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Notre classe

Témoignage

Agression d’un délégué CGT à McDo : « Faut-il qu’il y ait un mort pour être entendus ? »

Quentin, délégué syndical, a été violement tabassé, vendredi dernier, alors qu’il sortait des locaux de l’Union Locale CGT, accompagné d’un collègue. Avec d’autres salariés de McDonald's, ils demandaient la réintégration d’un collègue licencié. Nous avons recueilli son témoignage.

Quentin Leyra a été élu délégué du personnel au McDonald’s de Villefranche de Rouergue, en Aveyron, en juillet 2016. Il a été ensuite désigné délégué syndical à l‘échelon local, et malgré les plaintes déposées par sa gérante, le tribunal a confirmé sa désignation en décembre dernier.

Depuis lors, Quentin essaye d’améliorer les conditions de travail au sein de son restaurant, en demandant des salaires dignes et plus de sécurité au travail. Il dénonce également toutes les discriminations, notamment les discriminations homophobes envers deux collègues gays.

Mais, vraisemblablement, la direction de McDonald’s n’apprécie pas trop que les travailleurs défendent leurs droits et qu’ils s’organisent. Et c’est ainsi que Quentin a attiré la colère de McDonald’s.

« On me faisait bien voir que mes questions gênaient et on me demandait d’arrêter, mais quand ils ont vu qu’au contraire, ce genre de phrase me donnaient encore plus envie de continuer, ils ont changé le fusil d’épaule » raconte-t-il.

Voyant que les menaces déguisées ne marchaient pas, ils ont alors commencé à s’en prendre à tous ceux qui le soutenaient. « Ils ont licencié un camarade, pour des motifs complètement subjectifs, et là, ça a été la goutte qui a fait déborder le vase. Qu’ils s’en prennent à moi, après tout je suis délégué du personnel, ça ne me dérange pas. Mais qu’ils s’en prennent à n’importe qui sous prétexte qu’il adhère à mes idées, c’en était trop ! », s’insurge Quentin.

C’est ainsi que huit salariés ont décidé d’entamer une grève pour demander la réintégration de leur camarade injustement licencié et l’amélioration des conditions de travail.

Face au refus de la gérante de les recevoir, Quentin et ses camarades ont mené des opérations de tractage dans différents endroits de la ville pour se faire entendre. La direction, elle, en a profité pour continuer à les diaboliser et instaurer dans le restaurant un climat de terreur. Une « pétition » a été faite contre Quentin et ses camarades par les délégués (CFDT) des personnels agents de maîtrise, des managers, donc des représentants de la direction. Des salariés non-grévistes l’ont signée. « (…) Comment et pourquoi ils ont fait ça, je ne trouve pas d’autres explications que de me dire que c’est parce qu’ils avaient peur. Je n’ai aucune animosité contre eux, car je connais les pressions que les managers peuvent mettre quand ils veulent quelque chose. »

Cette situation de tension entretenue par la direction a viré au drame, le 15 septembre dernier. Alors que Quentin et un camarade sortaient de l’union locale, pour rentrer chez eux, ils se sont fait violemment tabasser. Les deux agresseurs les ont reconnus, et leur ont bien fait comprendre qu’il fallait qu’ils arrêtent leurs actions. « Je me souviens de quelques phrases, et notamment lorsqu’ils disaient que j’étais le copain des deux « pédés » du McDo et que l’un d’eux allait être recruté au McDo prochainement et qu’il allait remettre de l’ordre, mais ensuite plus rien. Je me souviens m’être réveillé chez moi avec le visage en sang (…) », raconte Quentin.

Et il conclut : « Je sais que McDonald’s n’aime pas la CGT, et qu’ils font tout pour écarter mon organisation syndicale de ses restaurants. Il y a eu des précédents sur d’autres restaurants. Nombre de mes copains délégués CGT sur d’autres McDonald’s en France sont également victimes de stigmatisation et de harcèlements. Alors si j’ai un message à faire passer à McDonald’s, c’est qu’il faut qu’ils arrêtent de manipuler certains salariés en les faisant se présenter sous une étiquette syndicale qui les sert, pour essayer de contrer les organisations syndicales qui les dérangent. S’ils continuent à attiser cette haine envers nous, il y aura d’autres histoires sordides comme celle que j’ai vécue. Alors faut-il qu’il y ait un mort pour qu’ils entendent nos revendications, et qu’ils ouvrent enfin le dialogue ? »




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