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Allemagne : Comprendre la victoire amère de Merkel et l’avancée de l’extrême-droite

Angela Merkel arrive en tête mais le résultat est mitigé puisqu’il s’agit de la pire élection qu’elle n’ait jamais faite. La social-démocratie est en crise. Et l’extrême-droite entre au Parlement. Dans quelle mesure le résultat électoral impacte la politique en Allemagne ?

Traduction de La Izquierda Diario

Le résultat électoral n’est pas celui attendu. L’élément le plus marquant de la journée a été la perte à hauteur de 10% de la part d’Angela Merkel et la montée de l’extrême-droite qui réussit à entrer pour la première fois au Parlement.
Merkel, qui vient d’être réélue pour la quatrième fois consécutive, a vu son parti, l’Union Démocrate Chrétienne (CDU), subir un grand recul aux élections. La coalition entre la CDU et la formation de Bavière CSU ont obtenu 32.5%, presque 10% de moins qu’en 2013, lorsqu’ils avaient obtenu 41.5% des voix.

En ce qui concerne les sociaux-démocrates du SPD, qui faisaient partie, jusqu’à présent, de la « grande coalition » gouvernementale, ils ont fait la plus mauvaise élection de leur histoire. Ils ont reculé jusqu’au 20%, alors qu’il y a quatre ans ils avaient fait un déjà mauvais 25.7%.

Les deux principaux partis allemands ont subi un affaiblissement sans précédent depuis le début de la République Fédérale. Lors de cette élection, ils sont passés de 80% de sièges au Parlement à seulement 53%. Cela pose également la question des forces qui seront en capacité de former la nouvelle coalition de gouvernement.
La grande nouveauté reste néanmoins l’entrée de l’extrême-droite au Bundestag (le Parlement). La formation Alternative für Deutschland s’installe comme troisième force du pays avec 13%.

Le parti libéral a réussi à atteindre 10%, après être resté en dehors du Parlement lors des précédentes élections, et se localise ainsi comme un potentiel allié du gouvernement Merkel.

Merkel se retrouve en difficulté car elle a besoin de maintenir la coalition avec le SPD afin d’assurer la stabilité du gouvernement. Mais les chefs sociaux-démocrates, après avoir déclaré qu’il s’agissait d’un moment « difficile et amer » pour le SPD, ils ont annoncé que le gouvernement de coalition avec les conservateurs été arrivé à son terme.

La social-démocratie néolibérale a payé très cher sa participation au gouvernement aux côtés de Merkel pendant les quatre dernières années. Néanmoins, même si après le résultat des élections législatives il y a eu des annonces concernant la rupture de la coalition, certains secteurs de ce parti, comme par exemple le chef d’Etat, pourraient chercher à s’opposer à une rupture avec Merkel.

Face à l’impossibilité de rééditer la « grande coalition », la possibilité qu’émerge une nouvelle coalition, appelée « coalition Jamaïque » (pour les couleurs noire-jaune-verte des partis conservateur, libéral et les verts) se pose. Une coalition de ce type, en plus du fait que le SPD passerait à l’opposition, serait davantage instable et rendrait la tâche plus difficile pour le nouveau gouvernement Merkel.

La formation Alternative für Deutschland a obtenu des résultats qui font que l’extrême-droite entre au Parlement pour la première fois depuis l’après-guerre. Sa croissance a été encouragée en partie par les politiques du gouvernement qui ont favorisé la xénophobie contre les réfugiés et les musulmans. Cela s’est accompagné d’une droitisation dans les programmes de l’ensemble des partis lors des élections.
La montée de l’extrême-droite a encouragé l’appel à « l’unité » de tous les partis contre elle, des conservateurs à la gauche réformiste Die Linke. Cet appel à faire face à l’extrême-droite en faisant l’unité de tous les partis du régime allemand renforce en dernière instance le gouvernement Merkel et affaiblit l’opposition sur la gauche aux mesures officielles.

En ce qui concerne la gauche réformiste Die Linke, leur stagnation électorale se maintient, alors que le mécontentement avec le gouvernement Merkel est capitalisé par l’extrême-droite.

Les élections remettent en cause également quelle sera la politique extérieure du gouvernement allemand. Jusqu’à présent, le gouvernement a mis en place une politique de militarisation intérieur et extérieur, en augmentant le rôle géopolitique de l’impérialisme allemand. La nouvelle coalition de gouvernement sera plus instable que la précédente, à un moment où le gouvernement impérialiste allemand fait face à des nouveaux défis et contradictions à l’échelle mondiale.

La politique de la gauche réformiste Die Linke de miser sur le jeu parlementaire afin de faire face et stopper la montée de l’extrême-droite s’est avéré encore une fois impuissante. La montée de Alternative für Deutschland démontre que la seule manière d’en faire face c’est en construisant une riposte combative dans la rue et sur les lieux de travail et d’étude. Hier soir, des rassemblements ont eu lieu à Berlin, Cologne et Francfort suite aux résultats de la droite nationaliste. Les manifestants scandaient « Nazis dehors ».
Trad. Laura Varlet




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