Politique

Edito

Evacuation de la « jungle » de Calais. Défendre les migrants

Publié le 21 octobre 2016

Avec le démantèlement annoncé de la « jungle » de Calais, c’est un nouveau saut dans la répression des migrants que le gouvernement franchit. Déjà enfermé à ciel ouvert, soumis à des conditions de survie indécentes, matraqués et gazés par les forces de polices, chassés où qu’ils aillent alors qu’ils fuient déjà guerres et misères, Valls, Cazeneuve et ses forces de police comptent bien ne pas en rester là. C’est un dispositif quasi militaire que le gouvernement a mis en place. Près de 1 250 policiers et gendarmes en plus des 2 100 déjà présents seront mobilisés pour mener l’évacuation à son terme. Alors que le gouvernement pare cette opération d’évacuation d’un « humanitaire » dont lui seul a le secret, ce qu’il s’agit d’opposer face à cette nouvelle offensive, c’est la défense des migrants.

Damien Bernard

C’est lundi 24 octobre, que débutera le démantèlement de la « Jungle » de Calais. Le tout en l’espace de trois jours. Chaque personne « choisira entre deux régions et se verra remettre un bracelet dont la couleur indiquera sa destination. » explique la préfète du Pas-de-Calais.

Défendre les migrants pour éviter leur emprisonnement massif en CRA !

Les réfugiés « récalcitrants » qui refuseraient la proposition de relocalisation qui leur sera faite, pourront être interpellés puis placés en Centres de rétention administrative (CRA). Alors que la plupart des réfugiés survivent à Calais, espérant pouvoir passer en Grande Bretagne, cette opération quasi militaire du gouvernement est en réalité une opération de fichage, d’interpellation et d’emprisonnement massif de migrants. Et le gouvernement a tout prévu. Ainsi, la Cimade a observé qu’« à Hendaye, Strasbourg et Plaisir, trois CRA jusque-là fermés ont rouvert leurs portes en prévision de cette opération de démantèlement. Ils représentent une centaine de places, auxquelles s’ajoutent plus de 200 autres réservées dans tous les CRA ». Pour exemple, en octobre 2015, une opération menée pour « réduire » la présence des migrants avait conduit à un millier de placements en rétention.

Vider Calais. Une évacuation peut en cacher une autre !

Dès lundi 8 heures, une soixantaine de bus évacueront une partie des 6486 migrants « recensés » vers 454 centres d’accueil disséminés à travers toute la France. Ainsi avant l’embarquement en bus, tous les migrants devront décliner leur identité, leur date de naissance et leur nationalité. Les migrants seront ensuite dispersés dans de nombreuses villes dont certaines, organisent sciemment des référendums anti-migrants, et attisent la haine, comme à Béziers. D’autres où des groupes fascisants sont à l’offensive et déclenchent des incendies dans les futurs centre d’accueils comme à Forge-les-Bains (Essonne). Disperser les migrants, pour les invisibiliser toujours plus, remettre en cause leur auto organisation, puis instrumentaliser les « troubles-créées-par-leur-présence », pour mieux les expulser ensuite, telle est la logique.

C’est la meilleure façon de lutter contre la surenchère réactionnaire !

Tandis que le gouvernement emprunte toujours plus le programme de la droite et de l’extrême droite, sur fond d’état d’urgence, ou à coups de loi xénophobe comme avec la déchéance de nationalité, le FN, qui fait de son fonds de commerce, le discours anti-migrants s’est vu encouragé, notamment à la base, à radicaliser son discours. Pourtant à 7 mois des présidentielles, Marine Le Pen tente d’apaiser son discours xénophobe, sur fond de stratégie de dédiabolisation, comme l’a exprimé sa prise de distance avec Ménard et ses affiches anti-migrants. La base militante du parti d’extrême droite, elle, ne le voit pas du même œil et semble se radicaliser comme à Lourdes, où le FN encourage les rafles contre les migrants. Face à la surenchère réactionnaire, défendre les migrants est la condition de toute lutte qui vise à stopper cette offensive xénophobe du FN, que les politiques du gouvernement alimentent.

Pour imposer une défaite au gouvernement et à son offensive répressive !

L’instauration de l’état d’urgence devenu permanent n’a pas seulement intensifié le niveau de répression, à l’encontre des manifestants du mouvement social contre la loi Travail, ou encore les violences policières dans les quartiers populaires, avec l’augmentation des contrôles au faciès. Avec un silence absolu des médias dominants, les violences policières, les gazages nocturnes à Calais, se sont intensifiées sur les migrants, depuis cet état d’exception, avec notamment l’escalade de l’impunité policière induit. Réprimer ceux qui n’ont presque pas le droit d’exister, telle est devenu le « jeu » du bras armé du gouvernement. Dans ce contexte, imposer une défaite au gouvernement, en faisant échouer l’évacuation de la « jungle », serait un coup d’arrêt contre une de ses offensives autoritaires centrales.

Pour réaffirmer le droit à la libre circulation et installation !

A sept mois des présidentielles, l’objectif du gouvernement est de rayer définitivement la « Jungle » de Calais de la carte. Démontrer sa fermeté face à la droite et l’extrême droite qui le taxe de « laxisme », tout en se démarquant de sa droite en se disant « résolument humanitaire », telle est la stratégie du gouvernement. Il s’agit pour cela de se débarrasser du « problème » de Calais tout en préparant les futures expulsions, qu’elles soient le fait du gouvernement Valls actuel, ou du futur locataire de l’Elysée. Sur fond de racisme d’Etat, stigmatiser les migrants, les sans-papiers, l’étranger, vise à diviser nos rangs pour intensifier la lutte plus générale qu’il mène contre la jeunesse et le monde du travail, le tout au service du grand patronat. Face à la division qu’il tente de nous imposer, l’évacuation de la « jungle » de Calais étant une escalade dans cette offensive, ce qu’il s’agit d’exiger, l’arrêt immédiat de l’évacuation, le retrait des forces de l’ordre du campement, l’ouverture de la frontière avec l’Angleterre, la liberté de circulation et d’installation, la régularisation de tous les sans-papiers.