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100 jours. Entre impopularité et promesses non tenues, Trump face à son bilan

« Voici mon plan d’action sur 100 jours pour rendre sa grandeur à l’Amérique. C’est un contrat entre Donald J. Trump et les électeurs américains et ça commence par ramener honnêteté et responsabilité à Washington ». C’est avec ces mots que Trump, en octobre 2016, avait relancé sa campagne électorale lors d’un discours en Pennsylvanie. Un plan d’action qui, après ces fameux 100 jours à la Maison Blanche, en plus d’être profondément réactionnaire, dangereux pour l’ensemble des travailleurs et encore plus pour les immigrés et les femmes, a connu beaucoup de volte-face.

Des mesures phares qui restent encore dans les tiroirs


On s’en souvient, une des promesses électorales majeures de Trump, aussi farfelue que scandaleuse, était la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique. Aux frais de ce dernier, ce mur était censé couper court à « l’invasion » de Mexicains « violeurs » et « professionnels du crime » comme Trump ne pouvait s’empêcher de le vociférer dans ses discours aussi racoleurs que populistes. Un mur qui, après les 100 jours de la victoire de Trump contre Clinton, n’a donc toujours pas vu, fort heureusement, l’ombre d’une pierre posée.

Le magnat de l’immobilier, s’il a bien mis un coup de pied dans la fourmilière au sein de l’establishment et surtout du Parti républicain, en déjouant les pronostics, expérimente surtout la difficulté d’être au pouvoir. Ainsi, bien que Trump ait pu sporadiquement s’entourer d’ultra-conservateurs comme avec la nomination de Neil Gorsuch, juge anti-avortement à la Cour suprême, ses pouvoirs semblent plus limités que l’idée qu’il s’en faisait. Trump a ainsi dû essuyer deux revers importants depuis son élection : l’abrogation de l’Obamacare qui a été finalement retoquée par le Congrès et le muslim-ban bloqué par les magistrats et n’ayant pas manqué de susciter une vive polémique à échelle internationale. Enfin, son obsession du protectionnisme économique peine à s’imposer contre le patronat des Etats-Unis pour l’instant.

A cela se rajoute la réalité des chiffres : depuis trois ans, la croissance est au plus bas pour les Etats-Unis, tombant à 0,7 % au premier trimestre 2017. Le miracle promis par le Président en ses 100 premiers jours au pouvoir n’a donc pas eu lieu, et sa côte de popularité en atteste. Trump a tout de même alors réussi une chose, mais qui ne devrait pas lui plaire, celle d’être le Président le plus impopulaire en début de mandat, avec 40 % d’opinion favorable.

Mais une trentaine de décrets signés


Ainsi, si les grands chantiers promis par Trump (grands travaux, santé, économie, famille…) n’ont pas débuté, Trump a tout de même signé une trentaine de décrets depuis le début de son mandat qui risquent d’avoir d’importantes conséquences. Le magnat de l’immobilier a réussi à geler le salaire d’une partie des fonctionnaires, à entériner la construction de l’oléoduc Keyston XL, mais surtout à renégocier l’accord de libre-échange entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique et le retrait du pays du Partenariat transpacifique (PTP). Reste encore à savoir si Trump parviendra à retirer les Etats-Unis de l’accord sur le climat signé à Paris (COP 21) et dans quelle mesure sa réforme fiscale, faisant la part belle au patronat, sera appliquée. Le Président montre donc une certaine performance dans la dérèglementation, et notamment en matière d’écologie. En abrogeant la « Stream Protection Rule », les industries du charbon vont pouvoir à nouveau déverser leurs déchets dans les cours d’eau environnants. Quant aux fuites de méthane liées à l’extraction du gaz de schiste, elles n’auront plus à être déclarées aux pouvoirs publics par les industriels responsables.

Une chose en tous cas est certaine, c’est que son ton a bien changé : il n’y a plus de « guerre commerciale » avec la Chine mais des négociations en bonne et due forme, tout comme pour l’ALENA où prédominent des remaniements des clauses plutôt qu’un retrait. Trump en vient lui-même à confesser, comme un mauvais prétexte, que personne n’avait imaginé la complexité du système-santé, tentant d’expliquer par là l’échec du démantèlement de l’Obamacare. Finie la télé-réalité, l’exercice du pouvoir rend donc Trump plus conforme au moule du Parti républicain, et semble en faire, finalement, le meilleur allié de la finance et des capitalistes.




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