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Politique

« La plus grande humanité » de Macron

A Calais, Gérard Collomb incarne la lepénisation en Marche

Ce vendredi 23 juin, Gérard Collomb se rendait à Calais pour « constater la situation sur place ». Alors que plus tôt dans la semaine plusieurs associations dénonçaient les conditions effroyables de survie des migrants en entamant un recourt en justice, Collomb tire son bilan : pas de centre d’accueil prévu mais un renforcement de la police exigé.

Crédits photo : PHILIPPE HUGUEN / AFP

Plus de jungle, mais toujours une chasse à l’homme

La « jungle » de Calais avait été démantelé fin octobre. La destruction du camp et du centre de transit laissait sans ressources les nombreux migrants qui n’avaient pas pu ou pas voulu être déportés vers d’autres régions. D’après les associations sur place, il resterait environ 600 migrants en attente de pouvoir rejoindre l’Angleterre aux alentours de Calais.

Les autorités publiques s’acharnent sur les migrants et empêchent toute installation, tout regroupement aux alentours. Pas d’accès à l’eau potable, au logement, ni à de la nourriture. Les distributions ont été interdites le midi, et si elles sont autorisées le soir, c’est sous contrôle policier. De même, si les migrants veulent demander le statut de réfugié, ils doivent dorénavant se rendre à Lille. Si bien que onze associations ont, ce mardi, défendu devant le tribunal administratif de Lille le respect des droits fondamentaux des personnes exilées.

Les associations témoignent de la difficulté pour elles de venir en aide aux migrants avec les blocages que mettent en place les autorités publiques ; ainsi que du harcèlement et de la violence policière quotidiennement subis par les migrants.

Mépris des migrants et renforcement de la police

Gérard Collomb s’est donc rendu à Calais ce vendredi, pour prendre la température afin de mettre en place un « plan migrant ». Un des points du projet, qu’il voudrait élaborer d’ici quinze jours, pourrait être l’ouverture de centres d’accueil. Mais pas là où il serait nécessaire.

Alors que Macron, durant son conseil des ministres tentait de faire reluire son image à coup de directive comme « faire preuve de la plus grande humanité » sur la question des migrants, son premier ministre lui a été beaucoup plus direct quant à ses intentions sur la question de l’immigration, en parlant entre autres, de migrants « enkystés », ou encore « d’abcès de fixation »… Les migrants pour Collomb : une plaie à éliminer.

Il a ainsi déclaré : « On a vu que lorsqu’on laissait faire, on commençait avec quelques centaines de personnes et on finissait avec plusieurs milliers de personnes qu’on ne savait plus gérer. C’est pour ça que nous ne voulons pas de centre ici car à chaque fois qu’on a construit un centre, il y a eu appel d’air. »

Il est donc hors de question pour Gérard Collomb de mettre en place à Calais un centre d’accueil qui aurait pu permettre un accès minimum aux services élémentaires. Par contre, Collomb a apporté tout son soutien aux forces de l’ordre réprimant les migrants, et a même insisté sur la nécessité de renforcer leurs effectifs. Le but étant donc de rendre la zone la plus hostile possible pour les migrants.

Dans les discours, le nouveau gouvernement tente donc de donner une image assez humaniste. Dans les faits, apparaît le profond mépris pour tous les exilés cherchant refuge en France, ou cherchant à transiter vers d’autres pays. Alors qu’En Marche appelait désespérément au Front Républicain pour contrer le danger frontiste, on voit maintenant le nouveau gouvernement reprendre le même type de discours et de positions que le Front National concernant l’immigration. Un refus de mettre en place des conditions de prises en charges des populations exilées, de leur permettre un minimum de commodités sous prétexte que l’État ne pourrait les assurer. Ou comment créer des situations de crise pour ne pas avoir à les résoudre. S’il y a « appel d’air », c’est bien parce que les populations migrantes sont asphyxiés.




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