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Alençon. Un encadrant de La Poste se suicide au centre de tri

Nous avons appris ce jeudi 16 juin 2017, le suicide d'un cadre le La Poste au centre de tri de Valframbert, près d'Alençon. On ne compte malheureusement plus le nombre de suicides au groupe La Poste.

© Jérôme Ragueneau

C’était mardi 13 juin, en fin de journée, un postier du centre de tri de Valframbert découvre le corps inanimé de ce cadre de 45 ans. L’homme, père de trois enfants, n’aurait a priori pas laissé de message expliquant son geste.

Pour autant tout semble indiquer que comme pour la plupart des suicides commis sur le lieu de travail que ce dernier est bel et bien la cause principale de cet acte désespéré
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Un CHSCT s’est réuni jeudi. Il y a été décidé « la mise en place d’une enquête paritaire interne pour comprendre ce qui s’est passé ». A partir du début de la semaine prochaine, la commission va entendre l’entourage, la famille, les collègues et les représentants de la direction.

Alors que la direction s’est exprimée dans un communiqué pour dire que leurs « pensées vont vers sa famille, ses proches ainsi que ses collègues », d’après une source syndicale, ce sont les pratiques de cette direction qui ont poussé cet homme à faire ce geste désespéré. D’après cette source, dans le centre de tri, il y a « des pratiques managériales inappropriées [de la part] d’un membre de l’encadrement ». « Le problème était connu de longue date. La direction a été alertée à plusieurs reprises » mais celle-ci n’a rien fait. Le contraire aurait été étrange puisque la politique nationale du groupe La Poste est de mettre le plus de pression possible sur ces salariés, de casser ce qu’il reste de service public dans le groupe et de précariser le travail afin d’accroître les profits d’une société de service.

L’ignominie de la direction, alors qu’elle est mise en cause directement, va jusqu’à recevoir la veuve de leur victime. « Le directeur de la plate-forme d’Alençon a rencontré son épouse le mercredi 14 juin afin de lui assurer le soutien de La Poste et lui proposer tous les moyens nécessaires pour faire face à ses besoins immédiats ». Peut-être aurait-elle préférée que la boite ne pousse pas son mari au suicide.

La dégradation des conditions de travail engendre énormément de souffrance au sein de l’entreprise et provoque une série de suicides, tentatives de suicides, AVC… notamment chez les postiers, l’une des professions les plus impactées par la réduction des effectifs et les réorganisations incessantes imposées par la transformation au pas de charge de l’entreprise publique qui est devenue en 2010 une société anonyme à capitaux publics.

La direction reconnaît « des situations individuelles difficiles » mais elle refuse de voir La Poste comparée à France Télécom qui a connu une vague de suicide similaire entre 2008 et 2009 alors que le groupe accélérait sa privatisation afin de devenir Orange. Au minimum, une trentaine de suicide ont été comptabilisés par les syndicats dans cette période. A La Poste, en 2016, plus de 50 suicides ont été comptabilisés. Les privatisations se font dans le sang des travailleurs mais qu’importe pour le patronat qui ne pense qu’a sa plus-value. En 2016, le groupe a fait 23,3 milliards d’euros de chiffres d’affaires. Si avec La Poste « on a tous à y gagner », les postiers eux, y laissent leur vie.
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