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Du Pain et des Roses

CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES

Continuons le combat pour la libération inconditionnelle de Jacqueline Sauvage

Sarah Macna Jacqueline Sauvage a été condamnée à 10 ans de prison pour avoir tué son mari violent, qui avait fait subir des violences physiques, physchologiques et sexuelles à elle et ses enfants pendant plus de 47 ans. Suite à la mobilisation qui prenait de plus en plus d’ampleur médiatique autour de cet exemple de parodie de justice qui acquitte les policiers coupables de crime mais refuse de renconnaître la légitime défense des femmes qui subissent les violences conjugales, François Hollande a décidé de la « gracier » d'une partie de sa peine.

lundi 1er février 2016

La « remise gracieuse » de Hollande est une victoire insuffisante

Face cette décision du président, médias, personalités politiques et associations féministes ont déclaré victoire. Osez le féminisme, association féministe proche du PS et qui a mené en partie la campagne pour la grâce de Jacqueline Sauvage considère cette décision comme une étape dans la lutte pour les droits des femmes. De nombreuses personnalités reconnues de l’échiquier politique, de droite comme de gauche, ont remercié le président. Christiane Taubira, récemment sortie du gouvernement, se fécilite que le président ait entendu « [ses] arguments ».

En réalité, la « grâce partielle » accordée par Hollande est un geste qui reste surtout symbolique. En effet, la grâce ne fait que réduire de 2 ans et 4 mois la peine, mais ne revient nullement sur le contenu de la décision : Jacqueline Sauvage reste donc considérée par la justice comme coupable. Les gendarmes qui n’ont rien fait malgré la fugue et la première déposition faite par l’une des filles restent quand à eux blanchis.

Par ailleurs, contrairement à ce que les journaux ont pu dire ces derniers jours, il n’est pas certain du tout que Jacqueline Sauvage puisse retrouver sa famille « d’ici le mois d’avril 2016 ». En effet, d’après un avocat pénaliste interrogé par Le Parisien, la procédure devrait prendre encore de longs mois, pendant lesquels Jacqueline Sauvage devra à nouveau faire face aux juges (examen de « dangerosité », tribunal d’application des peines...), jusqu’à devoir peut-être porter un bracelet électronique à sa sortie de prison.

Quand on sait que Jacqueline Sauvage a déjà passé de longues années en prison en attendant son procès, et que l’ensemble de sa famille a été mis sur le banc des accusés face aux médias, on voit bien que le geste de Hollande n’est qu’un petit geste, destiné bien plus à éviter un énième scandale politique pour le gouvernement déjà bien ammoché plutôt qu’à faire avancer les droits des femmes.

Ce geste symbolique, néanmoins, n’aura pas manqué de faire réagir les plus réactionnaires, Christine Boutin en tête, s’insurgeant contre le « déni de toute autorité à la justice » qu’aurait constitué la décision présidentielle. Christine Boutin, ainsi que de nombreux magistrats, s’opposent au fait que le président se soit immiscé dans les affaires de justice, remettant selon eux en cause la séparation entre les pouvoirs executifs et judiciaires. On s’étonnera pourtant de ne pas les voir plus souvent se mobiliser contre l’état d’urgence et son Etat d’exception, qui rompt brutalement cette prétendue « séparation » - qui en réalité n’existe sur le papier.

Mais c’est en se cachant derrière celle-ci que Hollande cherche à expliquer les limites de la grâce qu’il a accordé à Jacqueline Sauvage, « dans le respect de l’autorité judiciaire ». Quand il s’agit de condamner des syndicalistes qui se battent pour sauvegarder leurs emplois, c’est le procureur de la République qui mène la danse ; mais quand il s’agit de grâcier une femme qui a déjà vécu 47 ans de sa vie dans la prison d’un mari violent, alors la République invoque la séparation entre le pouvoir executif et le pouvoir judiciaire.

Contre les violences faites aux femmes, pour Jacqueline et toutes les autres, le combat continue

Loin de reconnaître le droit à la légitime défense pour les femmes qui subissent des violences, loin, bien loin de chercher à répondre à la situation vécue par des millions de femmes, le gouvernement PS cherche à couvrir d’un vernis bien terne la réalité de sa politique en matière de droits des femmes : fermerture de centres IVG, fermeture de centres de Planning Familiaux, soutien à la police qui pourtant méprise et remet en cause la parole des femmes qui ont le courage de sortir du silence, austérité dans les services publics, suppressions de postes dans les hôpitaux, etc.

Nous ne pouvons que nous réjouir que Jacqueline Sauvage puisse sortir de prison et retrouver le plus rapidement possible ses filles, qui l’ont défendu avec courage, malgré la volonté de la justice de les faire passer pour coupables, elles aussi. Mais loin de considérer cette « grâce partielle » comme une victoire ou comme une étape, nous devons la considérer comme un signe : un signe qui nous montre que si nous nous en remettons à toutes ces personnalités politiques qui ont signé la pétition en soutien à Jacqueline Sauvage mais qui perpétuent et poursuivent les attaques qui sont faites envers les droits de femmes, que si nous nous en remettons aux institutions de cette République, alors nous n’obtiendrons jamais justice. Il faut donc poursuivre la mobilisation qui a commencé à naître autour de la solidarité avec Jacqueline Sauvage, et l’amplifier pour exiger sa libération inconditionnelle.

Pour qu’aucune femme ne se retrouve dans la situation de Jacqueline Sauvage et de ses enfants, isolés face à un mari violent et une police insensible à leurs souffrances, pour qu’aucune femme ne se retrouve seule face aux mépris de cette justice de classe, c’est toutes et tous ensemble que nous devons nous battre. Hollande, merci, mais non merci : c’est bien de nos luttes et non de ta parodie de charité que nous gagnerons nos droits : pour que des centres d’accueil soient ouverts pour les femmes victimes de violences, pour qu’aucune femme ne soit dépendante économiquement de son mari ou de son père, pour des salaires décents, qui permettent à chacune de vivre sa vie comme elle l’entend, pour l’accès à la contraception et à l’avortement, pour une vie libre et libérée des violences.