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Du Pain et des Roses

198.000 recensés en 2014…

Le viol, plus qu’un « fait divers »

Manuella Lopez On croirait presque qu'ils veulent nous raconter « une anecdote comme une autre ». A tel jour, telle heure, une femme s'est faite violée dans la rue : c'est un titre devenu horriblement banal pour les médias dominants. Leur regard sur le viol est imprégné du patriarcat ambiant comme on le voit dans un récent article publié dans Ouest France sur une jeune femme nantaise violée à deux reprises. Dans cet article comme dans tant d'autres, c'est la victime qui est coupable, le violeur qui est introuvable, et la police et la justice qui cherchent à « mener l'enquête ».

vendredi 30 octobre 2015

Les médias, reproducteurs du sexisme ambiant

Dans l’article publié par le journal Ouest France, ce 27 octobre, c’est la vision dominante, sexiste au possible, qui est reproduite. Les termes de l’article sont culpabilisants à souhait : « Elle avait beaucoup bu », « Elle ne se souvient presque de rien » et cherchent, de manière implicite, à atténuer la gravité des faits. Cet exemple n’est pas isolé, puisque la plupart des écrits relatant ce genre de faits sont du même type. Combien de fois a-t-on pu lire des ignominies comme "elle avait beaucoup trop bu", "elle était sous substances illicites", "sa tenue était des plus courtes"...

Trop fort taux d’alcoolémie, perte de mémoire ? Tout est fait pour nous faire douter de la parole de la victime, de la réalité de son traumatisme. Finalement ce sont clairement les arguments contre lesquels nous nous battons au quotidien, et force est de constater qu’il faut une fois de plus se répéter et surtout reposer le concept de consentement, dont le respect ne sera jamais conditionné par la hauteur de la jupe.
On notera par ailleurs que les viols qui nous sont racontés dans les journaux se passent toujours de nuit, dans des ruelles sombres, par un inconnu. Pourtant, dans 80% des cas, l’agresseur est connu de la victime. Cet « angle mort » des médias dominants n’est pas un hasard : il cherche à perpétuer l’idée que le viol ne serait qu’un « accident », un « dérapage », ou bien l’œuvre d’un fou, dans nos sociétés policées et civilisées.

« La police mène l’enquête »

Quand on subit un viol, il y a le choc à gérer, parfois même le fait de recroiser son agresseur. Que faire quand en plus de tout cela on doit affronter une enquête, médiatique et judiciaire qui nous traite comme un "suspect" ? Après la visite des médias charognards, il y a tout d’abord un nombre interminable d’examens qui s’avèrent souvent humiliants pour les victimes et qui, s’ils ne sont pas faits à temps, rendent difficile de prouver ce que l’on dénonce. Après, il y a le moment où l’on doit se rendre au commissariat pour porter plainte. Les médias répètent très régulièrement que dans ce cas-là une femme est interrogée par une autre femme. Ce n’est, en praxis, pas forcément le cas. De plus, elle est obligée de décrire la scène, maintes et maintes fois. Le film "Une histoire banale", réalisé par Audrey Estrougo, met en scène la situation trop classique où les policiers, de manière très réaliste, posent des questions telles que "Que portiez-vous ?" "Avez-vous des partenaires réguliers ? »
Quand on réalise cela, on comprend pourquoi sur 198 000 viols recensés en 2014 seulement 12 968 ont étaient suivis d’une plainte. Après la difficulté d’oser porter plainte, dans une société où les femmes sont forcément coupables, subir des heures de questionnement, comme si on était bien la fautive, il faut encaisser le jugement, jugement souvent en faveur de l’agresseur, faute de preuves. En 2014, seulement 2% des viols ont été suivis d’une condamnation.

Dans cette société patriarcale et capitaliste, le viol est encore un sujet tabou, où les médias relaient les discours sexistes dominants et où la justice finit par approuver l’ordre existant. Contre la culture du viol et les tabous, reprenons la parole ! L’émancipation de la femme est un combat long et douloureux qu’il faut mener au quotidien, dès aujourd’hui. « Femmes esclaves, debout, debout ! »