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Débats

Théorie et politique

La crise écologique et la nécessité de renouer avec la tradition de la dialectique de la nature

Des phénomènes tels que le changement climatique et la crise du système Terre réaffirment l'impasse vers laquelle nous mène le capitalisme. Cependant, son dépassement nécessite une mise à jour du matérialisme dialectique.

mercredi 13 mars

Traduction de l’article "La crisis ecológica y la necesidad de recuperar la tradición de la Dialéctica de la naturaleza" paru sur le quotidien en ligne La Izquierda Diario.
Traduction : Flo Baletti

Au moment où la chute du mur de Berlin annonçait une offensive colossale du capital contre le travail et la nature, (qui sont, selon Marx,« les deux sources de la richesse », celle de la valeur d’usage), un autre phénomène majeur se produisait dans le monde : le lancement du Programme International Géosphère-Biosphère (PIGB), le plus vaste et complexe des programmes de coopération scientifique internationale jamais entrepris, qui a coordonné les efforts de milliers de chercheurs du monde entier afin de mieux comprendre notre planète.

Alors que le marxisme traversait la pire crise de toute son histoire et que les révolutionnaires voyaient leurs forces s’affaiblir dans la résistance au néolibéralisme et à l’idéologie triomphaliste du capitalisme (avec ses théories de la fin du travail et de la fin de l’histoire), de 1990 à 2015, les scientifiques naturalistes regroupés au PIGB mettaient l’accent sur l’apogée de ce que certains, comme le physicien théorique Hans Schellnhuber, ont appelé "une seconde révolution copernicienne".

La crise du système Terre et la deuxième révolution copernicienne

Contrairement à la première révolution copernicienne, où les nouveaux instruments d’optique, dépassant les limites naturelles de l’œil humain, ont permis de placer la planète Terre dans son contexte astrophysique réel, cette seconde révolution scientifique est un miroir inverse de la première. En effet, des techniques de compilation sophistiquées nous ont permis d’avoir une vision globale de l’histoire de la Terre, estimée en milliards d’années, à partir de l’énorme quantité d’informations accumulées par les satellites, les observatoires, etc.

Cette révolution scientifique a été impulsée par l’idée que le fonctionnement de la biosphère (l’ensemble des écosystèmes présents sur notre planète, que ce soit dans la lithosphère, l’hydrosphère ou l’atmosphère) peut être transformé qualitativement par l’intervention humaine. Les efforts du PIGB se sont donc concentrés sur la compréhension du système terrestre dans son ensemble, afin d’en déduire de nouveaux concepts pour une gestion globale de l’environnement.

La conclusion de cette reflexion est inquiétante : l’activité humaine de ces derniers siècles (qui n’est en fait qu’un euphémisme et désigne en réalité l’activité de l’économie politique capitaliste), a conduit à l’interruption d’un cycle naturel complexe ayant mis des millions d’années à évoluer. Comme l’ont souligné Johan Rockström, spécialiste de l’environnement au Centre d’études sur la Résilience de Stockholm, et Will Steffen, chimiste spécialiste de l’atmosphère et ancien directeur du PIGB, « l’époque relativement stable de l’Holocène des 11 700 dernières années est l’unique période où l’état du système Terre peut indubitablement supporter les sociétés humaines d’aujourd’hui. Il est de plus en plus évident que les activités humaines affectent le fonctionnement du système terrestre à un point tel qu’elles menacent sa résilience, c’est-à-dire sa capacité à persister dans un état semblable à l’Holocène, face aux pressions et aux crises humaines croissantes. »

Le changement climatique, la crise du cycle du carbone, de l’eau, du phosphore et de l’azote, l’acidification des fleuves et des océans, la perte croissante et accélérée de la biodiversité, l’évolution des modes d’utilisation des sols et la pollution chimique, entre autres, sont autant de manifestations d’une situation totalement inédite pour l’humanité. Un groupe d’experts international dirigé par le géologue britannique Jan Zalasiewicz a même été constitué et a proposé à la Commission internationale de stratigraphie de reconnaître l’entrée de la planète dans une nouvelle ère géologique, marquée par l’intervention humaine mondiale : l’Anthropocène. Comme l’a souligné Paul Crutzen, prix Nobel de chimie et membre de l’IGBP, « le système Terre est récemment sorti du rang de variabilité naturelle qui existait depuis au moins un demi-million d’années. La nature des changements qui se produisent simultanément dans le système Terre, leurs magnitudes et leurs rythmes, sont sans précédent et sont insoutenables. »

Le capital a besoin d’une croissance constante et infinie, ce qui a conduit à une tendance continue à saper les « sources de la richesse », qui, elles, sont épuisables. Une tendance qui, si elle n’est pas enrayée et inversée, pourrait conduire à la décomposition générale des conditions naturelles de production de l’humanité.

Ce processus menace non seulement de bloquer irréversiblement la transition vers le socialisme (en raison de l’impossibilité de développer qualitativement les forces productives, condition fondamentale pour vaincre le capitalisme), mais aussi, et en raison de ce qui précède, d’entraîner une régression sociale marquée par l’incapacité à inverser la contraction des forces productives de l’humanité. Le slogan de Rosa Luxemburg "socialisme ou barbarie" prend ici tout son sens, et est d’autant plus d’actualité qu’il s’applique aujourd’hui à ce nouveau domaine qu’est l’écologie.

Le matérialisme et la crise du marxisme

Cependant, le marxisme n’est pas encore parvenu à sortir de sa crise historique. Des décennies de réaction idéologique néolibérale, marquées à la fois par le postmodernisme dans les sciences sociales et par le réductionnisme cartésien dans les sciences naturelles (principalement dans les pays arriérés et dépendants), ainsi que par la discontinuité révolutionnaire, rendent de plus en plus urgente la nécessité de restaurer la théorie marxiste comme "guide pour l’action révolutionnaire" du prolétariat du XXIe siècle.

S’il est vrai qu’il est impossible de reconstruire le marxisme sans lutte de classes, il n’en est pas moins vrai que les tâches préparatoires impliquent aussi une réactualisation du cadre théorico-stratégique des révolutionnaires, et en conséquence, une réélaboration théorique basée sur les contradictions actuelles du capitalisme et les tâches qui en découlent. Sans cette reconstitution de la théorie, il est impossible de reconstruire le marxisme révolutionnaire en tant que force matérielle décisive.

Malheureusement, aucun courant sérieux n’a pris en compte cette deuxième révolution copernicienne et les débats qui en découlent avec attention et profondeur. Les sciences naturelles ont été délaissées et le concept de matérialisme est devenu de plus en plus abstrait. Certains nient la possibilité d’appliquer les modes de la pensée dialectique à la nature et, par conséquent, il subsiste des failles dans nos connaissances, à travers lesquelles les ennemis du matérialisme s’engouffrent. Voilà pourquoi les élaborations du marxisme sur la crise du système Terre sont extrêmement marginales et que le marxisme latino-américain l’est encore plus (et c’est bien regrettable). Il est toujours bon de garder en mémoire cette citation de Goethe, qui disait qu’une chose, une fois acquise, doit être toujours reconquise pour être effectivement possédée.

Le matérialisme dialectique n’est pas un passe-partout

En général, les débats philosophiques qui ont accompagné le développement de la science se sont exprimés en termes dichotomiques. Ces débats impliquaient des oppositions de points de vue sur la structure de la nature, les manifestations de processus naturels et les méthodes de recherche à employer. Dans le cas du matérialisme dialectique, celui-ci est entré dans les sciences naturelles, simultanément comme la négation du matérialisme mécaniste et de l’idéalisme dialectique, comme un rejet des termes du débat. Ses thèses centrales sont que la nature est contradictoire, qu’il y a unité et interpénétration de ce qui s’exclut mutuellement et que, par conséquent, le thème principal de la science est l’étude de l’unité et de la contradiction, plutôt que la séparation des éléments.

Pour certains, la contradiction n’est qu’un principe épistémique nous permettant de comprendre le monde à travers l’histoire de théories antithétiques qui, en contradiction les unes avec les autres et en contradiction avec le phénomène, mènent à une nouvelle vision de la nature. Pour d’autres, la contradiction est aussi politique : la lutte des classes est le moteur de l’histoire. Mais pour les matérialistes dialectiques, la contradiction est aussi ontologique, c’est-à-dire qu’elle est basée sur la contraposition des forces qui sont à la base du monde physique et biologique.

Cette tradition, qui repose sur la collaboration entre Marx et Engels, a eu pour acte fondateur la Dialectique de la nature, l’œuvre inachevée de Friederich Engels. « La tentative la plus aboutie d’appliquer la méthode et les perspectives de Marx aux données des sciences naturelles », selon l’historien soviétique des sciences Yakov Marcovich Uranovsky, assassiné par Staline en 1936.

L’évolution de la planète et de la vie nous fournit un grand nombre d’exemples de la dialectique de la nature, notamment son développement par le biais de contradictions et de sauts, au cours duquel s’alternent de longues périodes de changements lents et "moléculaires" et des processus catastrophiques, allant du choc des continents à la disparition d’espèces entières. Cela ne contredit en rien l’affirmation de Marx et Engels dans L’idéologie allemande selon laquelle « l’histoire peut être examinée sous deux aspects. On peut la scinder en histoire de la nature et histoire des hommes. Les deux aspects cependant ne sont pas séparables ; aussi longtemps qu’existent des hommes, leur histoire et celle de la nature se conditionnent réciproquement. » En fait, c’est précisément le coeur du sujet.

Cependant, le matérialisme dialectique n’est pas un passe-partout. Si, comme le souligne Léon Trotsky, « La dialectique et le matérialisme constituent les principaux éléments de la connaissance marxiste du monde. Mais cela ne signifie pas du tout, qu’on puisse, toujours en qualité de passe-partout, les appliquer à n’importe quel domaine de la connaissance. On ne peut pas imposer la dialectique aux faits, il faut la tirer des faits, de leur nature et de leur développement. »

Par exemple, « seul un travail minutieux sur un matériau inédit a donné à Marx la possibilité d’ériger un système dialectique de l’économie permettant de comprendre une valeur telle que le travail socialisé. Les travaux marxistes historiques aussi ont été construits de même, ainsi que les articles de presse. L’application de la dialectique matérialiste à de nouveaux domaines de la connaissance peut être possible à la seule condition d’assimiler ceux-ci de l’intérieur. Le nettoyage de la science bourgeoise suppose l’assimilation de la science bourgeoise. Ni par la critique inconsistante, ni par un commandement sans but tu n’obtiendras quoi que ce soit. L’étude et l’application vont ici de pair avec le traitement critique. Nous avons la méthode chez nous, mais il y a suffisamment de travail pour plusieurs générations. »

Reconstruire le marxisme pour faire face à la crise du système Terre

D’une part, le stalinisme a provoqué la dégénérescence de cette tradition de la dialectique de la nature avec l’abomination qu’était le lyssenkisme (qui était à la nature ce que le stakhanovisme était au travail) ; d’autre part, le marxisme occidental a rompu avec elle, faisant ainsi une grande concession théorique et politique au profit du stalinisme (en niant la possibilité d’appliquer la méthode dialectique à la nature). Le trotskisme (de Yalta) est quant à lui l’héritier formel de cette tradition, mais ne lui assigne aucune valeur concrète. Cela explique, par exemple, des déclarations malheureuses comme celles de Nahuel Moreno qui ont marqué les consciences au sein du trotskisme latino-américain.

Bien que le leader du Partido Socialista de los Trabajadores (PST) 1 ait déjà eu l’occasion de faire état en 1973 de la manière dont « la question écologique (qui préoccupe tant les scientifiques qui sont témoins de la destruction de la nature), d’un côté, la faim chronique et les guerres, de l’autre, entraînent une destruction systématique tant de la nature que des hommes », le bilan qu’il donne dans son Actualisation du Programme de Transition (1980) laisse quelque peu à désirer. Il comporte un projet de « conquête de l’univers" par le socialisme, avec « la création de satellites artificiels offrant une vie identique , voire meilleure que celle de la Terre », car d’importantes ressources naturelles « seront inévitablement épuisées, aussi rationnelle que soit leur exploitation ».
Moreno ne conçoit pas la recomposition des rapports entre la société et la nature et, par conséquent, "fuit en avant" dans une grande concession pour "l’optimisme technologique". La nature, l’écologie, les sciences de la Terre n’ont aucune valeur pour lui (même pas une valeur négative) et sa sortie de la crise écologique est technologique, téléologique, prométhéenne.

Cette vision a persisté au fil des années sous une forme ou une autre. Face aux technologies modernes employées par le grand capital, qui peuvent être destructrices et polluantes, comme les OGM ou les « méga-mines » d’Argentine, et qui ouvrent le débat sur la manière de traiter les problèmes environnementaux et de satisfaire les besoins humains, il n’est pas rare de tomber sur de jeunes socialistes qui en tirent la conclusion que les générations futures pourraient les utiliser correctement une fois libérées des intérêts capitalistes, des grandes propriétés privées et de l’oppression de classe, laissant la porte ouverte à la justification de leur existence. Il s’agit d’une généralité basée sur l’ignorance, qui n’évalue pas les contradictions ontologiques et historiques entre technologie, nature et société de classes.

Ce "courant d’opinion" s’est également manifesté lors de récents débats entre le magazine américain Jacobin, notamment dans sa rubrique "Earth, Wind and Fire" sur le changement climatique, et la revue Monthly Review. Les écomodernistes dans le premier et les écosocialistes dans la seconde se sont affrontés autour du problème du rôle excessif que la technologie joue dans la lutte contre le changement climatique, comme si c’était la clé du problème. Cependant, sur la relation entre le matérialisme dialectique et la science, « tout ce qui nous vient du passé ne sera pas utile dans le futur », avait médité Trotsky. « Le mouvement de la culture humaine ne s’accomplit pas par simple accumulation, mais connaît des périodes de développement organique, ainsi que des périodes d’examen rigoureux, de sélection et de choix. »

Pour sa part, l’intellectuel trotskiste Luis Vitale avait déjà averti en 1983 à quel point « le marxisme a un autre grand défi à relever : donner une réponse théorique et politique à la crise environnementale, car la survie de l’humanité est en jeu. » Bien que Vitale soit d’accord avec Moreno pour rendre compte du problème et de son importance majeure, il a une attitude beaucoup plus raisonnable. Loin de proposer "la conquête du cosmos », il écrit : « les marxistes ont négligé l’étude de l’environnement, réagissant beaucoup sur la défensive, niant la transcendance de la crise écologique ou dénonçant les groupes écologiques comme mouvements qui détournent l’attention de la lutte des classes. L’indifférence de la gauche latino-américaine face à la crise écologique a ouvert la voie à un "écologisme démagogique" d’idéologie bourgeoise qui arrache certains drapeaux au mouvement écologique authentique, réduisant la crise à la pollution et à la défense de l’environnement. Un "dogmatisme énergétique" a également été développé qui pose le problème de l’énergie sur les classes, comme si les flux d’énergie n’étaient pas médiés par les relations de pouvoir. »

Malheureusement, la persistance depuis de nombreuses années de la pensée technologique, téléologique et prométhéenne au sein de la gauche a donné l’occasion à certains intellectuels écologistes influents d’accuser la gauche de négliger la nature et les problèmes soulevés par Vitale. C’est le cas de la sociologue Maristella Svampa qui, dans une interview à La Voz en août 2017, soulignait : « beaucoup de membres de l’extrême-gauche latino-américaine continuent à lire le conflit social sur la base de l’opposition capital-travail, laissant de côté celle entre capital et nature impulsée par le capitalisme d’aujourd’hui, qui gagne du terrain et exige de plus en plus de matières premières et d’énergie. Ils ont une vision exclusivement ouvrière, et c’est notamment le cas chez les trotskistes ; ou alors ils partagent avec la droite une vision hégémonique du développement lié au productivisme, à la croissance indéfinie. »

Mais cela ne correspond pas aux conceptions des fondateurs du matérialisme dialectique. Dans sa Dialectique de la nature, Friederich Engels est catégorique : « ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature. Elle se venge sur nous de chacune d’elles. Chaque victoire a certes en premier lieu les conséquences que nous avons escomptées, mais, en second et en troisième lieu, elle a des effets tout différents, imprévus, qui ne détruisent que trop souvent ces premières conséquences. Et ainsi les faits nous rappellent à chaque pas que nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger, comme quelqu’un qui serait en dehors de la nature, mais que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau, que nous sommes dans son sein et que toute notre domination sur elle réside dans l’avantage que nous avons sur l’ensemble des autres créatures de connaître ses lois et de pouvoir nous en servir judicieusement. »

Le marxisme reconnaît à la fois le travail et la nature comme les deux sources d’où découle toute vraie richesse, celle de la valeur d’usage. Son objectif stratégique est le communisme, la résurrection de la nature, la société des producteurs libres et associés qui vont réguler la nature de manière rationnelle, sous son contrôle collectif, avec le moins de dépenses énergétiques possible et dans les conditions les plus dignes possibles. Car si la relation entre la société et la nature est médiée par la production, ceux qui contrôlent la production seront capables de réguler rationnellement le rapport à la nature, ce qui réaffirme le caractère révolutionnaire du prolétariat comme sujet social et hégémonique.

Renouer avec la tradition de la Dialectique de la nature pour la révolution du 21ème siècle

Poursuivre l’objectif de transformer la lutte des idées en débats théoriques, politiques et même programmatiques, ce n’est pas avancer dans le désert. Contester, sur des bases marxistes, l’idéologie de la classe dominante, c’est se confronter à des centaines de lieux communs, étayés par des universitaires, des grands médias ou des courants d’opinion religieux ou "scientifiques". Les conflits et les résistances sont donc inévitables. Ce n’est que par des polémiques profondes que nous pourrons marquer les esprits et avancer dans cette bataille.

C’est dans ce but qu’un groupe de militants et de sympathisants du Parti des Travailleurs Socialistes (PTS) au sein du Frente de Izquierda y de los Trabajadores (FIT - Front de Gauche et des Travailleurs) 2 et de la section Écologie et Environnement de La Izquierda Diario (Argentine) 3 se réunit depuis quelques mois afin de reprendre cette tâche titanesque de reconstruction de la tradition de la Dialectique de la nature. A travers le travail journalistique, la traduction et la publication d’ouvrages inédits en espagnol, la diffusion d’études scientifiques et d’élaborations théoriques issues du dialogue entre sciences naturelles, écologie politique et théorie marxiste, nous voulons réactualiser la pensée politique à partir des nouveaux phénomènes naturels et de leur relation avec la société de classe.

Nous distinguons donc quelques éléments ou fils conducteurs à partir desquels nous souhaitons construire les bases nécessaires à cette tâche. D’une part, il y a les élaborations des scientifiques de cette deuxième révolution copernicienne, tels que Paul Crutzen, Will Steffan et James Hansen, entre autres, dont la vaste bibliographie est aujourd’hui difficile d’accès au militantisme hispanophone. D’autre part, il y a les réflexions de sociologues marxistes nord-américains réunis au cours des vingt dernières années autour de la revue Monthly Review, comme Bellamy Foster, Paul Burkett et Ian Angus, dont la bibliographie est tout aussi difficile d’accès. L’héritage plus ancien des scientifiques et des historiens de la nature de la décennie d’or de l’Union soviétique tels que Vladimir Vernadsky, Alexandre Oparin ou Vladimir Stanchinsky, génération ayant été tragiquement déshonorée par le stalinisme, mais dont l’exemple nous montre la faisabilité de ce que ce que nous proposons. Parallèlement à cette génération, il y a celle des scientifiques matérialistes de gauche occidentaux, des Britanniques Haldane, Needham et Bernal, en passant par le biologiste socialiste Barry Commoner et la génération Harvard, dont ont notamment fait partie Jay Gould, Richard Levins et Dick Lewontin. Sans oublier bien sûr les incontournables travaux des fondateurs, Karl Marx, et Friederich Engels, et leurs disciples classiques.

Nous misons sur la collaboration de professionnels, militants et sympathisants, scientifiques, chercheurs, traducteurs, journalistes, etc. Nous souhaitons faire de ce travail un projet ambitieux, professionnel et durable.

L’année dernière, la Fraction Trotskiste pour la Quatrième Internationale (FTQI) 4, dans sa XIe Conférence, a discuté de redoubler ses efforts dans l’élaboration et la diffusion des idées du marxisme, consciente de l’importance de cette bataille et de l’importance d’accroitre son influence dans les secteurs d’intellectuels, qui se tournent vers la gauche à la chaleur des nouvelles crises économiques, géopolitiques et de la lutte des classes que le capitalisme d’aujourd’hui nous réserve. C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet de sauver la tradition perdue de la Dialectique de la Nature.

1 : le PST est un parti trotskiste argentin fondé par Nahuel Moreno en 1972 et dissout par la dictature militaire, en 1982. Note du traducteur

2 : le PTS est un parti trotskiste argentin fondé en 1988 par d’anciens militants du Movimiento al Socialismo (MAS) qui fut créé par Nahuel Moreno suite à la dissolution forcée du MST. Le PTS fait partie du FIT, une coalition électorale qui regroupe deux autres partis trotskistes : le Partido Obrero et Izquierda Socialista. Note du traducteur.

3 : la Izquierda Diario fait partie d’un réseau international de medias auquel appartient également Révolution Permanente. Note du traducteur.

4 : la Fraction Trotskiste pour la Quatrième Internationale (FTQI) est un courant international composé du Parti des Travailleurs pour le Socialisme (PTS-Argentine) ; du Courant révolutionnaire des Travailleuses et des Travailleurs (CRT-Etat espagnol) ; du Mouvement des Travailleurs Socialistes (MTS-Mexique) ; de la Ligue des Travailleurs pour le Socialisme (LTS-Venezuela) ; de la Ligue Ouvrière Révolutionnaire pour la Quatrième Internationale (LOR-CI, Bolivie) ; du Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs (MRT-Brésil) ; de l’Organisation Révolutionnaire Internationaliste (RIO-Allemagne) ; du Courant Communiste Révolutionnaire au sein du NPA (France) ; du Courant des Travailleurs Socialistes (CTS-Uruguay) ; du Parti des Travailleurs Révolutionnaires (PTR-Chili). La FTQI est à l’origine du réseau en six langues (allemand, anglais, catalan, espagnol, français et portugais) des journaux en ligne La Izquierda Diario. Note du traducteur.




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