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Du Pain et des Roses

Changement d'état-civil et bilan des avancées.

Tours. Autorisation de la mention « sexe neutre » pour une personne intersexe

Maia de Abril Le 20 août dernier, le tribunal de grande instance (TGI) de Tours a rendu un jugement en faveur du changement en « sexe neutre » de la mention « sexe masculin » sur l'acte de naissance d'une personne intersexuée. Après 64 ans d'une assignation de sexe abusive et fictive, l'état civil de la mairie de Tours se voit donner l'ordre de reconnaître à cette personne une désignation plus appropriée que le système binaire masculin/féminin toujours d'actualité. Cependant, le parquet de Tours a d'ores et déjà fait appel de la décision auprès de la cour d'Orléans. En effet, selon eux, « cette requête renvoie à un débat de société générant la reconnaissance d'un troisième genre ». Évidemment, cette avancée se heurte à toutes les limites de la société et en premier lieu à celles des institutions, toujours conservatrices et réactionnaires lorsqu'il s'agit des droits des personnes LGBTI et de la remise en cause de la construction sociale des genres.

vendredi 16 octobre 2015

Intersexes, intersexué-e-s, intersexuation ...

Chaque année en France, une personne sur 100 000 naîtrait intersexe. Cependant, cette statistique est probablement erronée et le nombre plus élevé, l’intersexuation n’étant bien souvent pas identifiable à la naissance. Il faut savoir que l’intersexuation est classée parmi les DSD (Disorders of Sex Development) et expliquée ainsi : « dont les organes génitaux sont difficiles ou impossibles à définir selon les standards habituels ». Tout ce qui se trouve en dehors de ces standards devient alors une anormalité qu’il faut rectifier avec des pratiques confinant à la barbarie, qui laissent des séquelles à la fois physiques et psychologiques.

En effet, les personnes intersexes, en parfaite santé, subissent des opérations qu’elles ne souhaitent pas, sans raison médicale et au détriment de leur intégrité physique. Les médecins, complices d’une idéologie du genre binaire, oppressive et restrictive, décident arbitrairement de « normaliser » les enfants intersexes afin que ceux-ci correspondent absolument à un sexe féminin ou masculin, et donc au genre qu’on leur a attribué. Le droit à l’auto-détermination n’existe pas, tout comme le consentement de l’enfant, laissé dans l’ignorance de sa situation. C’est ce qui s’appelle l’assignation de sexe. Ainsi, ce n’est pas uniquement les corps qui sont mutilés, mais aussi la construction d’une identité propre de genre qui est niée. Pourtant, les personnes intersexuées sont bien la preuve que l’identité de genre n’est pas déterminée par des caractéristiques biologiques. A l’instar des transgenres, elles sont confrontées à la condescendance, la violence et le tabou du corps médical et doivent mener un combat long et difficile pour la reconnaissance de leurs droits et de leurs identités au sein de nos sociétés.

Une chemin difficile et des luttes souvent invisibilisées

Allemagne, Canada, Inde, Australie, ou encore Argentine, ces pays présentent certaines avancées en matière de reconnaissance des personnes transgenres et intersexes, notamment sur la possibilité de s’identifier auprès de l’état civil avec une désignation neutre, ou encore une meilleure accessibilité pour les changements de sexe ou de nom. Cependant, ces concessions de l’administration sont gagnées à force de luttes longues et acharnées, et ne suffisent pas à faire avancer la société dans son ensemble. La situation des intersexes est surtout peu et mal connue, alimentée par de nombreux clichés que véhicule une idéologie homophobe et transphobe. Ce manque cruel d’information pénalise non seulement les luttes, entravant les démarches pour se faire comprendre et entendre, mais contribue aussi à l’isolement et au mal-être des personnes intersexes. Pour les LGBTI, et notamment les personnes intersexes, le combat est quotidien et le poids de l’oppression patriarcale, clé de voûte d’une société capitaliste usant et abusant des constructions politiques et sociales du genre binaire masculin-féminin, pèse partout, que ce soit au travail, dans la rue ou encore à l’université.

La décision de la cour d’appel d’Orléans, si elle confirme le jugement du TGI de Tours, pourrait malgré tout être un progrès majeur. Cela vaudrait comme jurisprudence pour les cas ultérieurs et surtout amènerait peut être à un changement réel de la loi française quant à l’état civil. Mais parce que notre société ne tolère que l’homme en tant que mâle et que la femme en tant que femelle, la lutte doit continuer pour obtenir encore plus que la mention « sexe neutre » sur un acte de naissance. Aujourd’hui, des associations ou organisations militent pour les droits des personnes transgenres et intersexes. Le collectif inter-associatif, Existrans, organise notamment une marche ce samedi 17 octobre 2015, pour sa dix-neuvième édition, afin de réclamer des avancées en matière de législation, mais aussi pour dénoncer l’inertie complice d’un gouvernement ne se pliant toujours pas aux consignes de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, sans oublier les violences subies par les personnes trans et intersexes, dans le cadre professionnel et de plus en plus dans la rue.

La lutte des intersexes doit être prise en charge par l’ensemble des personnes opprimées car le combat pour les droits démocratiques concerne tout le monde. Avancer aux côtés des personnes intersexes, c’est non seulement soutenir leurs revendications mais aussi faire progresser toutes les luttes pour une société libérée des oppressions où chacun et chacune a la liberté de construire et déconstruire son genre, d’affirmer son identité et d’être soi-même. La Journée Internationale des Intersexes aura lieu le 8 novembre, et cette échéance, comme celle de l’Existrans, doit être l’occasion de faire entendre plus fort la voix des intersexes, des personnes transgenres et de leurs soutiens. Leurs revendications sont également notre combat.