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Politique

Contre-offensive

Affaire Benalla. De quoi les motions de censure sont-elles le nom ?

Le groupe parlementaire des Républicains déposait ce jeudi sa motion de censure à l’Assemblée concernant l’affaire Benalla, suivi de près par les déclarations de la gauche qui, poussée par les insoumis, a aussi souhaité faire une seconde motion. Si ces deux textes seront discutés le 31 juillet, il s’agit pour les deux groupes de faire bonne figure dans cette tempête politique, et de passer à la contre-offensive après les déclarations de Macron.

Crédit photo : Richard Ying et Tangui Morlier

La commission d’enquête lancée par l’opposition après les révélations du Monde est en cours d’implosion. Les Républicains comme les groupes parlementaires de gauche ont claqué la porte et ont déposé des motions de censure. Après la supercherie de la commission d’enquête, ces motions visant à interpeller le gouvernement et le président vont ainsi leur permettre d’apparaître comme les garants républicains de la démocratie bourgeoise, au moment où il faut se démarquer de cette crise politique majeure. Après les supercheries de la commission d’enquête drivée par LREM et les déclarations de Macron qui attaquaient frontalement l’opposition à grand renfort de « Qu’ils viennent me chercher ! », il s’agit aussi et surtout de passer à la contre-offensive.

Les Républicains sur les starting-blocks

Si les motions de censure sont un supposé moyen de contrôle de l’Assemblée nationale sur le gouvernement et peut provoquer sa dissolution, cela ne s’est produit qu’en 1962. Une destitution du gouvernement ne serait néanmoins que très peu probable étant donné la grande majorité qu’a LREM et qui semble pour l’instant rester assez soudée. Pas d’attaques directes contre l’exécutif donc puisque la majorité est de son côté, mais un signal fort d’une opposition qui cherche à se reconstituer et qui n’a pour l’instant que peu de base, à droite comme à gauche.

Ce que ces motions permettent va notamment être une confrontation avec l’exécutif puisque ce sera Édouard Philippe qui devra répondre devant l’Assemblée. Depuis le début de l’affaire Benalla et la crise politique encore ouverte, l’opposition institutionnelle de gauche et de droite tente de bien apparaître pour se repositionner comme force politique face à Macron, au moment où aucune n’émerge.

Christian Jacob, chef de file des Républicains, déclarait mardi à l’Assemblée pour justifier le dépôt d’une motion de censure que « Le gouvernement a failli en ne donnant pas droit aux demandes réitérées de s’exprimer sur cette affaire et [qu’]il ne peut pas y avoir de fonctionnaires qui n’agissent pas sous l’autorité du gouvernement. » Il s’agit pour le groupe LR de s’imposer en s’appuyant sur les méthodes de gouvernance particulièrement opaques de Macron, dans une perte de vitesse de l’Assemblée où les Républicains ont un certain poids.

Après l’affaire Fillon qui a fait tomber les Républicains et qui a poussé vers Macron une grande partie de l’électorat de droite, cette motion de censure sonne comme une revanche, et un moyen de regagner cette base électorale qui commence à tourner le dos à LREM. Ce sont les Républicains qui sont finalement le plus à l’offensive au niveau de cette affaire puisque ce sont eux qui ont déserté en premier les bancs de la commission d’enquête, qui ont déposé la première motion de censure, et aussi eux qui utilisent la commission du Sénat pour continuer à faire valoir de nouveaux chefs d’accusation contre Benalla et « le seul responsable » Macron.

Qui sera le plus républicain ?

Si les insoumis avaient dès mardi évoqué leur volonté de déposer eux aussi une motion de censure, c’est avec les autres groupes de la gauche parlementaire qu’il fallait discuter. Les socialistes, communistes et insoumis sont tombés d’accord sur un texte, une première dans ce quinquennat, qui sera défendu mardi par André Chassaigne, tête de file du PC. C’est la première fois que les trois groupes signent ensemble un même texte ; la chef de file du PS Valérie Rabault s’en est d’ailleurs félicitée et a déclaré « Nous considérons que le clivage gauche-droite a un sens dans notre pays », au moment où la droite occupe toute la place et que la gauche parlementaire est au plus mal après la désillusion Hollande et la récupération « ni de gauche ni de droite » sauce Macron.

Mélenchon déclarait ce vendredi lors d’une conférence de presse, « Dès le 19 juillet, j’ai proposé qu’on ait une motion de censure [...] pas parce que nous pensions que la motion de censure allait tout régler. Mais la motion de censure au moins pouvait rétablir l’ordre républicain. » ou encore : « Je veux que tous les Français sachent que ce n’est pas Macron ou le chaos. Il y a une alternative. Dans la période, nous nous efforçons de montrer, de manière républicaine, que face à lui il existe une institution qui s’appelle le Parlement et qui représente les Français. ». Un ton plutôt conservateur pour celui qui avait bâti une grande partie de sa campagne autour de la question de la VIe République, et qui ne fait pas autre chose que de continuer à légitimer le fonctionnement des institutions, qui fondent de ces commissions d’enquêtes où des bourgeois plus ou moins corrompus jugent des bourgeois corrompus. Si les deux motions feront l’objet d’un vote séparé, Coquerel a d’ores et déjà annoncé que le groupe de la FI voterait pour les deux textes.

Cette double motion de censure en dit long sur la crise politique que traverse Macron qui voit l’opposition à l’assemblée dans son ensemble attaquant l’exécutif. Mais il s’agit aussi d’un moyen de personnaliser l’affaire Benalla quand des casseroles pareilles de barbouzeries, privilèges et autres copinages parcourent tout le long de leur République. Cette affaire devient ainsi la nouvelle arène de la bourgeoisie pour s’affronter dans sa perte d’hégémonie, à grands coups de sorties sensationnalistes, qui tout en fustigeant le pouvoir macronien tentent de circonscrire l’affaire dans le cadre institutionnel.




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