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Monde

Après le recul de jeudi, défaite en vue pour Macri ?

Argentine. Nouvelle journée de mobilisation et de grève contre la réforme des retraites

La séance parlementaire de jeudi dernier au cours de laquelle le gouvernement de droite comptait faire passer sa contre-réforme des retraites a dû être suspendue compte-tenu de la forte opposition à cette nouvelle mesure voulue par la droite argentine, et ce alors qu’à l’extérieur du Congrès les affrontements se multipliaient entre manifestants et forces de répression. Le gouvernement revient à la charge, ce lundi, mais les organisations combatives du mouvement ouvrier n’ont pas dit leur dernier mot.

C’est donc officiellement pour quorum non atteint que la séance parlementaire de jeudi dernier a dû être levée. En réalité, la droite argentine ne dispose pas d’une majorité en propre au Congrès et doit constituer des blocs au coup par coup pour faire voter ses contre-réformes. La dernière en date est la réforme des retraites et qui attaque de plein fouet les petites pensions, dans un pays où un tiers de la population est touchée par la pauvreté : un chiffre qui a augmenté depuis la victoire de Mauricio Macri et le retour de la droite au pouvoir, un secteur au sein duquel les personnes âgées, bénéficiant d’allocations vieillesse ou touchant une pension modeste, sont surreprésentées. D’où la franche opposition, au sein de l’opinion publique, face à cette réforme vue comme inique et injuste, la goutte d’eau qui pourrait faire déborder le vase après la mise en place de la réforme du marché du travail décidée il y a peu.

C’est donc sur fond d’hostilité à cette contre-réforme et de mobilisations très fortes dans la capitale et d’autres villes du pays que le gouvernement a dû faire marche-arrière, jeudi. Tout avait été mis en place, néanmoins, pour faire taire l’opposition sociale, et cacher les mobilisations. Les affrontements, qui ont été très violents, à Buenos Aires, jeudi, se sont soldés par une quarantaine d’arrestations, alors que les journalistes eux-mêmes étaient la cibles des tirs de grenaille et de balles en caoutchouc de la police. A l’injustice s’est donc ajouté le scandale.

Tout au long du week-end, Macri a négocié en coulisse avec les gouverneurs péronistes de différentes provinces ainsi que leurs députés pour essayer de refaire passer le texte, en force, ce lundi. En contrepartie de la réforme, le gouvernement a annoncé le reversement, sous forme d’aides, de 4 milliards de pesos aux retraités les plus pauvres, au mois de mars : 4% de ce qu’il s’apprête à voler aux personnes âgées à travers la loi de réforme des retraites. On comprend pourquoi ce lundi devrait être une nouvelle journée de mobilisation.

Les organisations d’extrême gauche, à commencer par le Front de gauche et des Travailleurs (FIT) mobilisera tout au long de la journée, à partir des structures syndicales au sein desquelles elle intervient. C’est donc l’ensemble des organisations combatives qui appellent à la mobilisation, dès 8h (heure locale), pour déboucher sur plusieurs rendez-vous, à midi, au moment du début de la séance parlementaire. En plus des barrages organisés par le Mouvement des Courants Lutte-de-classe [Movimiento de Agrupaciones Clasistas], d’autres organisations vont également mobiliser, à l’instar de Barrios de Pie, le Courant Classiste et Combatif, ainsi que plusieurs autres courants internes ou externes des confédérations syndicales, comme la CTA Autónoma ou le Courant Fédéral des Travailleurs de la CGT. Les manifestations de ce lundi seront, quoi qu’il arrive, nourries. De son côté, le syndicat des travailleurs de l’Education de la province de Buenos Aires (SUTEBA) appelle sa confédération, CTERA, qui a été en lutte il y a deux ans contre la réforme de l’enseignement de Macri, à rejoindre le mouvement et à faire le siège du Congrès au nom de la défense des acquis des travailleurs et de la solidarité intergénérationnelle de classe.

Nicolás Del Caño, candidat du FIT aux présidentielles de 2015 et actuellement député, s’est insurgé, au nom des organisations composant le Front, face à la répression de jeudi, appelant également la CGT à « passer des paroles aux actes » et à se lancer dans la bataille. Sans que la situation ne soit encore complètement claire, il semblerait que le Bureau de la CGT, le principal syndicat argentin, dont la direction est liée au péronisme, appelle à 12h de grève, ce lundi. Mais c’est un plan d’ensemble, qu’il faut mettre sur pied. Les travailleurs combatifs et la jeunesse, en solidarité avec les personnes âgées et les retraités, ont montré, jeudi dernier, qu’il était possible de mettre en échec ce gouvernement, et ils comptent bien remettre le couvert, ce lundi.

[Crédit photo : LaIzquierdaDiario. Un manifestant encagoulé aidant une manifestante à sortir du cortège de la manifestation, à Buenos Aires, jeudi, après les premiers tirs de la police]




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