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A 30 ans de la première Intifada

Le 9 décembre de 1987 commençait la première Intifada. Un massif et radical soulèvement des palestiniens en réponse aux assassinats de la population arabe commis par l’Etat d’Israël.

L’étincelle qui a allumé le feu a été le meurtre de quatre jeunes Palestiniens arrêtés à un poste de frontière dans le camp de réfugiés de Jabalia dans la bande de Gaza. Ils ont été écrasés par le camion d’un soldat israélien. La radio a diffusé l’information mais en insistant sur le fait que ce n’était qu’ un simple "accident". La cruauté, criminelle et préméditée, de l’acte a déclenché la fureur d’un groupe de manifestants palestiniens, dont trois jeunes de 17, 10 et 11 ans qui ont alors été tués par des soldats israéliens. Les événements ont couru comme une traînée de poudre provocant l’Intifada de la fin 1987 qui dura jusqu’en 1990, moment où 1 559 Palestiniens (304 mineurs) ont perdu la vie contre 400 Israéliens, pour la plupart des soldats, selon l’organisation des Droit de l’homme israélienne Betselem.

Ce soulèvement de masses a été mené par une nouvelle génération de jeunes et de femmes palestiniennes qui n’ont pas subi les vieilles défaites causées par la Nakba (expulsion des Palestiniens de leur terre) en 1948, et qui n’avaient pas connu la domination égyptienne sur la bande de Gaza, ni le contrôle de la Jordanie sur la marge occidentale de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est (jusqu’en 1967). Les deux territoires où se concentrait une partie importante du peuple palestinien contraint de fuir les politiques de nettoyage ethnique de l’État sioniste qui a expulsé 1 million de Palestiniens à l’exil.

Les nouvelles générations ont été témoins du saut quantitatif de la colonisation sioniste dans les territoires palestiniens, alors que les conditions de vie des palestiniens se dégradaient sans cesse. Si en 1975, il y avait 2 500 colons juifs, en 1985 ils étaient passés à 60 000, répartis dans 100 colonies.
Libérés du conservatisme de leurs aînés, des milliers de jeunes, éduqués sous la haine de la colonisation, ont affronté les troupes israéliennes, lançant des cocktails Molotov et une pluie de pierres caractéristiques de cette région montagneuse.

Des milliers de parias issus des camps de réfugiés et des écoles dirigées par l’UNRWA (l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés) ont formé les premiers bataillons de rue, assistés par des enfants et des personnes âgées. Cependant, ce sont les femmes qui se sont le plus distingué, jouant un rôle important dans la ligne de front de l’avant-garde, interposant leurs corps aux chars et aux troupes israéliennes. Les mouvements de femmes ont formé des comités de secours brisant et défiant les couvre-feux israéliens pour apporter de la nourriture et des médicaments aux quartiers assiégés et protester contre les milliers de prisonniers qui remplissaient les cachots hébreux. Pendant cette période, environ 3 000 femmes ont été emprisonnées.

Recomposition du mouvement national palestinien

L’Intifada a éclaté comme une éruption volcanique exprimant la recomposition du mouvement national palestinien contre l’occupation sioniste, donnant naissance à des nouvelles organisations coordonnées par le Commandement National Unifié. Cette organisation de masses était sous l’hégémonie du Fatah et de l’OLP. Sa direction, dont Yasser Arafat était une figure principale Ce dernier était en exil en Tunisie après les coups durs de l’armée israélienne à Beyrouth et le massacre de Sabra et Shatilla, qui les avaient forcé à fuir le Liban en 1982. De manière très énergique, les nouvelles institutions des masses ont déclaré une grève générale contre la répression israélienne et ont encouragé les combats de rue. La détérioration brutale du niveau de vie a conduit à la ruine les classes moyennes qui ont mené un mouvement de désobéissance civile contre le paiement d’impôts et d’amendes, ainsi que le boycott des marchandises israéliennes. Simultanément, deux courants d’opinion se sont développés : l’un soutenait la lutte contre l’occupation sioniste des territoires palestiniens et l’autre développait l’objectif stratégique de la destruction de l’État d’Israël pour récupérer la Palestine historique.

La répression brutale sur les masses palestiniennes a montré le vrai caractère des sionistes créant ainsi un énorme discrédit international ouvrant des fissures dans l’armée israélienne, pilier de l’État juif, préexistant à la nation juive. L’émergence de refuzeniks (déjà apparus en 1982 lors de la première guerre du Liban, souvenir de l’opération « Paix pour la Galilée »), exprimait un mouvement de milliers de soldats et d’objecteurs de conscience qui refusaient de servir dans les territoires palestiniens occupés. Les refuzeniks préféraient se soumettre aux tribunaux militaires qui ont condamné plusieurs d’entre eux à la prison, provoquant ainsi une crise dans la société israélienne, et donnant lieu au développement des mouvements pacifistes tels que Shalom Ajshav, lié à l’intelligentsia libérale, et Iesh Gvul, un mouvement de soldats liés à des groupes antisionistes.

Le piège des accords d’Oslo

Face à la perplexité israélienne, incapable d’étouffer la profondeur du mouvement, le premier ministre de droite Yitzhak Shamir, et Yitzhak Rabin, ministre du Travail, ont tenté de lancer une campagne pour attribuer la responsabilité du "chaos" à Arafat, malgré le fait qu’il était déjà en Tunisie et qu’en 1985 et que lors de la Conférence d’Alger le Fatah et l’OLP avaient déjà capitulé, reconnaissant l’existence de l’État d’Israël et abandonnant leur ancien programme démocratique pour une Palestine laïque et non raciste.

Sous cette domination a surgi le Hamas, qui était "toléré" par le régime sioniste, selon le journaliste israélien Uri Avnery, car en tant que mouvement islamique il a conspiré pour diviser le mouvement national avec un caractère laïc. Alors que les masses étaient organisées en comités de différents types, le Hamas a séparé de ces comités les secteurs les plus paupérisés avec des mesures d’assistance sociale.
Dans le cadre contre-révolutionnaire de la première guerre en Irak lancée par George Bush (père) en 1991 et l’offensive néolibérale, l’impérialisme américain, l’État d’Israël et Arafat ont détourné ce processus par le biais des Accords d’Oslo de 1993 promouvant la solution à deux États. Ceux-ci n’ont été qu’un piège servant à augmenter exponentiellement la colonisation juive des territoires palestiniens de près de 500 000 colons, niant toutes les exigences démocratiques du peuple palestinien, parmi lesquelles le droit au retour de 7 millions de personnes vivant dans la diaspora, principalement dans des camps de réfugiés dans les pays arabes. Le droit à l’autodétermination nationale du peuple palestinien est une tâche qui ne pourra se réaliser que dans la lutte de tous les travailleurs, paysans et peuples du Moyen-Orient contre l’impérialisme, son gendarme sioniste dans la région et les bourgeoisies réactionnaires arabes.

L’actualité

La provocation du président américain Donald Trump de reconnaître officiellement Jérusalem comme la capitale d’Israël coïncide avec la commémoration des 30 ans de ce soulèvement. C’est pour cela que cette date est si importante et l’attitude du président américain encore plus insultante. Aucun pays impérialiste, ni même les États-Unis eux-mêmes dans les administrations précédentes, n’a osé un acte pareil, conscient qu’ils étaient que cela pourrait provoquer une nouvelle révolte palestinienne et forcer les États arabes à se positionner.

Nous en avons déjà eu un aperçu avec les "trois jours de colère" auxquels ont appelé les organisations palestiniennes dans la région. Mercredi 6, à quelques heures de la provocation incendiaire de Trump avec la signature de la résolution, des groupes de chrétiens palestiniens qui sortaient de l’église de la Nativité ont brûlé des affiches avec la photo du président américain. Puis, il y a eu des affrontements entre la population palestinienne de Cisjordanie et l’armée israélienne, qui à l’heure de réprimer a trouvé un allié dans la police de l’Autorité Palestinienne, bien qu’à plusieurs reprises, certains policiers aient refusé de réprimer leurs frères.

Vendredi, la répression de l’armée israélienne (Hagana) a tué un jeune homme et plusieurs dizaines de blessés ont été signalés. Les manifestations ont eu lieu à Ramallah, Naplouse, Belen, Hébron et bien sûr à Jérusalem-Est, auxquelles s’ajoutent des mobilisations massives dans plusieurs pays arabes.

Samedi la Ligue arabe a appelé de toute urgence à une réunion des ministres des Affaires étrangères de ses États pour discuter de la décision des Etats-Unis, le plus grand partenaire d’Israël.

Paradoxalement, à l’occasion de l’anniversaire de la première Intifada, a eu lieu une réunion de dirigeants arabes plus soucieux de maintenir le statu quo dans la région (que Bergoglio lui-même en son caractère de pape a appelé à soutenir) malgré les provocations de Trump et de l’État sioniste d’Israël, dans le but d’arrêter la spontanéité des manifestations et limiter leur développement, mettant ainsi tout en œuvre pour éviter un soulèvement généralisé de la population arabe (musulmane et chrétienne) de cette région.




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