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Analyses de l’attentat à Manchester, causes et conséquences

Quelles sont les possibles sources qui ont conduit à l'attentat à Manchester ? Quel lien entre la « guerre au terrorisme » et ses conséquences sur le plan interne et externe ?

A mesure que les heures passent les détails se dévoilent sur l’horrible l’attentat à Manchester Arena tuant 22 personnes et faisant 60 blessés, en majeure partie adolescents et enfants. Selon les informations de la police, l’attentat a été perpétré par Salman Abedi, un jeune Britannique, fils de réfugiés libyens.

Le choix d’attaquer un concert, un lieu symbolique avec un fort impact quant à la quantité potentielle de victimes, "cible facile", rappelle forcement le massacre du Bataclan à Paris en novembre 2015.

L’Etat Islamique a revendiqué l’attentat même s’il n’est pas vérifié que Abedi soit réellement un « soldat du calife » ou s’il s’agit une appropriation opportuniste de la part de l’EI, [comme il a déjà pu le faire antérieurement], de profiter de l’acte d’un « loup solitaire », un individu « auto-radicalisé », inspiré mais pas dirigé par une organisation fondamentaliste.

Et même si la relation organique entre l’attaquant et l’EI se révélait, il est fondamental de comprendre la série d’actes terroristes qui secouent l’occident – Paris, Nice, Bruxelles, Berlin, Londres – à la lumière des guerres civiles réactionnaires comme celles en Syrie, en Irak ou au Yémen, encouragés par les grandes puissances et ses relais locaux, alors que les civils morts, y compris des enfants, se comptent par milliers.

La catastrophe humaine créée par ces interventions n’a pas de précédents. Par exemple, la bataille menée par les Etats-Unis pour récupérer la ville de Mossoul, qui était la capitale irakienne du califat de l’Etat Islamique, a produit le déplacement de 700 000 civils. Sans parler des six années de guerre civile réactionnaire en Syrie où les bombes proviennent aussi bien du côté du régime d’Assad, appuyé par la Russie et l’Iran, que du côté des opérations des puissances impérialistes comme la France et plus récemment les Etats-Unis qui ont décidé d’intervenir sous Trump.

La politique guerrière et impérialiste de Trump ne fera qu’approfondir les conditions sur lesquelles les forces réactionnaires comme l’EI et Al Quaida se forment. C’est dans cette escalade militariste que s’inscrivent les bombardements en Syrie et au Yémen tout comme la guerre en Afghanistan « mère de toutes les bombes », dans laquelle les Etats-Unis ont voulu faire une démonstration de leur puissance.

Ce premier tournant dans la présidence de Trump montre clairement qu’il souhaite mener une politique visant à renforcer ses alliances traditionnelles au Moyen-Orient en particulier avec la monarchie réactionnaire d’Arabie Saoudite et avec l’Etat d’Israël. Mais Trump a été plus loin en proclamant la constitution d’une alliance contre l’Iran deux jours seulement avant le triomphe aux élections présidentielles dans ce pays de Hasan Rohani, clergé modéré partisan d’un accord nucléaire et d’une politique plus conciliatrice avec l’Occident.

Ce bloc régional, regroupant l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Jordanie, les Emirats Arabes Unis mais aussi le Koweit et Israël, n’est pas une alliance formelle de défense comme peut l’être l’OTAN mais ce bloc se place sous la tutelle des Etats-Unis, qui lui donne un appui financier, militaire et diplomatique. Pour commencer, Washington a déjà signé un accord de vente d’armes avec l’Arabie Saoudite pour un montant de 110 000 millions de dollars dans l’immédiat et 350 000 millions dans les prochaines 10 années.

Cette politique Nord-américaine, sans doutes, approfondira la guerre interne entre les sunnites et les chiites, c’est-à-dire entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, qui trouve ses expressions concrètes dans les guerres civiles en Irak, Syrie, Libye et Yémen.
De plus, elle renforce les forces les plus réactionnaires comme la Monarchie Saoudite, qui a financé les organisations fondamentalistes comme Al-Qaïda et l’EI et dont on connaît ses méthodes brutales de répression comme les décapitations.

Sur le plan interne, non seulement l’extrême-droite raciste mais aussi la première ministre conservatrice, Theresa May, cherchent à tirer parti de l’attentat à Manchester pour gagner les prochaines élections anticipées le 8 juin prochain. De plus, le gouvernement agite son discours sécuritaire, faisant écho aux grandes mesures de droite telles que l’approfondissement d’une campagne xénophobe, contre les migrants en général et contre les réfugiés musulmans en particulier, qui rappelle fortement le ton de la campagne du Brexit l’année dernière.

Les conservateurs utilisent l’attentat pour attaquer Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste, accusé de complice des « terroristes » pour avoir simplement participé aux mobilisations contre les guerres impérialistes comme celle d’Irak. De fait, May tient une victoire pratiquement assurée alors que le parti travailliste avait récupéré ces dernières semaines une dynamique électorale, surtout dans la jeunesse après avoir découvert la proposition du parti conservateur de May sur les retraités ( chaque retraité qui possède une propriété doit payer pour la sécurité sociale, appelée « taxe sur la démence »).

L’attentat à Manchester, dans l’immédiat, approfondira la polarisation et donne l’opportunité à la droite d’agiter son programme réactionnaire. Il peut aussi ouvrir la possibilité qu’un mouvement émerge contre les guerres et les interventions militaires impérialistes qui alimentent les forces réactionnaires comme l’EI ou Al-Qaïda et avec pour contre-partie intérieure une attaque des conquêtes et des libertés démocratiques.

Trad. E.D.




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