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Débats

Crise du NPA

"Osez lutter, osez vaincre" : Lettre ouverte d’un militant trotskiste historique sur la crise du NPA

Rob Lyons, militant historique de la Quatrième internationale au Canada et co-fondateur de la Tendance pour une Internationale Révolutionnaire (TIR) au sein du Secrétariat Unifié interpelle dans une lettre les courants Anticapitalisme et Révolution (membre de sa tendance internationale) et l'Etincelle concernant la situation au sein du NPA et l'exclusion du NPA - Révolution Permanente.

samedi 5 juin

Crédits photo : O Phil des Contrastes

Nous relayons cette lettre de Rob Lyons, traduite de l’anglais

Chers camarades,

Je vous écris cette lettre au sujet des récentes activités et orientations des tendances du Nouveau Parti Anticapitaliste, dont l’une d’entre elles, la tendance Anticapitalisme et Révolution, appartient à la TIR (Tendance pour une Internationale Révolutionnaire au sein du Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale).

Comme vous le savez sans doute, l’ancienne direction majoritaire du NPA, qui a appliqué en France la politique de « parti large » du Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale (SU-QI) est passée à l’attaque contre une tendance active dans le mouvement ouvrier et les mouvements sociaux, qui a réussi à regrouper des dizaines de jeunes ouvriers et de les amener au NPA. Nous ne parlons pas seulement d’Anasse Kazib et des autres cheminots, mais aussi des camarades de la RATP, de Total Grandpuits, de l’aéronautique, de l’éducation et de la jeunesse. Je parle des camarades du Courant Communiste Révolutionnaire, qui éditent le quotidien d’information numérique Révolution Permanente.

La raison de cette attaque est claire pour quiconque a de l’expérience au sein du mouvement marxiste révolutionnaire. Le projet politique de l’ex-majorité est incompatible avec les aspirations de la majorité des militants du parti et, pour imposer ce projet, il leur est nécessaire de se créer une majorité artificielle en excluant un courant qui constitue la tendance la plus importante de la gauche du parti, le CCR.

Toutes les autres « explications » ne sont que balivernes qui ne servent qu’à couvrir cette véritable raison. Tous ceux qui, à gauche, répètent ces stupidités n’ont aucune conscience politique, ou utilisent ces mensonges à des fins sectaires et cyniques.

Quel est donc le projet que l’ex-majorité souhaite imposer ? Encore une fois, leur intention de former un bloc politique avec la France Insoumise et d’autres formations néo-réformistes et centristes comme le Parti de Gauche ne sont secrètes pour personne. Il suffit de s’intéresser au cas du NPA en Occitanie pour observer le projet de l’ex-majorité en action. En d’autres termes, ils sont partisans d’une version actualisée et néo-réformiste de l’« Union de la gauche » de Mitterrand, une « grande union de la gauche » qui inclurait en dernier ressort le Parti Socialiste et les Verts. N’est-ce pas là la logique de leur orientation ?

Ils voient le projet mélenchoniste comme une extension de leur stratégie de « parti large », qui s’est avérée désastreuse du Brésil à l’Espagne, du Mexique à la France. La crise du NPA est précisément le produit de cette stratégie.

Tourner le dos aux camarades du CCR

Malheureusement, alors que la droite du NPA passe à l’attaque, certaines tendances de la gauche reculent, notamment A&R et L’Étincelle. Si, pour se couvrir, ils prononcent des discours unitaires, leurs actions lors de la dernière réunion du Comité politique national (CPN) parlent d’elles-mêmes. Deux évènements sont particulièrement notables. Le premier est leur refus de soutenir la résolution des camarades du CCR interdisant explicitement leur exclusion ou celle de tout camarade des assemblées du parti par l’ex-direction ou tout autre organisme. A&R et L’Étincelle ont refusé de soutenir cette résolution claire et sans équivoque.

Le second est le soutien de ces deux tendances à ce qui semble être une conférence nationale factice des comités du NPA, un processus clairement conçu pour exclure les camarades du CCR. Ces procédés sont beaucoup plus révélateurs que tous les couinements au sujet de la défense de la démocratie du parti ou de l’intégrité du NPA produits par les camarades d’A&R et de L’Étincelle.

Abandonner le projet de la TIR ?

Nul besoin d’être un génie politique pour comprendre ce qui motive ces deux groupes à agir ainsi. Le cas d’A&R est particulièrement accablant. Le courant A&R est membre d’une tendance de gauche au sein du SU dont l’objectif principal est la lutte contre l’orientation du « parti large » et le remplacement de cette dernière par la construction de partis ouvriers révolutionnaires de type léniniste.

Pour ce faire, l’actuelle direction du SU doit être détrônée, ce qui inclut ses exécutants au sein du NPA, l’ex-majorité dont le soutien à Mélenchon est un produit direct de cette stratégie. Dès lors, la question que tous les membres du courant devraient se poser est alors la suivante : pourquoi, alors que la gauche a aujourd’hui l’opportunité de prendre la direction du NPA, fer de lance de la stratégie de parti large du SU, et de le réorienter vers la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire, la tendance A&R se retire-t-elle de ce projet ? Pourquoi A&R a-t-il décidé de se replier face à cette attaque et d’accepter la candidature d’une personne issue de l’ex-majorité, un candidat qui ne reflétera pas les aspirations de la majorité des militants du NPA et qui ouvrira la voie à un appel à voter pour Mélenchon, s’il parvient jusque-là ?

Un cynisme sans principe

Il ne peut y avoir qu’une seule véritable réponse à cette question, et elle est bien triste. Les dirigeants d’A&R sont de bons militants, comme le démontre leur lutte au sein de La Poste. Cependant, leur sens politique doit être sérieusement remis en question. Au moment de la fondation de la TIR, les camarades d’A&R affirmaient qu’ils étaient deux fois plus nombreux que ceux du CCR. Aujourd’hui, le CCR est considérablement plus important qu’A&R et constitue le plus grand courant de gauche au sein du NPA. Les camarades du CCR ont même proposé en 2015 un processus de fusion avec les camarades d’A&R, car il n’y avait (et apparemment jusqu’à récemment) aucun désaccord politique fondamental (à l’exception de désaccords tactiques sur telle ou telle question).

Aujourd’hui, le poids politique du CCR augmente, à la fois du fait de sa croissance en lien avec son intervention dans la lutte des classes et à cause de la perte d’une partie des militants d’A&R au profit de L’Étincelle, du CCR ou autre. L’incapacité de la direction d’A&R à discuter avec les jeunes travailleurs de l’avant-garde des mouvements sociaux les incite alors à faire usage de manœuvres politiciennes au sein du NPA pour tenter d’endiguer les avancées du CCR. Il s’agit là, très franchement, d’un cynisme effroyable, sans principe politique.

Outre le manque de courage des camarades d’A&R dans le combat contre le projet de « parti large », qui était pourtant la raison d’être du TIR, le principe élémentaire de la défense de la démocratie ouvrière, le droit pour la classe ouvrière d’entendre, de discuter et de débattre des différents points de vue mis en avant par les représentants politiques de notre classe, est piétiné par ceux qui placent leurs petites peurs organisationnelles et leur sectarisme avant leur intégrité politique.

Je suis militant politique depuis plus de 54 ans, dont 50 années de militantisme trotskyste. La défense du droit d’existence des tendances avec lesquelles nous sommes en désaccord et la participation au débat au sein du mouvement ouvrier sont des parties intégrantes de l’identité trotskyste. En refusant de défendre les camarades du CCR, les camarades d’A et R et de L’Étincelle sont en train de se tirer une balle dans le pied.

On honore la bravoure, mais la lâcheté ne s’oublie pas

Enfin, je souhaite rappeler à ces camarades que la gauche a la mémoire longue, et que la lâcheté face aux attaques ne sera jamais oubliée. J’écris ces lignes les derniers jours du mois de mai. Il y a 53 ans, les étudiants du quartier latin se sont soulevés dans une colère légitime contre la brutalité des flics. Ils érigeaient des barricades, allumaient des feux et arrachaient des pavés dont ils tirèrent le slogan « sous les pavés, la plage », et ont vaillamment lutté. Cette bravoure a été récompensée par la plus grande grève générale qu’avait connu la France depuis les années 30.

À cette époque, il existait un groupe nommé « Fédération des étudiants révolutionnaires » (FER), une section du mouvement trotskiste dirigée par Pierre Lambert. Le soir de la nuit des barricades, la FER a fait défiler son contingent jusqu’aux barricades, a vu les combats intenses qui s’y déroulaient, et est partie. Bien qu’ils aient été dénoncés pour leur « ultra-gauchisme » par la FER et Lambert, les étudiants qui se sont battus, et tout particulièrement les camarades de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire, la fameuse JCR, restent aujourd’hui dans les mémoires pour leur courage. La FER, par contre, ne s’est jamais remise de sa lâcheté face à la bataille véritable, ni à l’époque, ni même aujourd’hui.

Camarades d’A&R et de L’Étincelle, vos actions sont observées dans le monde entier. Vous pouvez vous incliner face aux attaques de l’ex-majorité et tenter de les apaiser en acceptant leur projet politique, dans l’attente d’un avantage politique sur les camarades du CCR, ou vous pouvez défendre de toutes vos forces les droits du CCR à participer pleinement au NPA et à construire un bloc de gauche qui mettra fin à la stratégie du parti large en France.

Que l’on se souvienne de vous comme on se souvient de la JCR ou comme de la FER, ce choix vous appartient. Choisissez avec sagesse, camarades.

Osez lutter, osez vaincre !

Mes salutations révolutionnaires,

Rob.




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