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Politique

Des journées trop courtes pour justifier leurs salaires

24 CDD pour 55.000 € : Bruno le Roux plus efficace que « Paul » Emploi

Photo : Sud Ouest Le Roux a embauché ses filles, âgées alors respectivement de quinze et seize ans, pour 24 CDD qui comptabilisent au total 55 000€ (d'argent public, évidemment). Et, ô surprise, tout porte à croire qu'ils étaient fictifs.

Le premier secrétaire du Parti Socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a lancé cette phrase au micro de RTL : « La question essentielle est de savoir si elles ont travaillé ». On voit bien ici que Jean-Christophe n’a pas vraiment compris ce qui dérangeait dans cette histoire ; il n’est d’ailleurs pas le seul dirigeant politique à ne pas comprendre, car nous ne vivons pas dans le même monde. Ce ne sont en effet pas uniquement les soupçons de travail fictif qui dérangent, mais surtout le fait qu’un politicien fasse croquer sa famille dans le gâteau juteux de l’argent public. 55 000€ pour 24 CDD, pour des salaires allant de 1500 à 3500€ ! Mais bon, ça, pour Camba et les autres, quoi de plus normal, si l’important est de savoir si elles ont travaillé. De plus, sachant que c’était en période scolaire, les contrats ne dépassaient probablement pas deux mois. Monsieur Le Roux, vous avez bien fait de démissionner, votre place n’est pas au gouvernement mais à la direction de Pôle Emploi : vous feriez énormément d’heureux avec des contrats de la sorte, et pour tout âge, même avant l’âge légal ! C’est beau d’être au pouvoir et d’outrepasser les lois sans être inquiété (sauf quand on se fait griller par la presse...)

Mais le petit plus de tout ça, c’est évidemment qu’il apparaît impossible que ces contrats n’aient pas été fictifs. Effectué à chaque vacance, et même pendant les périodes scolaires, ce travail censé être à plein temps a parfois été chevauché par des stages, eux aussi à plein temps, ou encore couvre des périodes scolaires. L’ancien ministre se justifie ainsi : « On parle d’un boulot d’été auprès d’un parlementaire. Et quand il faut faire du classement, quand il faut faire un certain nombre de tâches parlementaires ». Si c’est bien ce qu’il dit, cela nécessite donc d’être présent sur les lieux : pourtant, des contrats ont été effectués, comme dit plus haut, lors de stages (comme l’indiquait le CV en ligne, désormais supprimé, d’une de ses filles qui faisait un stage en Belgique pendant l’un de ses contrats) et pendant des périodes scolaires. Et comme le rappelle TF1 : « l’affaire Fillon a eu pour effet de mettre au jour la réalité du métier de collaborateur parlementaire : un travail intense qui s’effectue en circonscription ou dans les bureaux du député à l’Assemblée nationale. » Mais peut-être que dans la caste des politiciens, ce monde inconnu du plus grand nombre, les journées font 48h, et ceci pourrait expliquer cela ! Ou alors, tout simplement que papa Le Roux a détourné de l’argent public - et le rasoir d’Ockham ne pourra contredire la seconde hypothèse…

Le cabinet de l’ancien ministre de l’intérieur se justifie comme il peut de cet s’entrechoquement de travail, à coup de « ces contrats ponctuels n’impliquaient pas forcément de présence physique » ou encore ces missions ont « pu être effectuées en horaires renforcés » - tellement renforcés qu’ils mettent à l’épreuve la journée de 24 heures elle-même. Tout ceci apparaît tout de même aussi fictif qu’une rencontre à l’assemblée nationale entre Penelope Fillon et les filles Le Roux durant leurs heures de travail.

D’ailleurs, en parlant de l’affaire Fillon, Le Roux avait à l’époque commenté ainsi : « « Je pense qu’il devrait y avoir une règle simple qui est que cela ne devrait pas être autorisé (…) Je pense que c’est plus clair (...) qu’il n’y ait pas de conjoint qui travaille avec les députés ». Mais du coup, les enfants par contre…

Les révélations de cette affaire ont donc fait démissionné Bruno du ministère de l’Intérieur. Lui qui aime tant distribuer des CDD à sa famille, aura finalement vu son CDD s’écourter d’un mois et demi, ce qui ne l’empêchera pas de bénéficier des privilèges accordés au ex-premier flic de France.




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