^

Politique

Ça va tenir pendant combien de temps encore ?

Au PS, ça part dans tous les sens…

S’il ne s’est pas privé de dire qu’il ne parrainerait pas Hamon, pourtant élu des primaires de « la Belle Alliance Populaire », l’ex-premier ministre, Manuel Valls, n’a pas pour autant apporté son soutien à Macron, poulain de Hollande et de bien d’autres élus et membres du gouvernement. Claire Manor

Tout le monde s’attendait à ce que le lâchage du néo-frondeur en mal de propulsion s’accompagne d’un soutien officiel à la star montante. Mais Valls a décidé, mardi, de rester dans une abstention prudente. Il ne soutient personne, histoire de ne pas insulter l’avenir… Et de se réserver toutes les chances de faire autre chose au cas où le PS imploserait en bonne et due forme.


Naviguer avec le vent

Depuis son échec cuisant à la primaire de la gauche et son engagement du bout des lèvres à soutenir le vainqueur du scrutin, l’ex-premier ministre était resté relativement discret. Mais face à un contexte qui, en quelques semaines, a changé profondément la donne et bousculé le paysage politique de l’alternance, il sort de sa réserve pour lâcher ouvertement Benoît Hamon.
Les constats qui l’ont amené à changer ont été faciles à faire : le frondeur, dont la campagne peine à décoller, délaisse l’aile droite du partie pour courtiser une frange plus radicale comme Yannick Jadot d’EELV avec il a passé accord, ou même Jean-Luc Mélenchon, auprès de qui il a eu moins de succès. Cette situation ouvre pour Valls l’opportunité de reprendre le leadership sur les nombreux parlementaires et élus qui, pour certains, se sont d’ores et déjà mis en retrait du PS et ont ouvertement rejoint Macron, tandis que d’autres en parlent de plus en plus fort dans les couloirs de Solferino.

En désavouant Hamon, il accrédite la position des parlementaires qui, revendiquant une loyauté au quinquennat de François Hollande, avaient affirmé : « La campagne de Benoît Hamon a confirmé l’intention de rompre avec cette mandature et de fédérer tout ce qu’elle compte d’opposants à la majorité sortante ! Cette stratégie ne permettra pas de définir un programme crédible de gouvernement pour la fin mai  ».
Sans soutenir ouvertement Macron, il définit en creux la ligne « sociale libérale » que prônent tous ceux qui ont rallié son camp, comme l’actuel maire de Lyon ou l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë.
Hamon avait pourtant tenté d’exorciser ce risque en déclarant : « Bien sûr que Valls a bien plus de points communs avec nous qu’avec Macron ». Et l’un de ses soutiens avait ajouté : « Quand on est de gauche, on ne soutient pas celui qui veut supprimer toutes les avancées sociales réalisées pendant ce quinquennat  ». Espoir déçu. La réponse de Valls est beaucoup plus pragmatique. Hamon est désavoué.


Jouer deux coups d’avance

En laissant ouverte l’hypothèse d’un ralliement à Macron, l’ex-premier ministre tente de jouer avec quelques coups d’avance. Sans passer par-dessus l’échéance des présidentielles, il se contente toutefois de prendre date tout en cherchant à se projeter dans l’après-présidentielles. Certes, les fortes dissensions qui l’ont opposé à Macron ne favorisent pas un rapprochement de gaité de cœur. Mais c’est un homme de calcul. Anticipant le risque que les élections législatives produisent une assemblée nationale sans majorité absolue, il est sans doute convaincu que l’heure n’est pas à un retour au parti « socialiste » classique, tel que l’incarnait le PS, mais à une stratégie de coalition de centre gauche sur une ligne sociale libérale.
Toutefois, la question que pose son demi-silence est d’importance. Face à un électorat totalement désorienté et à une opinion extrêmement volatile, Il réserve, pour le moment, le choix crucial d’un soutien à Macron dès le premier tour, ou seulement au second tour pour faire barrage à Marine Le Pen.
Nul doute que cette réticence à aller plus loin à la rencontre de Macron n’appelle une pression forte de la part des soutiens parlementaires acquis à Macron. Les échanges que cite le Figaro et que le député Christophe Caresche considère simplement comme un travail préparatoire, préfigurent assez bien l’esprit qui va être le leur : « Les chances de succès d’un front républicain au second tour, comme en 2002, ne peuvent plus être garanties, par un candidat de droite comme de gauche, en raison de l’ampleur des clivages politiques et moraux. » Et de conclure : « Face à ce naufrage qui menace, la candidature d’Emmanuel Macron peut rassembler largement les Français, au-delà de clivages ressentis comme de plus en plus inopérants.  »

Se tailler un nouvel espace

Défait lors des primaires, malgré les distances prises avec son passé de premier ministre de Hollande, entaché de l’image d’un petit Bonaparte maniaque du 49.3 et fauteur d’Etat d’urgence, Valls peine à se refaire une place au soleil dans un panorama politique totalement chaotique. Placé entre l’enclume et le marteau, il a choisi de retirer le soutien qu’il avait officiellement promis à Hamon au lendemain des primaires, sans pour autant faire le pas de soutenir Macron. Ce faisant, Il reste au milieu du gué. Attitude sans doute guidée par ce qui se veut une vision à moyen terme, mais qui risque toutefois de lui être reprochée par ceux qui ont déjà sauté le pas et parmi lesquels la concurrence ne manque pas.




Mots-clés

Benoit Hamon   /    Manuel Valls   /    PS   /    Politique