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Imprimerie MadyGraf : la gestion ouvrière fête ses 2 ans et continue sa lutte pour l’expropriation

Publié le 18 août 2016

Cela fait deux ans que les travailleurs de MadyGraf, une des plus grandes imprimeries d’Argentine, ont décidé d’occuper et de contrôler la production de l’usine graphique alors que le patron l’avait laissée vacante. Une grande expérience ouvrière qui a gagné en maturité depuis.

Marco Pollo, travailleur de MadyGraf (ex Donnelley)

Dans le froid matinal du 12 août 2014, les mains levées ont indiqué la décision de rentrer dans l’usine. Durant des années, nous nous sommes organisés pour exiger des meilleures conditions de travail, contre les licenciements, pour la reconnaissance des maladies liées au travail. Durant des années, ce sont nous, travailleurs, qui avons fait fonctionner cette gigantesque usine, avec de hauts rythmes de production. Ici, travaillent des graphistes avec une énorme expérience et qui connaissent chaque vis que contient les machines.

La décision d’entrer et de remettre à produire l’usine, s’est prise en assemblée générale après une action des patrons de l’usine. Ils ont d’abord menacé de licencier 123 travailleurs puis d’un jour à l’autre, ils ont fermé l’usine et ont licencié les 400 travailleurs. A ce moment, nous disions que derrière chaque travailleur, il y a une famille et ces licenciements ne passeraient pas. Ainsi, avec les camarades de l’usine Lear (juste à côté, menacé par des licenciements) et notre commission des femmes, nous nous sommes levés au cri de « familias en la calle, nunca más » (« familles à la rue, plus jamais »).

La lettre laissée par l’entreprise à la porte de l’usine fut l’ultime acte de cette misérable entreprise qui durant des années a amassé des fortunes et qui comptait nous laisser à la rue. Le dernier paragraphe de cette lettre mentionnait : « Nous espérons que vous comprenez la situation malheureusement inévitable que nous ne souhaitions pas. Nous déplorons les difficultés que cette décision causera. Pour plus d’information sur cette situation, appelez le numéro suivant : 0800-345-1442 ».

Bien sûr que nous comprenions, nous comprenions que voter pour entrer dans l’usine et remettre l’usine à produire était l’unique solution qui nous restait. A 9h30 du matin, les ouvriers de Donnelley unis à nos compagnes, se sont à nouveau mis debout.

Deux ans ont passé depuis ce moment, un long chemin rempli de difficultés. La justice nous a imposé des mois de rétention des chèques fruits de notre travail, une ponction de 15% (aujourd’hui 10%) sur nos factures et taxes pour la location. Des sénateurs provinciaux ont voté un projet à l’unanimité de paiement d’une taxe brutale dont souffriraient l’usine et les foyers.

Comme l’ont fait avant nous des centaines d’usines récupérées, c’est la démonstration qu’il est possible de produire sans patron. Comme l’avait fait Zanon par le don de céramiques, nous avons montré que l’usine doit être au service du peuple avec l’impression de 20000 cahiers qui furent donnés aux écoles des alentours.

L’intégration des épouses et des familles, beaucoup d’entre elles faisant parties de la commission des femmes qui s’était formée lors de la lutte contre des licenciements en 2011 non seulement nous a rendu plus fort dans la production mais sinon qu’elles sont un levier pour notre lutte et organisation.

Avec elles, nous avons construit dans l’usine notre première crèche pour que nos enfants puissent avoir un lieu de distraction durant notre journée de travail.

Durant ces deux années, nous n’avons pas cessé les luttes en cours et avons appuyé celles de Menoyo, Hitchinson, Cresta Roja, Linea 60, les enseignants et nos camarades de Print-Pack, Chozas ou AGM. Parce que nous savons que c’est unis ensemble que nous pourrons affronter les luttes non seulement pour notre usine mais aussi pour l’ensemble des travailleurs. C’est avec les travailleurs de l’usine Kraft, de Stani, avec les enseignants, les graphistes de WordColor, les camarades du métro et de la téléphonie, avec les étudiants combattifs, avec l’appui des députés du PTS-FIT qui donne une partie de leurs revenus et la solidarité de milliers de travailleurs, étudiants et jeunes de toute la zone Nord de Buenos Aires, que nous deviendrons plus fort dans notre lutte lors de moments plus difficiles.

Notre décision de rester unis et défendre nos postes de travail en toutes circonstances sont, en définitive, les raisons de notre ferme décision d’entrer et de produire à nouveau.

Le discours des patrons des usines graphiques nous discréditent mais n’expliquent pas les licenciements dans les différentes usines.
Les patrons cherchent constamment à accroître leurs profits déversant le prix de leur crise sur nos vies et le syndicalisme jaune à maintenir une « paix sociale » enterrant nos conquêtes. Face à cette situation, deux chemins s’ouvrent : la résignation et sauver ce qui peut l’être ou la lutte tous ensemble pour défendre nos familles ouvrières.

Lors d’une interview, une travailleuse conductrice s’est référée au moment où fut délogée l’ex-Atlantide, en 1997 -avec l’invasion de 500 policiers- et comment les travailleurs se sont retirés en chantant l’hymne national. Je me demandais si nous répéterions cette histoire, se battre contre un géant. Mais les travailleurs unis, nous pouvons être ce géant.

Nous laissons un message clair : Nous exigeons l’expropriation de l’ex Donnelley et l’assurance de commandes de l’Etat pour maintenir les emplois.

Traduction : Elise Duvel