Monde

A 40 ans du dernier coup d’Etat en Argentine

Argentine : Obama, Macri et leur hommage cynique aux victimes du terrorisme d’Etat

Publié le 25 mars 2016

Ce jeudi 24 mars se tenait en Argentine la commémoration du coup d’Etat et de la période de dictature qui s’en est suivie, l’épisode le plus sanglant de l’histoire du pays avec des dizaines de milliers de morts et de disparus. Ce putsch de 1976 fut largement soutenu et financé officieusement par les Etats-Unis pour mettre fin à l’insurrection ouvrière et populaire qui menaçait le régime péroniste, direction nationaliste historique qui contrôlait la classe ouvrière depuis 1945. L’invitation par le président de droite récemment élu, Macri, de Barack Obama a donc donné à la cérémonie une teinte particulièrement cynique.

Au Parc de la Mémoire, sans la présence d’organisations de défense des droits humains, mais entourés de beaucoup d’hommes armés, les présidents des Etats Unis et de l’Argentine ont rendu « hommage » aux victimes de la dernière dictature.

La mise en scène ne laissait pas de place au doute. Depuis très tôt, le quartier de la Costanera à Buenos Aires s’est rempli de francs-tireurs, de vigiles, d’agents de la CIA, de voitures blindées, de motos et des véhicules de télécommunication les plus sophistiqués. Tout appartenant à l’Etat nord-américain. Tous armés jusqu’aux dents. A cela s’ajoutaient des centaines de policiers fédéraux argentins (dont beaucoup ayant agi pendant la dictature).

Dans ce cadre, vers 11 heures du matin, Obama et Mauricio Macri, président argentin, étaient très à l’aise. Entourés de personnes, états-uniennes et argentines, qui dans leur majorité n’avaient jamais défilé dans les mobilisations traditionnelles du 24 mars, anniversaire du Coup d’état et qui, encore moins, défendent la mémoire, la vérité et la justice, comme emblèmes de la lutte collective.

Tout d’abord, sans la présence de caméras pour retransmettre en direct, les présidents ont parcouru le Parc de la Mémoire et ont vu des centaines de photos de personnes « disparues » pendant la dictature. Quelques minutes plus tard, dans la salle du PayS (Presentes, Ahora y Siempre [Présents, Maintenant et pour Toujours]), ils ont été reçus en silence. « L’hommage » n’a duré que 13 minutes. Obama a parlé en premier.

« Ce parc est un hommage au courage », a dit Obama. Et à distance, il s’est adressé à « ces familles, à leur incessantes et constantes actions qui ont fait la différence. Vous avez été à la tête d’efforts incroyables pour que l’on punisse ceux qui ont été responsables de ces crimes. C’est vous qui allez faire que le passé soit rappelé et que la promesse du « Plus jamais ça » soit tenue  ».

Cherchant à créer de l’empathie avec le peuple argentin, Obama a déclaré « qu’aujourd’hui nous nous rappelons aussi de ceux qui ont lutté main dans la main avec les argentins pour les Droits de l’Homme. Les scientifiques qui ont répondu à l’appel des Mères de la Place de Mai et ont aidé à identifier les victimes aussi bien ici que dans tout le monde. Des journalistes comme Bob Cox qui ont dénoncé les abus, malgré les menaces contre eux et leurs familles. Et les diplomates comme Ted Harris, Pat Derian et le président Jimmy Carter, qui avait compris que les droits de l’Homme sont un élément fondamental de la politique extérieur  » des Etats Unis.

Obama a dit « savoir » qu’ « existent des polémiques quant aux politiques des Etats Unis dans ces années obscures. Les démocraties doivent avoir le courage de reconnaitre quand on n’est pas à la hauteur des idéaux que l’on défend, quand nous avons mis du temps à défendre les Droits de l’Homme ; cela a été le cas en Argentine  ». C’est pour cela qu’il a promis d’ouvrir « encore plus d’archives de l’époque, y compris des archives militaires et des renseignements. Cette position morale explique la responsabilité que nous avons  ».

Enfin, Obama a déclaré que « les Etats Unis continueront à être des partenaires des familles des victimes dans la recherche de la vérité ». De tièdes applaudissements ont suivi la fin du discours.

Mauricio Macri, avait oublié le papier où il avait écrit ce qu’il allait dire. Inquiet de ne pas être capable de tenir un discours moyennement à la hauteur des circonstances, il a préféré rompre le protocole et avec des signes grotesques a demandé à l’un de ses assistants un « pense-bête ».

« Aujourd’hui c’est l’anniversaire numéro 40 du Coup d’Etat militaire qui a ouvert l’époque la plus sombre de notre histoire  ». Macri a commencé son discours avec ces mots. « Comme je l’ai proposé dans mon discours du 1er mars à l’Assemblée, il s’agit d’une opportunité merveilleuse pour que tous les argentins crient haut et fort « Plus jamais ! » à la violence politique et « Plus jamais ! » à la violence institutionnelle ».

Avec sa rhétorique habituelle Macri a affirmé qu’aujourd’hui « nous rendons hommage aux victimes qui ont payé avec leur vie les intolérances et divisions entre argentins. C’est pour cela que nous devons réaffirmer notre compromis avec la défense de la démocratie et les droits de l’Homme, qui tous les jours, quelque part dans le monde, sont menacés ».

Le président argentin a fini son intervention en remerciant Obama « pour cette visite dans cette journée aussi spéciale [pour les argentins] et qui nous offre la possibilité de travailler ensemble dans la défense de ces valeurs dans tout le monde, qui nous oblige à ne pas être témoins passifs de ce type de violations  ».

Il est utile de rappeler qu’il y a eu plusieurs polémiques autour de la possibilité qu’Obama participe d’un quelconque hommage pour les 40 ans du coup d’Etat génocide en Argentine. Jusqu’à il y a une semaine, le gouvernement argentin n’écartait pas la possibilité que le président nord-américain aille à l’ESMA, bâtiment symbolique, car il constituait l’un des centres clandestins de détention des prisonniers de la dictature. Finalement, le gouvernement a reconnu que cela aurait été une vraie provocation.

Cependant, l’évènement n’a pas été exempt d’autres provocations. En effet, le gouvernement nord-américain avait communiqué publiquement qu’il rendrait hommage aux victimes d’une « sale guerre », définition néfaste des évènements défendue par l’impérialisme et par les militaires qui ont mené le génocide en Argentine.

Treize minutes et quelques phrases creuses ont été suffisantes pour Macri et Obama pour mener à bien leur cynique acte de mémoire.