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Du Pain et des Roses

Hollande en Grèce

Fliquette et sexisme. ‘Le Figaro’ fait dans le lourd

Camilla Ernst « Plutôt très jolie, grande, blonde et parlant français », ce n'est pas une annonce sur un site de rencontre, mais bien les mots employés par Le Figaro ce lundi 19 octobre pour décrire la garde du corps qui escortera François Hollande lors de sa visite à Athènes le 23 octobre. Mais le quotidien ne s'arrête pas là : « le gouvernement grec l'a donc sélectionnée pour "protéger" ; le président français », « il s'agit d'un petit geste d'Alexis Tsipras pour remercier François Hollande de son amitié envers la Grèce ». Aussitôt attaqué pour sa brève sexiste, le journal a été obligé de s'excuser auprès de la policière et de ses lecteurs. Qu'il l'ait fait à travers un tweet démontre l'importance qu'il accordait à ces excuses...

lundi 19 octobre 2015

En quelques phrases, Le Figaro réussit au travers de cette brève la performance de concentrer un certain nombre des pensées sexistes qui prédominent encore aujourd’hui, déclenchant la colère sur les réseaux sociaux. À commencer par la description de Evridiki Soulioti, dont on connaît le physique avant de s’être intéressé à sa fonction, pourtant le motif principal de sa présence aux côtés de François Hollande, vendredi. Grande, blonde, il ne manque que « à forte poitrine » pour que la description soit complète et plaise à ces messieurs. On en revient toujours là, quoiqu’elle ait fait de sa vie, une femme sera toujours jugée en premier lieu sur son physique. Elle se doit d’être désirable, rentrant dans les normes de beauté imposées par une société patriarcale.

Mais Le Figaro ne s’arrête pas là. Pour le journal, quand une femme est chargée de la sécurité d’un président, elle le « ‘protège’ ». Des guillemets qui en disent long sur le crédit qu’on porte aux femmes quand elles s’aventurent dans des métiers pensés au masculin. Est-ce rassurant de mettre les gens dans des cases au point que, dans notre société genrée à l’extrême, toute tentative de sortir des sentiers battus et de déconstruire les normes de genre soit montrée du doigt, décrédibilisée, remise en question ?

Et pour finir en apothéose, le journal nous présente la nomination de la jeune femme à son poste comme un cadeau d’un chef d’État à un autre. Revenus au temps où les femmes étaient offertes en offrande aux dieux ou chefs de guerre. La femme-objet, plaisir pour les yeux et signe d’entente cordiale, atteste de la conception exclusivement hétéronormative des relations, qui vient s’ajouter à l’oppression patriarcale maintenue sur les femmes.

Le Figaro est loin d’être un cas isolé, même si révélateur d’un certain conservatisme réactionnaire, quand les plus grands médias traditionnels pleuraient à chaudes larmes la suppression des photos de nu intégral des pages du magazine Playboy la semaine dernière. Ce ne sont que les relais du discours dominant, qui maintient l’oppression patriarcale sur les femmes et s’exprime dans toutes les sphères de leur vie, preuve que le sexisme est encore profondément ancré dans notre société.

En revanche, sur la question de fond, à savoir le fait que flic ou fliquette, la maréchaussée est là pour défendre les dominants et imposer le respect de l’ordre, pas un mot, du côté du Figaro. À ce niveau-là, le journal de Dassault n’a pas de préférences : ni brunes, ni blondes, c’est le vert-olive et le bleu-CRS qu’il porte dans son cœur. Pas nous.