent lors des mobilisations les plus importantes sous le gouvernement de Rajoy. Dans un État très soumis à l’influence de l’Église, qui mobilise de son côté les secteurs les plus réactionnaires, ces dernières années ont été témoins de reculs historiques en termes de liberté d’expression et de droits des femmes, comme le montrent la Loi bâillon ou la limitation au droit à l’avortement pour les mineurs.

L’Association des Avocats Chrétiens, organisation intégriste et d’extrême-droite, a porté plainte contre la CGT pour les manifestations appelées à Madrid, Malaga et Séville. Ces dernières portaient les revendications du droit à l’avortement libre pour toutes, de la lutte contre la violence sexiste, et plus généralement de l’obtention de droits du travail. Bien que cette plainte n’ait pas eu de suite à Madrid et Malaga, elle a été enregistrée par le tribunal de Séville, qui a inculpé les deux syndicalistes pour avoir appelé aux manifestations d’avril et mail 2014 dans la capitale andalouse. Ces manifestations visaient notamment à dénoncer le licenciement à caractère homophobe d’une travailleuse de l’entreprise d’autobus “Demoiselles de Séville”. Dans ce cadre, les manifestant-e-s ont brandi la représentation symbolique d’un “Vagin Insoumis” ainsi qu’un cercueil contenant les droits du travail et droits sociaux des travailleur-se-s.

A la suite de cette action, l’Association des Avocats Chrétiens a accusé les manifestant-e-s de “mettre en scène des processions de la Semaine Sainte sous la forme de la moquerie », s’attaquant ainsi « aux croyances religieuses” et à la Conférence Épiscopale.

Il faut souligner que cette organisation est plus qu’habituée à provoquer de telles « polémiques » exprimant le discours le plus obscurantiste et réactionnaire des instituions ecclésiastiques. En effet, selon l’avocat de la CGT et de la Coopérative Jarsia, dans des déclarations faites à diario.es : “Ces dernières années ont été le théâtre de multiples dénonciations proférées par cette obscure association à l’encontre de ce type de manifestations qui, loin d’être des délits comme l’Association des Avocats Chrétiens cherche à le faire croire, visaient à lutter pour la liberté d’expression et le droit à manifester ». L’avocat a aussi exprimé sa surprise “face à l’utilisation banale, et basée sur des intérêts politiques pré-démocratiques, du droit pénal”, en faisant référence aux articles du Code Pénal (comme l’article 522) derrière lesquels se replie l’Association religieuse.

De la même façon, Miguel Montenegro, Secrétaire fédéral de la CGT Andalousie, dans des déclarations faites à la Izquierda Diario, a qualifié cette législation de “propre à l’époque franquiste” et signale qu’elle “porte clairement atteinte à la liberté d’expression”. C’est ce qui pousse la CGT à exiger l’abrogation de cette législation.

Dans le cadre d’une interview accordée à notre quotidien [La Izquierda Diario, NdT], Miguel Montenegro exprime sa consternation face au fait « qu’une demande tellement déphasée et anachronique, de la part d’organisations complètement intégristes, puisse être arrivée aux instances de Justice. Ce qui semble plus qu’ironique vu à quel point la prise en charge des cas de corruption semble au contraire être complètement paralysée ».

Si, de prime abord, il semble irréel qu’au XXIe siècle de telles demandes puissent atteindre les Tribunaux, il ne faut toutefois pas s’en étonner et se préparer à ce que ces situations se répètent. En effet, l’Eglise catholique dispose d’un pouvoir très ancré au sein de l’Etat espagnol, solidement assis par l’étendue de ses privilèges économiques. Cette position de faveur permet ainsi à des syndicalistes d’être trainé-e-s en justice pour avoir osé manifesté leur opposition à la domination patriarcale imposée par les institutions religieuses, quand des déclarations homophobes ou sexistes, allant jusqu’à l’apologie de la violence de genre de la part d’importants représentants de l’Eglise catholique, demeurent totalement impunies.