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A propos de la tribune signée par Poutou et Besancenot dans le Huffington Post

[Crédit photo : MILO / Photothèque Rouge] Philippe Poutou a cosigné avec Olivier Besancenot et Christine Poupin une tribune parue dans le Huffington Post le 28 février sous le titre de « Si ce n’est pas nous, qui ? ». Retour sur une façon bien étrange de faire campagne.

Dissonance

La campagne de Philippe Poutou pour les élections présidentielles est sans aucun doute dans son meilleur moment, malgré des difficultés bien réelles à obtenir les 500 parrainages nécessaires pour accéder au scrutin. Depuis son passage sur le plateau de l’émission On n’est pas couchés et le scandale légitime généré par le fou rire des journalistes au moment où il s’agissait de parler des licenciements, le candidat anticapitaliste est plus visible que jamais et suscite de plus en plus de sympathie.

Comme en 2012, on sent qu’il prend de plus en plus confiance et multiplie les bonnes interventions dans les médias. Une des dernières en question a été celui sur un plateau de BFM où il développe les axes de sa candidature à partir d’une critique aiguë des scandales de corruption au sein de la caste politique et des liens de celle-ci avec la classe dominante.

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Dans ce contexte, la tribune du Huffington Post sonne comme un accord dissonant. Elle est tout sauf offensive, on dirait même parfois qu’un de ses auteurs n’est pas candidat, car sa campagne électorale n’y est jamais mentionnée. Cela est d’autant plus étonnant qu’une vraie campagne politique et démocratique a pu s’installer, pour le droit d’un ouvrier anticapitaliste de se présenter aux élections et contre les barrières imposées par celui qui est un des régimes électoraux les plus antidémocratiques au monde.

Une représentation politique des exploités et des opprimés

C’est autour de cette idée présentée d’entrée de jeu que s’organise l’ensemble du texte. A partir d’un commentaire politique sur les derniers événements politiques concernant la campagne et critique des différents candidats, et en passant sur un certain nombre de mots d’ordre souvent justes, l’idée qui ressort reste assez floue : « construire une représentation politique pour les exploités et des opprimés ».

Non pas que le constat de l’absence d’une force politique représentant les intérêts de l’ensemble des travailleurs et des couches populaires ne soit pas bien réel. Mais car en absence de toute précision sur le contenu stratégique et programmatique, ainsi que sur les possibles voies d’émergence de cette « représentation », la formule prend malheureusement le caractère d’une incantation relativement abstraite.

Fin des partis ?

« Fin de partie, fin des partis ? » dit un des sous-titres de la tribune, traitant de la crise de la gauche institutionnelle. Au regard de l’ensemble du texte, on a droit de se demander si l’absence de toute référence explicite non seulement à la campagne électorale de Poutou, mais aussi du parti qui l’impulse, le NPA, la mise en avant de la formule "de représentation des exploités" n’a pas pour fonction précisément de contourner la question de la construction d’un parti en général et du NPA en particulier. D’autant plus que cela fait écho aux déclarations d’Olivier Besancenot dans une interview de 2015 où il appelle de ses vœux l’ouverture d’un débat sur la « forme parti », faisant l’éloge des zapatistes et évoquant l’idée d’une « campagne pour la non-présidence ».

La tribune ayant été adoptée par un vote au sein de l’équipe de campagne (les représentants de Révolution Permanente présents à cet organisme se trouvaient parmi les opposants), elle reflète la vision d’un secteur du parti pour qui la campagne Poutou semble être davantage un passage obligé, avant des éventuels phénomènes de réorganisations à gauche qui viendraient après, plutôt qu’une réelle opportunité politique. Or, la montée en puissance de la campagne sur le terrain politique de ces dernières semaines montre bien qu’un espace existe pour une voix ouvrière, anticapitaliste et révolutionnaire et qu’en ce sens il n’est pas temps de décréter une quelconque « fin de partie ».

Hologramme…

Alors même que la tribune passe en revue critique la quasi-totalité des candidats à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon n’est étrangement pas cité, si ce n’est que sous une forme allusive : « un hologramme qui troque l’histoire du mouvement ouvrier pour la Marseillaise, les grandes mobilisations sociales pour des référendums, l’internationalisme militant pour une France certes insoumise mais fermée à la solidarité avec les migrants... ».

Révolution Permanente ne peut en aucun cas être soupçonné de soutenir le candidat de la France Insoumise. Il n’empêche que cette façon de balayer d’un revers de main une campagne qui, avec toutes les critiques politiques que nous lui faisons, séduit des larges couches d’électeurs en rupture avec le PS, nous semble bien trop légère. Dans l’optique de faire émerger la campagne Poutou dans ce qu’elle a de radicalement distinct de celle de Mélenchon, il aurait été au contraire nécessaire d’apporter aux lecteurs du texte un éclairage sur les divergences entre les deux candidats.

Car non, Jean-Luc Mélenchon n’est pas un hologramme et le succès relatif de sa campagne est l’expression inaboutie de phénomènes politiques plus larges, comme la réémergence d’une gauche réformiste en Grèce et en Espagne ainsi que des pressions de type populiste et souverainiste. Malheureusement le recul de l’extrême-gauche laisse la voie libre à ce type de processus, qui se situant dans le cadre global du système et de ses institutions, constituent une impasse pour les travailleurs et la jeunesse. C’est donc un devoir pour les révolutionnaires d’expliquer et d’argumenter patiemment sur pourquoi ce type de projet ne peut pas répondre à leurs aspirations.

De cirques et champions

Mais c’est à la fin du texte que la sensation d’étrangeté par rapport à la campagne électorale en cours saute le plus aux yeux. La question ne serait donc « pas de désigner un champion pour se battre dans le cirque, mais bien d’en finir avec le cirque... » . Il faut certainement en finir avec le cirque, celui des grands patrons comme celui du simulacre de démocratie qui les soutient, telle n’est pas la question. Mais pourquoi un tel acharnement à adopter une posture défensive, qui s’excuse presque de se servir du créneau offert par les élections pour porter la parole des travailleurs et de leurs luttes, certes, mais aussi pour avancer un programme et un projet ?

Ne serait-ce pas bien si Poutou devenait, comme il un tout petit peu fait cette dernière semaine, un champion de la défense des intérêts des travailleurs, de la dénonciation ouverte des magouilles du pouvoir, de la violence patronale, de l’état policier ? «  Pas de retour en arrière  », proclame la dernière phrase de la tribune. Au niveau de Révolution Permanente on a surtout envie de dire « en avant » avec la campagne Poutou, pour laquelle cette tribune non seulement n’aura été d’une quelconque utilité mais dans laquelle on entrevoit au fond une forme de défaitisme qui n’a pas lieu d’être.




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