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LGBTI-phobie

« On revient au temps de Stonewall » : la Maryposa, drag-queen ciblée par l’extrême-droite

La Maryposa, drag queen bordelaise, revient sur la déferlante de haine qu’elle a subie de la part de l’extrême-droite pour avoir organisé un spectacle pour enfants. Une polémique alimentée par la diffusion d’une de ses vidéos sur TPMP.

Laïla Delannoy

20 décembre 2022

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Le 5 décembre dernier, l’émission Touche pas à mon poste a diffusé sans son consentement une vidéo de la drag-queen La Maryposa, dans laquelle elle faisait la promotion du « Caba Baby Party ». Ce cabaret immersif, à destination des enfants de 0 à 3 ans, est un événement familial organisé par Jenny Morgane James, artiste de cabaret et elle-même maman.

L’extrême droite s’est rapidement emparée de cet événement pour activer ses réseaux et déclencher une vague de harcèlement LGBTI-phobe. Une aubaine pour l’émission TPMP présentée par Cyril Hanouna, lieu privilégié de l’instrumentalisation des polémiques réactionnaires pour faire de l’audience et diffuser les idées d’extrême-droite si chères à Bolloré.

Sur le plateau, on a ainsi pu entendre des remarques telles que : « Ça va en faire des enfants perturbés » ; « Laissons nos enfants tranquilles. Tous les jours on a un nouveau cas de militantisme » ; « Déguisé en chien avec des piques », reprenant des classiques LGBTI-phobes selon lesquels les personnes LGBTI seraient une menace de pour les enfants. Une logique qui revient à promouvoir le fait de cacher aux enfants l’existence de l’homosexualité, du travestissement et de la diversité des genres, au profit de la naturalisation de représentations hétérosexuelles et des injonctions genrées.

Au micro de Révolution Permanente, La Maryposa explique : « Mon petit frère m’a vu pour la première fois en drag et vient à tous nos événements. (…) Les adultes projettent quelque chose de sexuel avec les enfants, ce qui est un peu bizarre pour nous, puisqu’on est juste dans l’amusement. [Les enfants] nous voient comme une princesse Disney, comme une mascotte, comme une fantaisie, comme quelqu’un de costumé, transformé, déguisé... Et c’est ce qui les émerveille. ». De manière générale, même quand ils sont destinés aux adultes, les spectacles de drag-queens ont rarement un caractère sexuel. Il s’agit avant tout d’une pratique théâtrale de travestissement, avec une esthétique exagérée. C’est la réaction LGBTI-phobe qui tend à donner à cette pratique un caractère intrinsèquement sexuel.

La Maryposa dénonce l’avancée de l’extrême-droite, qu’elle ressent de façon aiguë depuis quelque temps en tant que drag-queen et en tant que personne LGBTI : « Je n’aurais pas cru, en commençant à faire du drag et en étant artiste, que ma vie allait être aussi politique finalement. [...]

Ce qui m’a vraiment portée, ce qui a réussi à me tenir un petit peu la tête hors de l’eau avec cette situation [de harcèlement], c’était de voir que, en France depuis une année ou six mois, la montée de l’extrême-droite fait qu’on est attaqué·e·s pendant une Pride. Mais aussi aux États-Unis : on voit que dans un bar au Colorado, il n’y a pas longtemps, il y a eu une fusillade ! Il y a une lecture de drag-queen qui a été arrêtée par des néo-nazis qui sont arrivés armés ! On leur laisse la parole et la possibilité de nous attaquer et de bafouer des droits qui sont quand même présents depuis des années. [...]

J’ai vécu cinq ans de ma vie où j’avais l’impression que c’était un droit normal et qui était acquis. Et, au final au bout de cinq ans on te dit "non, c’est peut-être bientôt plus un droit". [...] On va continuer à se battre, à faire des événements, à parler de politique. Il va falloir qu’on prenne tous·tes nos responsabilités. »
 
En effet, les agressions de la part de l’extrême-droite se multiplient en France et à l’international. Cette année, l’extrême-droite a cherché à attaquer plusieurs marches des fiertés LGBTI en France, a agressé des militant·es de gauche sur les facs ou encore des supporters du Maroc après un match de coupe du monde. Les discours LGBTI-phobes ont retrouvé un espace dans le champ médiatico-politique qu’ils n’avaient plus eu depuis les débats autour du mariage pour tous, ce qui a de quoi inquiéter les personnes LGBTI.

Aux États-Unis la haine envers les personnes LGBTI est devenue l’un des thèmes privilégiés de l’extrême-droite, conduisant à des phénomènes proprement terroristes : les attentats ciblant spécifiquement les personnes LGBTI se multiplient, en parallèle de nouvelles attaques sur le plan législatif visant à renforcer leur oppression. Alors que les forces d’extrême-droite arrivent au pouvoir dans de nombreux pays, renforcées par l’échec d’un camp prétendument progressiste qui avait promis de leur faire « barrage », on observe un phénomène d’augmentation des agressions LGBTI-phobes, notamment au Brésil, en Hongrie, en Italie, en Pologne ou encore au Royaume-Uni.

Face à cette offensive réactionnaire, l’urgence de la lutte politique se fait sentir dans le milieu queer : « Sincèrement j’ai l’impression qu’on revient à ce temps-là, au temps de Stonewall », nous confiait La Maryposa. La Queen défend l’enjeu de repolitiser les luttes LGBTI :« Il va falloir peut-être ressortir dans les rues et reconsidérer la Pride, non pas comme un moment où on est fier·es de nos libertés… Mais finalement peut-être redescendre dans la rue avec moins de couleurs, mais avec plus de rage. »

La montée de l’extrême-droite ne se traduit pas seulement dans les urnes, mais aussi sur nos lieux d’études et de travail comme dans la rue, par des actes violents visant à intimider les personnes opprimées et les militant·es de gauche. Pour lui faire face, il est primordial de renouer avec l’héritage de Stonewall : celui de la lutte politique des secteurs LGBTI, conscients de leurs intérêts et de la nécessité de construire un rapport de force en indépendance de l’État et de ses institutions pour faire reculer l’extrême-droite et le gouvernement qui lui pave la voie.


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