Jeunesse

Violences policières. Echos à Paris 1 et Paris 7

Agression d’un prof de la Sorbonne. Ce qu’en pensent les étudiant-es

Publié le 29 septembre 2016

Voilà maintenant une semaine que l’enseignant à la Sorbonne Guillaume Vadot a été agressé physiquement et verbalement par deux policiers alors qu’il filmait l’arrestation violente d’une femme noire en gare de Saint-Denis. Son témoignage relayé sur Révolution Permanente a ensuite été repris par le poste Facebook d’un maître de conférence de Paris 1 Panthéon Sorbonne, Guillaume Mazeau, puis sur Libération ou encore Médiapart. Depuis, il a reçu de nombreux messages de soutien notamment de la part de ses collègues universitaires qui se reconnaissent dans cette agression, qui, loin d’être isolée, touche cette fois-ci un membre de la « communauté universitaire ». C’est ainsi que mercredi soir une réunion s’est tenue à Paris 1 rassemblant une cinquantaine de professeurs, personnels et étudiants de l’université. De leur côté les étudiants préparent une AG contre les violences policières et la répression ce vendredi à 17h sur le site de Tolbiac. Afin de mobiliser autour de cette affaire, contre l’impunité policière, quelques étudiants de Paris 1 et Paris 7 sont allés prendre la température demandant aux étudiants présents ce qu’ils pensent de cette affaire.

Correspondants

« Ce qui m’a choqué c’est l’impunité dont les flics jouissent »

Beaucoup d’étudiants en cette rentrée semblent fortement sensibilisés à la question des violences policières, et plus largement aux attaques des droits démocratiques comme on avait pu le constater lorsque l’état d’urgence, aujourd’hui permanent, avait été décrété en novembre dernier.

Une prise de conscience qui s’est faite pour certains autour de l’expérience de la mobilisation contre la loi travail qui a été rythmée par la restriction des libertés démocratiques et une très forte répression.

Aussi, suite à la lecture du témoignage de Guillaume Vadot, insulté, menacé de viol et de meurtre par les forces de police, Pierre, étudiant en Master 2 à l’université Paris 7ne s’étonne plus :

« Moi tristement je dois dire que ça ne me surprend pas énormément par rapport au comportement de la police. C’est vrai que c’est une réaction totalement disproportionnée. Il y a une véritable continuité avec cette espèce de doctrine du maintien de l’ordre qui a été établie en manif’. Et moi ce qui m’a choqué c’est l’impunité dont les flics jouissent par rapport à la manière dont ils se comportent. »

Les étudiants dénoncent cette escalade de la violence et de la répression de ces derniers mois, ainsi que leur rejet et leurs doutes face à l’instauration d’un état d’urgence permanent qui ne fait que renforcer les pouvoirs de la police. Maia étudiante en Master 1 à la Sorbonne nous explique : « personne ne veut de l’état d’urgence, ça divise les gens, attise la haine. Je viens de Nice et il y a énormément d’islamophobie depuis l’état d’urgence. On se sent en guerre quand on voit tant de flics, et surtout quand on est typé, ça fait plus peur qu’autre chose. »

Le climat de terreur imposé par l’état d’urgence est également pointé du doigt par Alice, étudiante à Paris 7 : « Lire quelque chose comme ça... En fait ça fait peur. Ca fait peur que des gens qui sont censés être la « pour nous protéger », je mets des gros guillemets, puissent maintenant nous faire peur. Hier j’y pensais dans le métro, y’avait trois flics autour de moi, j’étais vachement plus mal en me disant qu’ils étaient autour de moi. Ca peut vachement plus dégénérer à cause d’eux, parce qu’ils sont là, plutôt que de me dire qu’heureusement qu’ils sont là et peuvent me protéger. Et aujourd’hui c’est bien ça le problème, on ne se sent plus protégés du tout. Les personnes qui sont censées être là pour « protéger », les personnes discriminées, sont en fait celles qui discriminent d’autant plus. On est dans une société où tu ne sais plus où te mettre, tu peux plus sortir sans avoir peur. Et cet article ne fait que confirmer tout ce qui se passe depuis trop longtemps en France et qui a été mis sous silence. »

Beaucoup d’étudiants choqués ne mesurent pas encore « jusqu’où » peut aller la police ou ont encore des illusions quant à son rôle « protecteur ». Illusions que cette affaire peut contribuer à faire tomber.

Soit parce qu’ils « ne sont pas directement confrontés à la répression » comme nous le dit Shana étudiante à Paris 7, soit, comme le pointe une étudiante en Master 2 Sociologie politique, parce qi’ils ne pensaient pas « que la police pouvait être à ce point homophobe, violente, et agresser des gens sans raison, sans préavis. Etre aussi arbitraire[...] Tout ça pour un pauvre ticket de métro  ». Malgré tous ces cas d’agressions récentes, de meurtres policiers comme celui d’Adama Traoré, ces propos montrent qu’on ne s’habitue pas, voire jamais, au visage répressif de l’état policier.

« La seule chose exceptionnelle c’est que ce soit un blanc et un prof … »

Ainsi, des étudiants ont aussi conscience que, loin d’être un cas isolé, ce qui s’est produit jeudi dernier n’est que monnaie courante «  La seule chose exceptionnelle c’est que ce soit un blanc, prof d’université qui soit agressé par les keufs. C’est vraiment une situation banale, pour les gens racisées des banlieues en tout cas » comme l’explique Marianne, étudiante en première année de géographie à Paris 7.

La différence de traitement entre l’écho médiatique que rencontre cette affaire et les violences quotidiennes invisibilisées que subissent les populations racisées et/ou des quartiers populaires est éclairante, mais il faut se saisir de ce cas pour rendre visible ce quotidien de violences et de racisme policier que vivent tellement d’autres. À ce titre, Margaux, étudiante en L3 de sociologie insiste sur le fait qu’il serait positif que cette histoire « fasse du bruit parce qu’il est blanc et prof à la Sorbonne. Mais qu’en réalité ça arrive partout. Je trouverais ça bien que son histoire permette en fait à d’autres langues de se libérer [...]. C’est un moment important pour qu’on prenne aussi conscience qu’on est dans une société où la police est clairement au service de l’État. Un État clairement fasciste et qui réprime et répond selon des logiques clairement racistes ».

« … Que son histoire ça permette en fait à d’autres langues de se libérer »

Il semble que sur ce sujet les langues se délient rapidement comme en témoigne les propos édifiants de Shana, aussi étudiante en troisième année de sociologie : « là on parle de violence physique mais la violence symbolique on en parle moins, par exemple leur simple présence. Pourtant tout le monde la subit [...] Je parle d’expérience. Moi je me souviens d’avoir porté plainte dans un commissariat et les keufs m’ont dit « tu vas te faire violer dans une cave, la petite culotte sur les chevilles par 10 mecs ». Je devais avoir 15 ans. Cette violence physique, morale, symbolique, leur présence, tout. Ça par contre, ça ne prend pas d’ampleur, et c’est dommage parce que je pense que c’est celle qui est la plus subie »

L’affaire Guillaume Vadot pourrait être la goutte d’eau qui fait déborder le vase dans un contexte politique global de répressions policières. Un cas qui ne doit pas être traité comme un cas particulier mais permettre de dénoncer largement un tournant réactionnaire qui entérine l’arbitraire et l’impunité policière.

Afin de visibiliser ces violences policières ainsi que le racisme étatique qui se cristallise dans une escalade de violences racistes, qui touche en premier chef les personnes racisées ou habitants des quartiers populaires, un meeting est organisé le 6 octobre à Paris 1 à Tolbiac !