Jeunesse

Ce n’est pas fini

4 propositions pour rester mobilisé contre la Loi travail malgré le recul du mouvement dans les facs et les lycées

Publié le 10 mai 2016

Marina Granola et Guillaume Loïc

Les vacances de printemps, puis l’arrivée des examens et celle prochaine de la fin de l’année scolaire ont engendré une forte baisse de la mobilisation sur les facs et les lycées. Après un mois et demi d’un mouvement qui, sans jamais avoir réussi à se massifier, a exprimé une colère et une détermination nouvelles, se pose la question de comment continuer à lutter, de comment « ne pas rentrer chez soi ».

Depuis le 9 mars, la jeunesse a joué un rôle de pointe dans le mouvement contre la Loi travail, dans les facs comme sur les lycées. Des milliers et des milliers de jeunes s’y sont engagés dans des manifestations, des actions, ont subi les violences policières, se sont organisés en assemblée, en coordination, ont cherché à construire la convergence avec les salariés. Malheureusement, ce mouvement dont la dynamique initiale tendait à la massification a été laissé dans l’isolement par la politique des directions syndicales, qui ont proposé des journées saute moutons (à commencé par le 31 mars, plus d’un mois après le lancement de la pétition qui a obtenu 1,4 millions de signatures), et n’ont formulé aucun plan offensif pour la construction de la grève et du tous ensemble.

Aujourd’hui, c’est une évidence que la mobilisation sur les facs et les lycées est en fort recul. Même s’il faut noter une caractéristique forte de la lutte « contre la loi El Khomri et son monde » depuis le début : a peu à peu émergé un secteur militant du mouvemement, déterminé, qui n’a été démobilisé ni par son isolement, ni par les vacances et les examens. Cet ingrédient de la situation est un point d’appui pour penser la suite. Et celle-ci, avec la fin des cours sur les universités, se heurte à la disparition de la possibilité de continuer à organiser le mouvement à partir des assemblées générales qui se tenait fac par fac.

Cependant, le format de la mobilisation structurée sur les lieux d’étude, quoique particulièrement efficace, n’est pas le seul possible. On peut songer pour ce qui est de ces dernières années au moins au mouvement des indignés dans l’Etat espagnol et à celui du Brésil en juin 2013, où malgré une composition très majoritairement jeune le mouvement se structurait à partir de d’autres lieux (les places, la rue). La révolte de la jeunesse de Turquie, associée à la place Taksim à l’été 2013, avait elle aussi ce genre de caractéristiques.

Ainsi, tout faisant tout pour maintenir les noyaux de militants du mouvement qui se sont structurés autour des comités de mobilisation, qui vont pouvoir continuer à se réunir sur les universités, à s’adresser aux étudiants qui y resteront malgré la fin des cours (révisions, rédaction de travaux, inscriptions, etc), il faut penser désormais des formes nouvelles. Par exemple, des assemblées étudiantes de ville qui permette de regrouper toutes les personnes intéressés par le mouvement, et qui pourraient, si elles prennent une réalité, chercher ensuite à se coordonner à l’échelle nationale. Et, évidemment, les Nuits Debout serviront de point d’appui et de jonction. Trouver ces formes nouvelles, maintenir l’activisme qui est né depuis le 9 mars, constitue un enjeu décisif, pour que la jeunesse reste un acteur de la bataille en cours, appuyant les luttes du monde du travail, aidant à la coordination entre secteurs, emplissant la rue, etc.

Ceci est d’autant plus vrai que la lutte est loin d’être gagnée par le gouvernement, qui n’a pas de majorité parlementaire. Et que la possibilité d’une deuxième manche, cette fois-ci avec des secteurs de travailleurs en grève au centre du bras de fer, est loin d’être exclue. Il est donc non seulement possible mais nécessaire pour la jeunesse de rester mobilisée, en trouvant les formes les plus adaptées à cette nouvelle phase qui s’ouvre. Voici donc quelques propositions concrètes.

1) On ne lâche pas l’affaire

Continuer à informer et débattre sur la Loi travail autour de soi, sur la nécessité de se mobiliser, au-delà de la fin des cours si nécessaire. Une large majorité des jeunes est contre la Loi travail même si une grosse partie ne se voit pas jouer un rôle dans le mouvement. Si le gouvernement décide lors du Conseil des Ministres de ce mercredi de se servir du 49.3, contre l’avis de plus de 70% de la population, il n’est pas impossible que de nouveaux jeunes se sentent concernés. A nous d’aller à leur encontre et de leur proposer des perspectives. D’autant que la fin des partiels libèrera du temps pour un grand nombre d’entre nous.

2) Avec les travailleurs grévistes

Aujourd’hui avec les grévistes de la SNCF, le 16 avec les routiers, et depuis plsuieurs semaines avec les intermittents, aller à la rencontre des travailleurs est un objectif essentiel, en particulier dans les secteurs qui pourraient basculer sur la grève, tisser des liens, soutenir leurs luttes. Ce n’est que par ce biais que l’on pourra gagner et il faut y travailler sérieusement, en particulier en vue des dates du 17 et du 18 où la question de la grève reconductible peut se poser dans certains secteurs. Les prochains jours sont donc décisifs pour chercher à ouvrir une nouvelle séquence du mouvement !

3) Jour et nuit debout

L’arrivée de la fin du calendrier scolaire rendant plus difficile la mobilisation sur les facs et les lycées, les places occupées par la Nuit Debout peuvent devenir un point de cristallisation du mouvement ? Que les jeunes acteurs du mouvement étudiant et lycéen investissent cet espace contribuera par ailleurs à renforcer son aspect de plateforme pour la convergence des luttes au détriment de son aspect « citoyen », qui pose le problèmes des limites de la démocratie actuelle sans se rendre compte que les moyens pour en inventer une autre sont indissociables de l’affrontrement à construire avec le gouvernement et les classes dominantes.

4) Pas un jeune en prison pour avoir lutté !

A l’heure où un certain nombre de procès contre des militants du mouvement commence à s’enchainer, plus que jamais la question de la lutte contre la répression devient une tâche primordiale. Les images des violences policières contre la jeunesse ayant choqué une large couche de la population, il est possible de construire à l’échelle nationale un mouvement sur cette question. Un mouvement qui centralise et dénonce les violences policières et se batte pour la relaxe de tous les jeunes mobilisés. Il faut que le mouvement étudiant auto-organisé se rende visible autour de cette question, recense les cas de violences policières et de répression, et aide à centraliser la réponse. C’est le moment de s’y mettre !