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Grève des loyers aux Etats-Unis : un mouvement historique pour un droit au logement

Le 1er mai aux Etats-Unis et notamment à New-York a débuté une grève du loyer historique dénonçant la précarité de milliers de personnes due à la mauvaise gestion de la crise sanitaire par le gouvernement de Trump.

mercredi 6 mai

Crédits : AFP

A l’approche du premier avril 2020 des millions d’états-uniens redoutaient de ne pas pouvoir payer leur loyer. En effet la pandémie mondiale du coronavirus a provoqué une crise économique qui a creusé les problèmes de logements déjà existants.

La troisième semaine de mars est un exemple saisissant des répercussions de cette crise sur les travailleurs. Seulement sur cette semaine 3,3 millions de personnes ont déposé une demande de chômage selon un rapport de l’administration Trump. Ces derniers se retrouvant par conséquent dans l’incapacité de payer leur loyer.

Fin mars un plan de relance a été adopté par le gouvernement fédéral, comprenant un paiement unique de 1200$ par habitant, dont beaucoup n’ont toujours pas vu la couleur. Somme dérisoire ne permettant pas pour une majorité de la population de régler son loyer, le loyer mensuel moyen d’un appartement, comprenant une chambre à coucher à New York, étant de 2980 dollars en 2019. Par ailleurs, les habitants éligibles à cette aide sont seulement ceux ayant payé des impôts en 2018 ou en 2019, excluant par conséquent les locataires les plus pauvres, les sans-abri et les millions d’immigrants sans papier qui déjà avant la crise du coronavirus souffraient d’une grande précarité dans leur travail et dans leur conditions de vies. Par ailleurs cette aide est d’autant plus dérisoire quand l’on sait que le projet de loi comprendrait également plus de 400 milliards de dollars pour le Fonds de stabilisation des changes (fonds de réserve d’urgence du Département du Trésor) dans le but d’accorder des prêts à Wall Street. De la même manière que le plan de sauvetage de 2008, celui de 2020 sera payé par le peuple étatsunien, et ses principaux bénéficiaires seront les milliardaires comme dénoncé dans Left Voice.

C’est dans ce contexte de crise multiples, à la fois sanitaire, avec un nombre de mort toujours plus élevé, économique avec une montée explosive du chômage et immanquablement sociale du fait d’une hausse de la précarité, que des milliers de New-Yorkais ont débuté une grève du loyer le 1er mai.

La dernière grève de loyer d’une telle ampleur à New-York date de la crise des années 1930, montrant ainsi le caractère exceptionnel et historique de cette mobilisation. Cea Weaver une militante de « Cancel Rent », une association pour les droits des locataires a été interrogé par the Intercept, ses mots ont ensuite été relayé par le journal du NPA. Elle y tenait les propos suivants : « Nous n’avons pas besoin d’organiser une grève des loyers pour pouvoir dire que des millions de New-Yorkais ne paieront pas leur loyer le 1er mai ». Une manière de dire, comme évoqué plus haut, qu’immanquablement de nombreux New-Yorkais n’auraient pas pu le premier mai régler leur loyer. Le but de cette grève est selon Cea Weaver de “faire un lien avec un mouvement de personnes qui sont également dans votre situation et qui réclament une solution politique profonde et transformatrice.” Il s’agit donc d’un mouvement d’organisation des précaires sous les mots d’ordre : « Vous ne pouvez pas payer ? Ne payez pas ! » dont le but est de faire pression sur les dirigeants de New-York mais également de façon plus large d’établir un rapport de forces avec les dirigeants des états dans ce pays qui au 30 avril comptait déjà 30 millions de chômeurs supplémentaires.

Par ailleurs les organisateurs appellent ceux capables de payer le loyer de mai de s’abstenir de le faire par solidarité avec ceux qui en sont incapables. L’une des revendications centrales de cette campagne est la définition du logement comme droit universel, c’est à dire que nous ne devrions pas payer pour accéder à ce droit. Les revendications de cette initiative dépassent donc le cadre de l’état d’urgence sanitaire et souhaite une refondation massive du droit au logement.

Il n’est pas concevable que des personnes, notamment dans une période de crise sanitaire mondiale angoissante pour tous, vivent en plus avec la peur au ventre de ne pas pouvoir payer son loyer et d’en subir ensuite toutes les conséquences. Nous devons exiger le gel des loyers et la suspension de toutes les procédures d’expulsion. Ainsi que la réquisition par l’Etat des hôtels et des logements vacants afin de loger toutes les personnes n’ayant pas de domicile qui sont dans une situation d’insécurité encore plus importante en cette période de pandémie, ainsi que pour les familles nombreuses vivant dans des logements exigus ne leur permettant pas de vivre convenablement. Nous devons également exiger à l’inverse du plan de relance états-unien davantage d’aides, assurer un revenu, pour les foyers, financés par le grand patronat.




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