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Du Pain et des Roses

Interview d'OUTrans

Existrans. Samedi 17 octobre, marche des personnes Trans et Intersexes et de leurs soutiens

A l’occasion de l’Existrans (la marche des personnes Trans & Intersexes et des personnes qui les soutiennent) de 2015, Révolution Permanente a interviewé Jules et Sophie, militant-e-s de OUTrans, collectif féministe d’entraide et de soutien pour les personnes trans et leurs proches.

jeudi 15 octobre 2015

Révolution Permanente : Quel est l’état des questions trans aujourd’hui en France ?

Jules : En France c’est pas exceptionnel… Le mot d’ordre de la marche de cette année c’est qu’on est en retard, ce qui est vraiment dommage pour un pays qui se veut « le pays des droits de l’Homme ». La revendication phare de l’Existrans de cette année, même s’il y en a d’autres, c’est le changement d’état civil qu’on résume en "libre" et "gratuit". L’idée c’est de sortir de la procédure avec un juge, un avocat, des frais, parce qu’on veut quelque chose de simple, de gratuit, de déclaratif, et qui repose sur l’auto-détermination des personnes.

RP : En quoi, dans d’autres pays comme en Argentine, en Irlande, etc., il y a eu des progrès fait dans ce sens-là ?

J : Dans ces pays-là, il y a le Québec récemment, il y a le Danemark, Malte, etc., ont fait des lois vraiment optimales. Elles accordent le changement d’état civil sur simple déclaration sans aucun document médical, social, psychologique, tout ça, pour des personnes qui juste à partir du moment où elles ont envie ou besoin de changer d’état civil, elles se présentent devant une structure légale et elles disent "maintenant je m’appelle Georgette".

RP : Aujourd’hui il y a le SoFECT en France (Société française d’études et de prise en charge du transsexualisme). Est-ce qu’il faut absolument passer par là pour avoir accès au changement d’état civil ?

J : C’est pas forcément obligatoire. Le SoFECT, se sont les équipes hospitalières qui se sont auto-proclamées officielles et qui veulent que les personnes trans passent systématiquement par elles, ce qui en fait n’est pas le cas du tout. Il y a tout un tas de personnes trans qui font leur transition en-dehors des équipes hospitalières, mais c’est vrai qu’elles ont tendance à vouloir ramener les gens dans leur droit chemin.

RP : Il y a des gens qui demandent la suppression de la SoFECT.

J : Pour le collectif Existrans ça fait partie de nos revendications. C’est partagé par un certain nombre d’associations, mais pas forcément toutes. Ce qu’on demande c’est que ces équipes médicales soient démantelées parce qu’on considère que leur existence n’a rien d’officiel comme elles se proclament. Justement, elles jouent beaucoup sur ça : "On est des experts, on sait mieux que tout le monde". On n’est pas du tout contre l’accompagnement, contre l’aide par des médecins. Si une personne a besoin ou envie d’aller voir un médecin, cette personne devrait être soutenue. Mais ce n’est pas ce que fait la SoFECT. Ils ont des trucs très arbitraires, des trucs très problématiques dans leur accueil des personnes, dans leur suivi, et ça pose un vrai problème. Leur positionnement est vraiment problématique parce qu’ils remettent en question non seulement les associations, mais aussi les personnes trans elles-mêmes, parce qu’ils considèrent vraiment qu’ils savent mieux que tout le monde, y compris que les personnes trans.

RP : Qu’en est-il de l’accès libre aux hormones, puisque c’est pas le cas aujourd’hui en France. Est-ce que c’est forcément par le SoFECT qu’il faut passer ?

J : Pas systématiquement. Le gros problème à l’heure actuelle, c’est que dans une grande partie des cas il faut avoir une attestation d’un psychiatre avant de pouvoir y avoir accès.

Sophie  : Et ça dépend de la situation géographique. Il peut y avoir des gens qui accèdent directement à l’endocrino, parce qu’ils ont un réseau associatif, parce qu’ils ont un réseau amical, et l’endocrino va tout de suite donner les hormones.

J  : C’est assez variable, mais malheureusement dans la plupart des cas les endocrinologues demandent le petit papier du psychiatre avant.

RP : Où est-ce qu’on en est quant à la protection au niveau de l’emploi ? Une des revendications de l’Existant de cette année, c’est l’accès au travail et la protection des salarié-e-s.

J : Le problème c’est encore et toujours la même chose : c’est assez aléatoire. Encore à l’heure actuelle, il y a maintenant l’égalité de genre qui est prise en compte, seulement si on insiste, on arrive à montrer que le licenciement est transphobe, mais ça reste assez rare Et le problème est là, c’est qu’il n’y a pas de reconnaissance de la transphobie, des licenciements abusifs, des mises au placard, etc.

S : Au niveau des papiers aussi : on ne pourra pas accéder au monde du travail. Au moment où vous signez un contrat de travail, on doit présenter ses papiers d’identité, la carte vitale, etc. Ça peut être une source de refus, mais qui ne sera pas prouvable. On ne peut pas porter plainte contre cela parce que l’employeur peut très bien dire "non, vous ne correspondez pas au profil".

RP : On est à quelques jours de l’Existrans, les revendications sont centrées sur le changement d’état civil, l’emploi, etc. Mais au sein du mouvement LGBT en général, est-ce que c’est quelque-chose qui est pris en compte ?

S : Je vous donnerai la réponse samedi ! Aujourd’hui c’est un peu mieux pris en compte par la communauté LGB. En 2005, j’avais été interviewée par Yagg, on m’avait posé la même question et j’avais dit : "Quelle communauté LGBT ? Les LGB ne soutiennent pas du tout, ils ne connaissent même pas nos revendications". Aujourd’hui ils les connaissent, mais je sais pas s’ils se mobilisent pour autant. On s’est mobilisé pour le mariage, véritablement, parce que nous sommes concernés par le mariage. Mais je ne sais pas s’ils se sentent concernés par nos revendications.

J : J’aurais dit la même chose. C’est vrai que l’année dernière il y a eu pas mal de soutiens pour la marche des LGB, mais je pense qu’il y a encore une étape à franchir.

RP : Quelle est maintenant la stratégie à suivre pour pouvoir obtenir nos droits ? Après le mariage pour tous, où est-ce qu’on en est au niveau de la stratégie à adopter ?

S : Cette année, la manifestation de rue est super importante, c’est la stratégie pour nous ! On veut montrer au gouvernement que nous existons et que nos revendications sont plus que jamais à écouter.