Monde

Le plus gros rassemblement trotskyste depuis trois décennies en Argentine

20.000 camarades au meeting du FIT à Buenos Aires

Publié le 20 novembre 2016

Avec des délégations venues des quatre coins du pays, ce sont 20.000 camarades qui se sont rassemblés dans le stade d’Atlanta, samedi 19 novembre, à Buenos Aires, à l’appel du Front de Gauche et des Travailleurs (FIT). Nicolás del Caño, du PTS, candidat à la présidentielle pour le FIT l’an passé, a clôturé la journée.

Rédaction de Laizquierdadiario Argentine

Le meeting, organisé par le FIT, a été le plus gros rassemblement de l’extrême gauche argentine depuis trente ans. Plus de 20.000 personnes ont répondu à l’appel du Front de Gauche et des Travalleurs et se sont retrouvées sur la pelouse et les gradins du stade d’Atlanta. Le meeting, national, a été l’occasion pour que des dizaines de délégations de province répondent également à l’appel.

Le meeting a commencé par l’arrivée, par les différentes entrées du stade, des cortèges des organisations composant le FIT. Les militantes et militants du Parti des Travailleurs Socialistes (PTS), le Parti Ouvrier (PO) et Izquierda Socialista (IS), ont commencé à prendre place dans le stade à partir du milieu de l’après-midi. Avant même le début du meeting en tant que tel, plusieurs dirigeants et personnalités du mouvement ouvrier combatif, de la jeunesse et du mouvement de femmes ont pris place à la tribune.

C’est Rubén « Pollo » Sobrero qui a pris la parole en premier. Le dirigeant cheminot et secrétaire général de l’union locale de Haedo du Ferrocarril Sarmiento (banlieue de Buenos Aires) a appelé, dans son discours, à affronter la bureaucratie syndicale et à avancer dans l’organisation des secteurs les plus combatifs du monde du travail.

Myriam Bregman, PTS, députée nationale du FIT, lui a succédé, précédée d’un tonnerre d’applaudissements. En commençant par dénoncer la victoire de Trump, Bregman a souligné la force du mouvement des femmes qui renaît au niveau international. « 300 femmes, néanmoins, meurent tous les ans en Argentine lors d’IVG clandestins », l’avortement étant interdit dans le pays. Dans le cadre d’une intense mobilisation autour de la question des violences faites aux femmes et des féminicides, la députée a souligné combien le gouvernement de droite de Mauricio Macri mais également sa prédécesseure, Cristina Kirchner, « refusent et ont refusé de répondre aux revendications les plus élémentaires des femmes,à l’instar de la création de refuges pour les femmes victimes de violences, l’instauration de l’égalité salariale et la création de crèches et de garderies sur les lieux de travail ». En ce sens, Bregman a dénoncé l’hypocrisie des politiciens qui disent soutenir la campagne « Ni una menos » « mais condamnent des centaines de milliers de femmes aux pires emplois, au chômage ou à la misère ».

Bregman a conclu en appelant à renforcer la lutte pour le droit des femmes et à construire des cortèges unitaires du FIT en vue de la manifestation du 25 novembre, jour de la manifestation contre les violences faites aux femmes, ainsi que pour la Gaypride, le lendemain.

Soledad Sosa (PO), députée nationale du FIT a succédé à Bregman à la tribune. Après avoir notamment critiqué les hauts-fonctionnaires du régime ainsi que la caste de politiciens, elle a rappelé la « revendication » de Susana Balbo, députée de la majorité présidentielle, qui a eu le culot de demander, début novembre, une augmentation des indemnités parlementaires supérieure encore à celle qui avait été accordé.

Liliana Olivero (IS), ancienne députée nationale du FIT pour la province de Córdoba, a, par la suite, abordé à nouveau la question des droits et des luttes des femmes. « Avec l’ensemble des femmes, ici présentes, a-t-elle souligné, nous prenons l’engagement de poursuivre le combat pour nos droits. Les féminicides sont la pire des tares que charrie avec lui le système patriarcal ». Olivero a poursuivi en dénonçant l’alliance entre les gouvernements argentins qui se sont succédé à la tête du pays, « et le pape, pour empêcher que les femmes n’aient accès à l’IVG ».

Après des salutations envoyées par plusieurs organisations internationales, c’est Claudio Dellecarbonara (PTS), qui a pris la parole. Le dirigeant du syndicat du métro de la capitale a salué la victoire des travailleurs de l’industrie pneumatique qui viennent de conquérir la direction de leur syndicat de branche, le SUTNA, dont ils ont chassé la bureaucratie syndicale péroniste. Il a également salué la lutte en cours des travailleurs de Guma (chimie, Córdoba) et de Cadbury Stani Siac (alimentation), dans la banlieue Nord de la capitale. Il a demandé, par la suite, à l’ensemble des participants d’ovationner les expériences d’autogestion ouvrière en cours dans différentes entreprises sous contrôle des travailleurs, notamment Zanon (industrie céramique-Neuquén), MadyGraf (industries graphiques-banlieue Nord) et Litoraleña (alimentation)

« Je suis ici, a poursuivi Dellecarbonara, en tant que dirigeant socialiste révolutionnaire. Les syndicats ne sauraient être une fin en soi. Ils doivent être un instrument pour organiser les travailleurs et battre en brèche les capitalistes et leurs gouvernements. C’est en ce sens, a-t-il continué, qu’il nous faut chasser la bureaucratie de nos syndicats, se battre pour des organisations syndicales, des syndicats d’usine, de branche, des unions locales et provinciales démocratiques, combatifs et indépendants de l’Etat, dans lesquels c’est aux travailleurs de décider, en AG, dans lesquels les courants minoritaires puissent s’exprimer librement, dans lesquels il n’existe plus de bureaucrates accrochés à leurs postes et dans lesquels les dirigeants syndicaux aient l’obligation de retourner à leur poste de travail après leur mandat ».

Alejandro Crespo, secrétaire général du SUTNA, a salué « tous ceux qui avaient rendu possible la reconquête du syndicat de branche ». Il a par la suite appelé à continuer à s’organiser de façon à avancer contre les directions syndicales bureaucratiques.

Juan Carlos Giordano, membre de la direction de Izquierda Socialista (IS), a salué les participant « à ce meeting unitaire contre les politiques austéritaires du gouvernement Macri ainsi que de l’ensemble des gouverneurs de province [liés à la droite ou au kirchnérisme], et ce avec la trêve absolument honteuse de la direction de la CGT », appelant à une grève générale pour contrer les mesures d’ajustement.

Après avoir commencé par analyser les conséquences de la victoire de Trump aux Etats-Unis, Néstor Pitrola, de la direction du PO et député national pour le FIT, a souligné combien « l’énorme potentiel du FIT, c’est d’offrir une perspective d’indépendance de classe pour affronter les capitalistes ».

Pitrola a par ailleurs dénoncé la politique mise en place par la CGT qui défend l’idée d’une trêve sociale durable avec le gouvernement. A l’opposé, il a souligné les avancées opérées par l’extrême gauche et par les secteurs combatifs de la classe ouvrières comme en attestent les victoires des listes combatives liées à la gauche révolutionnaire au sein du SUTNA ou encore au niveau du syndicat provincial des travailleurs de l’éducation (ATEN) de Neuquén.

L’appel final de del Caño

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C’est Nicolás del Caño, du PTS, ancien candidat du FIT aux élections présidentielles de 2015, qui a clôturé le meeting. Le dirigeant du FIT a commencé son discours en saluant chaleureusement l’ensemble des militantes et des militants du PTS, du PO et de Izquierda Socialista présents dans le stade d’Atlanta.

Après avoir mis en lumière le caractère réactionnaire de la victoire de Trump aux Etats-Unis, del Caño a souligné que le combat ne consistait pas uniquement « à en finir avec le capitalisme en Argentine mais avec l’impérialisme dans le monde entier ».

Personnalité politique reconnue pour son appui et son soutien aux luttes sociales, ouvrières et populaires, del Caño a insisté sur le fait que le meeting montre « les avancées politiques et l’énorme développement qu’a connu le FIT » au cours de la dernière période.

Comme il a pu le faire à d’innombrables reprises, au parlement, sur les plateaux télé, sur les piquets de grève, del Caño a condamné la « caste de politiciens » qui s’enrichit lorsqu’elle est au pouvoir et quand elle gravite au sein de l’administration publique.« Ces gens-là, a-t-il dénoncé, ne savent pas ce que veut dire vivre avec le salaire d’un travailleur ».

« A l’exception des syndicats et de certaines organisations sociales, aucune autre force politqiue n’a la capacité, en Argentine, d’organiser un meeting aussi massif que celui que nous avons organisé, a poursuivi del Caño, sans avoir recours au clientélisme et sans recevoir de l’argent de l’Etat. Tout ceci est extrêmement significatif et installe le FIT comme l’une des forces politiques de première importance au niveau national ».

Tout au long de son discours, l’ancien candidat a appelé à élargir le FIT en direction de nouvelles forces et de nouvelles personnalités politiques de façon à le renforcer en tant qu’alternative politique : « le programme sur lequel nous nous sommes mis d’accord pour appeler à ce meeting devrait être la base pour renforcer le FIT, pour ouvrir la discussion en direction de toutes les organisations qui pourraient être d’accord avec ce programme, sans aucune exclusive ».

Del Caño a bien entendu critiqué la droite, actuellement aux affaires, mais également l’opposition péroniste : « Macri a pu faire passer ses lois grâce à l’appui que lui ont donné les élus péronistes du Frente Renovador de Felipe Massa au Sénat mais également en raison du soutien qu’il a eu des députés péronistes kirchnéristes du Frente para la Victoria au Parlement. Il faut aussi avoir à l’esprit la complicité des gouverneurs provinciaux et la bureaucratie syndicale de la CGT. Elle a laissé passer la vague de licenciements et les baisses de salaire sans même appeler à une grève de 24h. Jour après jour, la colère contre ce gouvernement monte, a souligné del Caño. Mais nous n’allons permettre que cette colère soit un marchepied pour que le péronisme revienne au pouvoir ».

Trad. CT.