Politique

Opposition au 49.3 : Le gouvernement réprime tout azimut

2000 à 2500 personnes devant l’assemblée nationale et répression

Publié le 10 mai 2016

Il aura fallu seulement trois heures pour rassembler 2000 à 2500 personnes sur le pont en face de l’Assemblée Nationale pour protester contre l’utilisation de l’article 49.3 par le gouvernement.

Arthur Nicolas

De très nombreuses organisations avaient appelé a un rassemblement devant l’AN pour signifier leur opposition à la loi travail, mais aussi leur opposition à la procédure arbitraire et antidémocratique qu’est le 49.3. L’UD Cgt, le NPA, le PG l’Unef, ont ainsi appelé leurs militants à se réunir pour bloquer le pont de la Concorde. Initiative plus que réussie : en si peu de temps, des étudiants, cheminots, postiers, intermittents et nuit deboutistes se sont réunis sur le pont pour montrer à tous que, ce que certains appellent la "République Française", avait fait tomber son masque : celle d’un régime qui protège le patronat a tout prix, depuis la répression physique aux outils constitutionnels d’une République qui s’était pourvu en 1958 de tous les outils possibles pour contrer les "minorités" parlementaires, au profit des "majorités" autoritaires.

Après 3 heures, de nombreux manifestants ont annoncé vouloir continuer le combat par la construction de la reconductible, notamment dans trois bureaux de postes du 92. Cependant, les "forces de l’ordre" n’ont pas laissé les bloqueurs du pont de partir. Elles ont organisé consciemment un cadre propice à une répression plus violente et gratuite que jamais : elles ont laissé "sortir" les manifestants sur le quai Anatole France en direction de la rue de Solferino et du musée d’Orsay, mais jamais les manifestants n’en sont sortis. Après avoir donc divisé une première fois les militants en laissant certains, ils ont gazé l’avant de la manif qui pensait simplement pouvoir sortir et rentrer chez elle.

Scène de guerre : gaz lacrymogènes à foison, grenades diverses ... devant moi, un jeune homme tombe, blessé à l’arrière de la cuisse. Il est à terre ; l’équipe médicale est appelée et rapplique en vitesse alors qu’à travers l’épaisse fumée, les gardes mobiles peuvent surgir à tout moment. Ils l’évacuent rapidement ; on se croirait dans une scène insurrectionnelle, alors que du côté des manifestants, pas un pavé lancé, pas un projectile sur les flics... L’acte considéré au point de vue du droit comme le plus violent était sûrement d’allumer un fumigène. ‎

Les manifestants refluent ensuite vers le pont, mais le piège s’est refermé : des deux cotés, des grenades de désenserclement éclatent à une cadence militaire ; les CRS font semblant de laisser le passage ouvert pour laisser venir les manifestants avant de sortir de leurs camions et charger. La majorité des personnes présentes, qui ne s’attendaient pas à devenir les cibles vivantes des gendarmes, s’enfuient sur les quais. Une scène de panique a alors lieu : nouvelle pluie de grenades lacrymogènes, les gens cherchent à se protéger dans une péniche, cherchent à retrouver leurs amis, dont on craint une éventuelle blessure ou incarcération.

Ce soir sur BFM, nous n’entendrons pas le nombre de blessés chez les gendarmes, parce qu’ils n’ont pas été blessés, mais nous n’entendrons pas non plus le nombre de manifestants blessés, le nombre de manifestants traumatisés d’avoir été pris pour cible lors d’un lancer de grenade ou d’un tir de flashball. Beaucoup se souviendront de voir ces grenades lacrymogènes lancées sur des groupes de 50 personnes qui voulaient juste sortir de cet espace violent.

Finalement, la majorité des manifestants réussissent à s’écarter des chiens de gardes du capital par les quais et petites rues, malgré une ultime nasse à 22h.