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Du Pain et des Roses

« Heureusement, on a encore le droit de rêver, y compris le 14 Février… »

Être LGBT et anticapitaliste à la Saint Valentin

Témoignage Les mots d’ordre : Acheter. Offrir. Sortir. Consommer. Tant d’injonctions pour le jour de la « célébration de l’amour » ! Moi, par habitude, je tenterai de passer ce moment avec les gens que j’aime, amant.es, ami.es, parent.es… Mais, bombardé par les annonces publicitaires auxquelles on ne peut rien répondre, pressé de toute part pour célébrer l’accomplissement social du « couple », je ne peux m’empêcher de pousser une petite gueulante.

lundi 13 février 2017

Dans notre belle société de consommation, quoi de plus terrible que de doubler l’appel à l’amour d’un appel à consommer (au nom de l’amour !) une fois par an ? (Sans compter les autres fêtes commerciales…) C’est en ce jour que la ficelle est la plus grosse ! La ficelle d’un système culturel en faillite qui veut nous convaincre de la plus grande absurdité : qu’aimer, que désirer, c’est acheter ! Empoisonnant tous nos rapports sociaux, réveillant nos peurs paniques de précarité et d’abandon social, renforçant les injustices sociétales jusque dans nos rapports intimes…

La cerise sur le gâteau, c’est qu’en tant que personne LGBT, la Saint Valentin ne peut s’empêcher de me rappeler à chaque pas l’inclusivité douteuse de cette fête. Connaissez-vous le capitalisme rose ? La capacité pour le système capitaliste à absorber les luttes et revendications LGBTIAP dans ses rouages économiques ? Cette année encore, les LGBT sont au coeur du processus, lorsqu’une marque de cosmétique présente, pour le plus grand bonheur des consommateur.rice.s, un couple gay dans sa campagne publicitaire pour la Saint Valentin. Ou comment laver l’image d’une marque pour apparaître progressiste tout en maximisant le passage des mains au porte-monnaie.

Pourquoi aurions-nous besoin d’une Saint Valentin ? Quand on me parle de ce jour fatidique, je n’entends qu’un rappel désespéré d’une société qui se doit de réguler les rapports sociaux amoureux autour du sacro-saint couple homme-femme exclusif. Et malheur à ceux que la société écrase dont ce jour ne sera qu’un rappel douloureux de l’ascension sociale à laquelle ielles n’ont pas accès ! Que cela soit clair, je n’ai rien contre les couples hétéros, ni contre l’exclusivité amoureuse, bien que je ne réponde à aucun de ces critères. Et je suis relativement heureux des possibilités que m’offre ma vie amoureuse aujourd’hui. Mais j’aimerais juste porter la voix des jeunes LGBT qui, comme moi il y a des années, vivent une certaine souffrance, et/ou un certain isolement à chaque Saint Valentin. Et de tout ceux qui ne répondent pas à l’appel normatif de la « fête des amoureux » !

Alors, oui, célébrons l’amour ! (Et célébrons le bonheur d’être seul par la même occasion !) Je vous entends déjà dire que je suis un rabat-joie sans cœur, célibataire aigri et trouble-fête (ce, qu’au passage, si vous avez bien lu, je ne suis absolument pas…) Mais, pardon de revendiquer le droit à un amour libre, sans contraintes économiques ou sociales, qui peut être le coeur de la revendication pour une société plus juste et plus humaine. Où le besoin d’une Saint Valentin disparaîtra une bonne fois pour toute au profit d’une célébration annuelle de l’amour. Heureusement, on a encore le droit de rêver, y compris le 14 Février…




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