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Notre classe

« On a perdu une bataille, mais pas la guerre ! »

6 semaines de lutte pour l’embauche des intérimaires : les MC Syncro montrent la voie !

Après 6 semaines à tenir un piquet de grève jour et nuit, les salariés de l’usine MC Syncro de Chanteloup-les-Vignes, sous-traitant de PSA Poissy, ont voté la reprise du travail ce vendredi 13 janvier. Depuis le 5 décembre, ces 22 travailleurs, embauchés en CDI ou intérimaires, protestaient pour exiger l’embauche des intérimaires et des augmentations de salaire. Cette lutte contre la précarité, exemplaire par l’unité et la solidarité qui l’ont portée pendant plus d’un mois, s’est achevée après que la justice de classe ait débouté pour la troisième fois les grévistes. Ces derniers, dans une requête, incriminaient MC Syncro de l’envoi de travailleurs détachés pour casser leur mouvement. Ils espéraient ainsi rendre leur grève suffisamment efficace pour paralyser la production à PSA Poissy.

Par son existence même, mais aussi pour les dépenses extravagantes engagées par la direction pour casser la grève, le mouvement est une grande claque pour MC Syncro, qui a dû céder une prime de 300€ à l’ensemble de ses salariés et garantir un emploi pour 6 mois à 9 intérimaires, alors que ceux d’entre eux qui avaient fait grève avaient été instantanément mis à la porte. Pour ce qui est des grévistes, malgré l’amertume laissée par la reprise du travail sans satisfaction totale de leurs revendications, la solidarité et la confiance dans leurs propres forces acquises par le mouvement sont immenses.

Une grève dure et une direction qui ne cède pas…

Après un mouvement exemplaire de 6 semaines, sans faillir dans leur solidarité et dans leur détermination, les grévistes ont accepté les propositions de la direction, arrachées par la grève au terme d’une dure négociation. Le point de départ de leur mouvement avait été le débouché presque cynique des Négociations Annuelles Obligatoires, le 24 novembre : 300€ de prime et 3% d’augmentations salariales, pour un groupe ayant versé 10,2 millions d’euros à ses actionnaires et maintenant les travailleurs dans la précarité. Pourtant, les revendications des salariés, exprimées depuis le 14 septembre, n’étaient pas la mer à boire pour un groupe comme MC Syncro, embauchant 109 salariés en France, et dont le carnet de commande ne désemplit pas : une prime de 1000€, l’embauche des intérimaires, qui occupent en réalité des postes de travail fixes ; ainsi qu’un partage équitable entre tous les salariés de la participation aux bénéfices du groupe (à l’inverse d’un partage proportionnel aux salaires comme c’est le cas actuellement). « Ils étaient complètement fermés à toute négociation, on a été obligés de se mettre en grève. Et pourtant ce n’est pas faute de les avoir prévenu, d’avoir cherché à négocier autour de la table », explique Ansoumane Dramé, délégué CGT. « On a même fait une heure de débrayage pendant les NAO, pour mettre la pression, leur montrer de quoi on était capables », précise Yahya Slimani, militant CGT.

A l’issue de 6 semaines de grève, les travailleurs d’MC Syncro ont obtenu le versement à l’ensemble des salariés du groupe d’une prime de 300€ bruts, s’ajoutant aux 300€ obtenus par les NAO. Pour les grévistes, ce montant ne compense clairement pas les pertes de salaires liées à leur mouvement, d’autant plus qu’il ne sera pas versé aux intérimaires. Mais là encore, les grévistes font preuve d’une solidarité à toute épreuve, comme en témoigne Yahya : « Ce qu’on a décidé avec les CDI en grève, c’est qu’on partagera notre prime avec les intérimaires qui ont fait grève avec nous. Pour nous, ça va de soi ». Autre acquis de la lutte, 9 intérimaires se voient proposer des contrats de travail en intérim ou en CDD, au choix du salarié, pour une période de 6 mois. Une réponse de la direction bien éloignée des revendications des grévistes, mais qui constitue tout de même un certain soulagement, alors que les intérimaires s’étant mis en grève s’étaient vus remercier immédiatement. Quant au dernier point, l’accord de fin de conflit stipule l’engagement de la direction à « ouvrir une discussion sur les modalités de répartition de la participation aux bénéfices ». Une formulation suffisamment vague pour que les salariés sachent qu’ils ont intérêt à ne pas relâcher la pression.

mais une lutte exemplaire contre la précarité qui doit préparer les batailles à venir

Comme le soulignait Vincent Duse, délégué CGT de PSA Mulhouse, s’adressant aux grévistes à travers une vidéo : « La bagarre pour l’embauche des intérimaires devient centrale dans le secteur automobile mais bien au-delà aussi. Car c’est une politique générale. C’est bien pour ça que votre lutte est emblématique et qu’elle doit être soutenue par l’ensemble des organisations syndicales et politiques. Que ça soit à PSA ou à Renault, la bagarre est la même. On se rend bien compte que demain si on n’arrive pas à avoir les intérimaires dans nos bagarres, il n’y aura plus de bagarre dans les tôles. La précarité est une plaie du capital, qui essaye de monter certains salariés contre d’autres. »

C’était le sens également de l’intervention d’Olivier Goldfarb, éboueur de Paris et délégué CGT, venu en solidarité sur le piquet : « Avec la loi travail, ils veulent abuser encore plus de l’intérimaire. Le danger c’est que ça se développe. On sait que c’est de plus en plus difficile d’avoir un CDI maintenant ». Une question qui touche particulièrement les jeunes, venus à quelques uns apporter leur soutien aux grévistes par un samedi pluvieux : « Dans le milieu étudiant, la précarité est une question importante. Il y a 50% des étudiants qui bossent à côté de leurs études, donc c’est une question qui nous touche », expliquait Renaud, étudiant de Paris 1.

Ce même souci de la convergence et de l’extension de la grève était exprimé par Pascal Toussaint, cheminot retraité, militant de l’UL CGT des Yvelines : « Cette grève est dure à gagner parce que nos adversaires ont bien compris qu’il ne fallait surtout pas accréditer l’idée que des salariés précaires et des salariés en CDI pouvaient s’unir, lutter et gagner ensemble. Le seul moyen de faire de cette lutte une lutte gagnante, c’est que la solidarité soit encore plus forte qu’aujourd’hui, et qu’on leur donne les moyens de tenir ».

La solidarité commençait effectivement à se construire, en témoignent la campagne de photos de solidarité recueillies auprès des travailleurs de PSA, les collectes réalisées par les grévistes aux entrées des usines de PSA Poissy et Renault Flins, ou le barbecue de convergence ayant rassemblé, à notre initiative, une quarantaine de travailleurs de différents secteurs et étudiants le 7 janvier sur le piquet. Elle n’aura malheureusement pas été suffisante, ni à la hauteur de ce qu’aurait exigé l’enjeu stratégique de cette grève. Comme le soulignait Ansoumane Dramé après 2 semaines de mobilisation, tout l’enjeu était de sortir la grève de l’isolement : « le soutien des ouvriers de PSA Poissy et des autres est déterminant, il faudrait même qu’ils se mettent en grève pour faire plier le patron ». Car de l’autre côté, il ne fait aucun doute que les patrons de PSA et de MC Syncro ont fait preuve d’une solidarité sans faille pour écraser le mouvement de grève. En effet, selon ses propres propos auprès des grévistes, la direction d’MC Syncro aurait dépensé plus de 700.000€ contre la grève, avec le report de la production sur ses différents sites, l’envoi de travailleurs détachés avec prise en charge de leurs frais de transport, d’hébergement… des frais bien supérieurs à ce qu’aurait coûté la satisfaction des revendications des grévistes, estimées à 150.000€ par an. « Pour la direction, notre grève est un échec, expliquait Franck Gaigher, militant CGT. Ils ont dépensé tellement d’argent qu’ils n’ont pas pu cacher qu’ils en avaient ».

La direction d’MC Syncro n’a qu’à bien se tenir

Mais pendant qu’MC Syncro perdait des dizaines de milliers d’euros par jour, la solidarité se renforçait entre les grévistes, en témoignait Yahya : « Avec cette lutte, on a gagné énormément en solidarité entre nous tous. Donc demain, s’il y a des sanctions individuelles, on saura réagir. Désormais on est soudés pour préparer les futurs combats. Ca aussi, c’est une victoire pour nous ». Même constat pour Ansoumane : « Avant, on n’était pas vraiment solidaires, il y avait des divisions entre nous. Là, pendant 6 semaines, on a voté et pris des décisions collectivement donc ça nous a renforcés. La direction n’aime pas ça, c’est bien pour ça qu’ils ont tout fait pour casser le mouvement : ils ont été parler avec chacun des grévistes pour nous diviser, mais ça n’a pas marché.

Pour lui, le combat est loin d’être terminé : « On ne va pas s’arrêter là. On va poursuivre MC Syncro aux Prud’Hommes et réclamer des dommages et intérêts. Et puis on va mettre la pression sur l’inspection du travail, parce que ce n’est pas légal d’avoir des intérimaires en poste pendant un an, un an et demi… il faut forcer MC Syncro à les embaucher en CDI. On a perdu une bataille, mais pas la guerre ! Notre victoire dans ce mouvement, c’est d’avoir réussi à nous mobiliser pendant plus d’un mois. On a repris le travail la tête haute parce que la direction a compris qu’on était déterminés et que demain, on est capable de se remettre en grève pendant un mois, deux mois s’il le faut ».

Même conviction chez Yahya : « La direction n’a pas voulu donner raison à notre lutte pour que notre exemple ne se propage pas. Ils préfèrent perdre de l’argent. Pour eux c’est une guerre de survie. Même si notre grève est légitime, ils ne veulent rien lâcher pour qu’on ne recommence pas, et que les autres ne s’y mettent pas. Ca leur fait peur et il y a de quoi. Il n’y a qu’à voir le mouvement de grève qu’il y a eu en fin de semaine dernière chez Geodis, une société de transport à PSA Poissy. Ils se sont mobilisés sur des revendications similaires aux nôtres, c’est sûrement que notre grève leur a donné une idée. C’est ça que MC Syncro et PSA ne veulent pas. La réussite de notre mouvement, c’est que dans les futures négociations, la direction va y réfléchir à deux fois avant d’imposer ses plans. Mais il y aura d’autres mouvements, c’est sûr, car c’est la seule façon d’obtenir des choses. L’idéal, ça serait que les différentes boîtes se mettent en mouvement en même temps ».

A l’aube de 2017, on peut espérer que la prochaine période soit l’occasion de construire cet « idéal », avec toute la détermination et la solidarité dont ont fait preuve les grévistes d’MC Syncro pendant 6 semaines. Comme le soulignait Anasse Kazib, cheminot de Paris Nord délégué SUD Rail, s’adressant aux CDI en grève :« Votre lutte est belle. Ca fait un mois que vous acceptez de perdre de l’argent volontairement, pour des précaires. C’est magnifique ce que vous faites. Il y a des belles luttes, il faudrait qu’à un moment donné elles se regroupent. Car il y a de quoi mettre la pression. En 2017, on va devoir lutter, on le sait ».




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