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Etats-Unis. Grève sauvage des conducteurs de bus scolaires en Caroline du Nord

Un tiers de l’ensemble des chauffeurs de bus du comté de Wake, en Caroline du Nord, refusent actuellement d’assurer le ramassage scolaire afin de protester contre des salaires trop bas, et des charges de travail qui ont doublé voire triplé en raison de la pandémie, et cela sans augmentation des salaires.

vendredi 5 novembre

Crédit photo : Brian Batista/WUNC

Le 29 octobre dernier, les chauffeurs de bus employés par le service des écoles publiques du comté de Wake (Wake County Public School System – WCPSS), le plus grand district scolaire de Caroline du Nord, ont débuté une grève sauvage en réponse à la faiblesse de leurs salaires et l’augmentation de leur charge de travail. Environ 200 conducteurs ont jusqu’ici participé à cette grève, un chiffre qui représente un tiers de l’ensemble des chauffeurs du comté. Ce mouvement de grève est particulièrement significatif, étant donné qu’en Caroline du Nord, toute grève ou entrave au service public de la part de fonctionnaires relève d’un délit de « catégorie 1 » (la même catégorie que le vol ou l’effraction), et sont passibles de peines pouvant aller jusqu’à quatre mois d’emprisonnement.

La grève devait initialement être maintenue au moins jusqu’à mardi dernier, date à laquelle le Conseil d’Education du WCPSS a voté en faveur du versement d’une prime unique à tous les employés du district, et d’une augmentation de salaire de 1% pour le personnel certifié, classification qui inclut les chauffeurs de bus. Cependant, même dans un contexte sanitaire ordinaire, une telle augmentation s’avèrerait dérisoire et honteuse. En effet, le taux d’inflation par rapport à l’année dernière se situe aujourd’hui entre 3,6% et 5,3%, en fonction des indicateurs. Cette soit-disant « augmentation de salaire » n’a en réalité rien d’une augmentation : les chauffeurs de bus conservent en effet un pouvoir d’achat inférieur à celui de l’année passée. Malgré cette décision, les grévistes ont donc assuré qu’ils n’allaient pas s’arrêter là.

Le salaire de départ des chauffeurs de bus du comté de Wake (qui comprend la capitale de l’Etat de Caroline du Nord, Raleigh) est de 15 dollars par heure : il ne s’agit en aucun cas d’un salaire suffisant pour vivre. Selon le calculateur de salaire décent développé par le MIT, pour qu’un adulte célibataire et sans enfants puisse vivre dignement au sein du district, son salaire devrait être de 16,32 dollars par heure. Avec un enfant, ce montant s’élève à 33,39 dollars par heure. Dans une interview accordée à une chaîne d’information locale, un chauffeur de bus a ainsi expliqué que certains de ses collègues doivent avoir recours à des bons d’alimentation et à des aides au logement pour pouvoir joindre les deux bouts.

Pour cette année scolaire, le comté de Wake aurait eu besoin de 139 chauffeurs supplémentaires pour disposer des effectifs nécessaires. Pour compenser ce manque, les écoles ont dû redéfinir les itinéraires des bus pour qu’ils puissent transporter plus d’élèves. Les chauffeurs ont également été contraints d’assurer jusqu’à 6 trajets par jour – une charge de travail qui a triplé par rapport aux deux trajets qui leur étaient habituellement confiés, et ce, sans compensation salariale. Pour que tous les enfants puissent se rendre à l’école à temps, les conducteurs comme les élèves doivent se lever beaucoup plus tôt que les années précédentes, et rentrer chez eux beaucoup plus tard. Enfin, les chauffeurs sont même obligés de sacrifier les pauses qui leur permettaient d’aller aux toilettes.
Du point de vue sanitaire, alors que le district prévoit le port du masque dans les transports en commun, les chauffeurs expliquent que beaucoup d’élèves ne le portent pas, et regrettent de ne pas disposer de moyens pour faire respecter cette politique. Avec jusqu’à 60 élèves par trajet, et jusqu’à 6 trajets par jour, les chauffeurs de bus se retrouvent donc exposés à des centaines de passagers non vaccinés, sans aucune garantie de protection face au virus.

Depuis le début de la grève, certains parents ont été en mesure de trouver des transports alternatifs pour leurs enfants, mais même ceux qui ne disposent pas d’autres moyens de locomotion soutiennent la grève. « Si nous sommes dérangés pendants quelques jours mais que ça permet aux chauffeurs d’obtenir ce qu’ils méritent, alors nous sommes pour ! », a déclaré un parent d’élève interrogé par la chaîne états-unienne ABC. Un autre a affirmé « je suis totalement pour la grève des chauffeurs (…) notre Etat ne finance pas suffisamment les écoles publiques. On en demande beaucoup trop aux chauffeurs de bus, et ils ne sont pas rémunérés assez en retour  ».

Au début de la pandémie, alors que le système d’écoles publiques du comté de Wake fonctionnait à distance, les chauffeurs de bus continuaient à travailler pour faire parvenir de la nourriture aux familles dans le besoin, et des articles de protection personnelle au personnel scolaire afin de préparer la réouverture des écoles. Par ailleurs, certains chauffeurs se sont relayés pour travailler dans les garderies des écoles, des espaces créés après la reprise de l’enseignement en présentiel pour que les enseignants puissent faire garder leurs enfants inscrits à l’enseignement à distance.

Pendant la grève, les conducteurs de bus ont notamment travaillé en collaboration avec l’Association des Éducateurs de Caroline du Nord (North Carolina Association of Educators – NCAE, une association professionnelle pour les employés des écoles publiques) pour faire porter leurs revendications au niveau juridique. Cependant, depuis que les chauffeurs ont commencé à recourir à des actions plus radicales, la direction du NCAE semble reculer. La présidente de la section du comté de Wake, Kristin Beller, a seulement affirmé dans une interview avec le journal News & Observer de la ville de Raleigh qu’elle « comprend ce que ressentent les gens ». Même la commission scolaire des services du comté de Wake a montré plus de compréhension face aux exigences des chauffeurs…

La meilleure façon de soutenir les chauffeurs de bus serait pourtant que les enseignants et le personnel des services du comté se joignent à leur grève en solidarité. Actuellement, plusieurs appels incitent le comté à passer à l’enseignement à distance pour éviter l’impact de la grève sur les élèves. L’adoption de cette politique réduirait grandement l’impact de la grève des chauffeurs. Pour cette raison, il est essentiel que les enseignants leur apportent leur soutien, notamment en refusant d’assurer les cours à distance.

Traduction de l’article publié en anglais sur Left Voice, et en espagnol sur la Izquierda Diario.




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