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États-Unis. Des milices d’extrême-droite aux côtés de la police pour réprimer les manifestants

Depuis le début du mouvement anti-raciste en juin 2020 suite à l’assassinat de George Floyd, et significativement depuis la résurgence de celui-ci après que deux manifestants aient été tués par un jeune suprémaciste blanc, il est indéniable que les forces de police américaines et les militants d’extrême droite travaillent main dans la main pour réprimer les manifestants.

mardi 1er septembre

Crédits photo : AFP

Deux jours après que Jacob Blake ait été touché de sept balles dans le dos tirées par un officier de police alors qu’il se trouvait dans sa voiture avec ses enfants, Kyle Rittenhouse, a tué deux personnes et en a blessé grièvement une troisième lors d’une manifestation contre les violences policières à Kenosha dans le Wisconsin.

Ce militant d’extreme-droite faisait partie d’une des nombreuses milices ayant vu le jour depuis mai dernier pour réprimer la mobilisation anti-raciste à l’aide d’armes à feu. Ce crime vient radicaliser un mouvement né de la mort de George Floyd par la police de Minneapolis, le 25 mai 2020, historique par son étendu, sa profondeur, et sa longévité.

En effet, la ville de Kenosha, au nord des Etats-Unis est secouée depuis l’assassinat de Jacob Blake, un Africain-américain de 29 ans lors de son interpellation, par de nombreuses manifestations dénonçant le caractère raciste de ce crime et le racisme systémique. Lors de ces dernières, on a vu dans les rues, les membres de milices d’extrême droite, lourdement armées, s’allier aux policiers contre les manifestants.

Kyle Rittenhouse, s’il ne faisait apparemment pas officiellement partie de l’une d’elles, était venu en voiture d’une petite ville de l’Etat voisin spécialement pour la manifestation, dans le but de « protéger la population » des anarchistes et émeutiers accusés plus tôt par Donald Trump d’être à l’origine des affrontements. Républicain et pro-Trump, Kyle aspirait à devenir policier et avait déjà participé à un programme d’exploration dans son service de police local, formant des adolescents et des jeunes adultes à certaines activités de police et à l’utilisation d’armes à feu. Dans la nuit du 26 au 27 août, l’adolescent a tiré à de nombreuses reprises sur des manifestants qui le poursuivaient, tentant de le désarmer de son fusil d’assaut. Passant tranquillement devant les forces de police, ce n’est qu’une fois rentré chez lui en Illinois qu’il a été arrêté et chargé de meurtre au premier degrés.

Outre la répression policière féroce et la venue de la garde nationale dans les principaux épicentres de la mobilisation, Trump a recours à sa base sociale réactionnaire pour tenter d’anéantir le mouvement, diabolisant les « anarchistes ». En juin déjà, c’est une douzaine d’hommes armés qui avaient été chaleureusement accueillis par le chef de la police de Snohomish pour réprimer la manifestation. S’appuyant sur l’idée prétendue de défendre les citoyens des violents manifestants, les milices d’extreme-droite se sont multipliées pour aider la police à réprimer la mobilisation, couvertes par le second amendement de la Constitution américaine. Il est indéniable qu’il existe une certaine connivence entre les forces de police américaines et les milices d’extrême droite, souvent pro-Trump et prônant la suprématie blanche. Ce dernier dispose en effet que « Une milice bien organisée, étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ».

« A well-regulated militia being necessary to the security of a free State, the right of the People to keep and bear arms shall not be infringed. »

Il semblerait que certains policiers et membres des milices aient sympathisé et se soient entraidés au cours de cette semaine, comme lorsqu’un policier a offert de l’eau à un groupe armé incluant Kyle Rittenhouse, portant son semi-automatique contre lui. Les deux groupes ont échangé et au cours de la discussion, l’un des policiers leur témoignant sa gratitude par la phrase « We appreciate you guys ». Ce n’est pas la première fois qu’une telle alliance a lieu : dans tous les Etats-Unis, des groupes armés d’extrême droite, affichant clairement leur soutien à la police, ont été protégés, encouragés et ont même collaboré. Déjà en 2018, la police de Sacramento en Californie, et l’un de ces groupes néonazis avaient ensemble pourchassé des militants antifascistes dont certains avaient été poignardés.

Selon un rapport de The guardian, des centaines de policiers de différents Etats partageraient des contenus racistes sur les réseaux sociaux et certains, comme un adjoint au shérif du conté d’Orange, ne cacheraient pas leur sympathie pour des milices d’extrême droite en arborant leurs insignes. Les départements de police concentreraient donc un grand nombre de membres de ces organisations qui sont dès lors, difficilement dissociables. Il est toutefois évident que l’objectif de l’institution policière, et ce de manière particulièrement décomplexée aux Etats-Unis, est de protéger la propriété privée, l’Etat et la suprématie blanche au détriment du peuple et des minorités.




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