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Débats

Anniversaire

A 80 ans de la Conférence de Fondation de la IVème Internationale

Le 3 septembre 1938, une poignée de révolutionnaires se réunissait à Périgny, en région parisienne. Malgré les conditions de clandestinité imposées par la persécution conjointe de la bourgeoisie et des staliniens, la conférence a adopté le Programme de Transition, donnant naissance à la IV Internationale.

Rudolf Klément, 28 ans, militant communiste allemand qui avait rejoint l’Opposition de gauche, était chargé de l’organisation de la Conférence, mais il a été kidnappé par des agents de la GPU quelques jours avant sa tenue, et, avec lui, les documents de préparation de la Conférence ont disparu. Son corps sans vie a été retrouvé des mois après. Peu avant, la GPU avait assassiné Léon Sedov, le fils de Trotski, et Erwin Wolf.

Cette conférence s’est tenue dans des conditions d’extrême clandestinité, raison pour laquelle elle a dû se tenir seulement sur une journée. Vingt-six délégués représentant onze sections y ont participé : USA, Angleterre, France, Belgique, Pays Bas, Pologne, Grèce, Italie, Allemagne, Russie et Brésil. Quelques délégués étaient mandatés par d’autres sections, telles que l’Espagne, Tchécoslovaquie, Canada et Mexique. Selon un rapport du Secrétariat International, il y avait à l’époque 29 sections qui adhéraient à l’Opposition de Gauche, mais les dures conditions matérielles ont empêché leur participation. Léon Trotski était confiné en exil au Mexique. L’ordre du jour de la conférence était vaste mais, en raison de la brièveté de la réunion, tous les points ne purent être discutés.

La réalisation de la Conférence a constitué une grande réussite, en démontrant l’énorme capacité et la persévérance de l’internationalisme révolutionnaire qui caractérisait toutes ces sections.

Le contexte

Le prolétariat reculait, épuisé par les défaites en Allemagne et en Espagne, et la trahison de la bureaucratie stalinienne. L’avant-garde révolutionnaire se trouvait face à d’énormes difficultés. Néanmoins, elle avait une meilleure position qu’à la veille de la Première Guerre mondiale, quand le capitalisme semblait invincible. A ce moment, la capitulation de la IIe Internationale avait surpris tous les révolutionnaires. La première conférence internationale - numériquement très petite et avec une majorité indécise – s’est réunie plus d’un an après le début la guerre. Seule la victoire de la Révolution d’Octobre en Russie a donné une impulsion puissante à la IIIe Internationale.

En 1938, l’agonie du capitalisme était beaucoup plus évidente. L’exemple de la première révolution ouvrière triomphante était dans la mémoire récente des masses. L’expérience des grands événements de la lutte des classes avait été assimilée par les meilleurs militants. Partout il y avait des organisations révolutionnaires, liées idéologiquement voire à un niveau organisationnel pour quelques unes. Elles constituaient une force politique forgée dans la lutte de classe avec beaucoup plus d’influence et d’homogénéité que la « gauche de Zimmerwald » qui, durant l’automne 1915, avait relevé le défi de poser les bases de la création de la IIIème Internationale (1).

Des groupes d’opposition se développaient au sein des partis et des syndicats réformistes. À l’intérieur des sections de l’Internationale Communiste, du fait di régime répressif qui y régnait, l’opposition se développait sous une forme clandestine. La nécessité de la bureaucratie stalinienne de lancer constamment des nouvelles purges et des répressions à l’intérieur de l’URSS, exprimait ainsi la vitalité des idées de l’opposition de gauche, que le stalinisme ne réussissait pas à étouffer.

Face à l’imminence d’un nouveau conflit mondial armé, le Komintern qui, avec la "théorie" du socialisme dans un seul pays, avait liquidé le programme de la lutte révolutionnaire internationale du prolétariat, a incité au nationalisme dans l’URSS, créant des valeurs au-delà de classes, avec pour objectif de discipliner les travailleurs pour mieux les soumettre. La même opération d’intox a été faite à nouveau dans les partis « communistes » des autres pays, en suivant un raisonnement selon lequel il était nécessaire de créer, pour défendre l’URSS, des alliances avec les « puissances démocratiques » contre le fascisme. Dans ce moment clé de l’histoire, la bureaucratie stalinienne trahissait le prolétariat international. Trotski dénonçait cette politique criminelle : « Face à l’imminence d’une nouvelle guerre inter-impérialiste, les organisations social-patriotiques ont unifié leurs forces avec l’aile gauche de la bourgeoisie, sous le nom du Front Populaire, qui n’est qu’une tentative de la bourgeoise, dans son agonie de mort, de soumettre encore une fois le prolétariat à sa domination, comme la bourgeoisie révolutionnaire l’a déjà fait à l’aube du capitalisme. »

C’est dans ces conditions que se développait l’Opposition de gauche, poursuivie par le stalinisme et les gouvernements impérialistes, poursuivie comme aucune autre organisation politique dans l’histoire.

Cependant, grâce à l’effort et à l’abnégation de ses dirigeants et de ses militants, le 3 septembre 1938, la Conférence adopta le Programme de Transition et vota la création de la IV Internationale.

Quelques jours plus tard, lors du meeting pour célébrer les dix ans du parti américain, Trotski disait : « Chers amis, nous ne sommes pas un parti comme les autres. Nous n’ambitionnons pas seulement d’avoir plus d’adhérents, plus de journaux, plus d’argent, plus de députés. Il faut tout cela, mais ce n’est rien d’autre qu’un outil. Notre objectif est la libération totale, matérielle et spirituelle, des travailleurs et des exploités au moyen de la révolution socialiste. Si nous ne la faisons pas, personne ne la préparera ni la dirigera ».

NOTES :

(1) La conférence célébrée à Zimmerwald, Suisse, en septembre 1915, avait pour objet de regrouper les courants anti-guerre et les internationalistes survivants à la ruine de la II Internationale. Bien que la majorité des participants fussent centristes, elle a été un pas vers la création d’une nouvelle internationale.




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