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Politique

Alors que « les réformateurs » viennent de signer une tribune de soutien à Macron...

Pressé sur sa droite et sa gauche, le PS est-il sur le point d’exploser ?

Après un quinquennat au bilan difficile à assumer et une primaire pour le moins compliquée, le Parti Socialiste avait quelque peu retrouvé des couleurs avec la percée de Benoît Hamon dans les sondages, repassant devant Jean-Luc Mélenchon et en bataille avec un Fillon en chute libre. Il n'en reste pas moins que le programme de Hamon, qui s’essouffle dans les sondages, ne passe pas dans l'aile droite du parti. Avec la signature d’une tribune de soutien à la candidature Macron, des députés socialistes ont consolidé la fracture. Un événement politique qui accentue la pression sur le parti. Au point de provoquer l'explosion du PS ? Julian Vadis

Ce que signifie le soutien public de socialistes à Emmanuel Macron


Un crime de lèse-majesté. C’est ainsi que les partisans de Hamon définissent ces ralliements. Car aucun départ n’a pour l’instant été annoncé, le fait est qu’à quelques semaines du premier tour, des barons et des personnalités incontournables du PS renient publiquement le candidat de leur appareil. Il s’agit évidemment d’une véritable rupture en interne, dont le véritable bénéficiaire reste avant tout Emmanuel Macron. En effet, après le soutien de François Bayrou qui signifiait en soi un tournant favorable, il s’agit la d’une nouvelle victoire pour le candidat d’En Marche. Le principal point faible d’Emmanuel Macron, à savoir de disposer du tissu politique suffisant pour faire appliquer ses réformes, apparaît à chaque nouveau soutien en passe de ne plus être un fardeau. En d’autres termes, Macron est en train d’apparaître comme le candidat idéal pour une large partie des classes dominantes. Reste à savoir si l’ex banquier de chez Rotchild acceptera tous les « crevards » qui retournent leur veste ? On peut raisonnablement penser que Macron accueillera la majorité d’entre eux à bras ouverts.

Pour l’appareil socialiste, il s’agit bien évidemment d’un gros coup dur. Car plus que de simples « décisions individuelles », comme cela avait déjà était le cas de vallsistes dès la fin janvier, le soutien apporté à Macron est une tribune publique, co-signée et co-pilotée en haut-lieu. Il ne s’agit ni plus ni moins d’exposer qu’en interne du PS des franges significatives estiment que le mouvement Macron est plus à même d’offrir les garanties nécessaires pour exercer le pouvoir que le pilier gauche de la démocratie bourgeoise.

La preuve est dans le texte : « à l’issue de la désignation incontestable de Benoît Hamon, nous avons affirmé une attitude de “retrait”, tant ses orientations prenaient le contre-pied de la politique que nous n’avions cessé de défendre devant nos électeurs. Il s’agissait de ne pas les trahir, sans nier le résultat de la primaire  ». Mais cette rupture collective est aussi une première après des mois où le PS s’est retrouvé sous pression sur sa droite et sur sa gauche. La première secousse qui annonce une réaction en chaîne ? C’est bel et bien la principale inquiétude aujourd’hui des soutiens et partisans de Benoît Hamon. Et il s’agit-là d’un scénario qui signifie ni plus ni moins que l’explosion du PS est loin d’être à écartée.

Pour Hamon, le risque de se retrouver seul avec Mélenchon

Emmanuel Macron est le grand bénéficiaire de cette tribune de soutien qui fait suite au ralliement de Delanoë, l’ancien maire de Paris. Hamon se retrouve aujourd’hui bien seul, lui qui justifiait ses distances avec Mélenchon au nom de la nécessité de ne pas effrayer l’aile droite du PS. C’est d’ailleurs le spectre mélenchoniste qui est avancé par les signataires de la tribune et qui en dit long sur les motifs de rupture : « La campagne de Benoît Hamon a confirmé l’intention de rompre avec cette mandature et de fédérer tout ce qu’elle compte d’opposants à la majorité sortante ! Cette stratégie ne permettra pas de définir un programme crédible de gouvernement pour la fin mai. La situation convalescente de la France suppose un autre projet que l’exaltation d’une démarche inspirée par Die Linke en Allemagne, Podemos en Espagne ou Jeremy Corbyn en Grande-Bretagne, qui n’aboutit qu’à maintenir les droites au pouvoir dans ces pays. » Dans ce cadre, la pression à gauche s’intensifie aussi sur le Parti Socialiste.

En effet, il ne « reste »plus que l’Europe comme point de clivage entre Hamon et Mélenchon. Mais c’est surtout le candidat de la France Insoumise qui se retrouve potentiellement en position de force. C’est avant tout l’argument d’un PS comme « seul crédible » à exercer le pouvoir à gauche qui est aujourd’hui remis en cause. Et une question se pose : si des éléments droitiers du PS quittent le navire, peut-il y avoir des mouvements similaires à la gauche de l’appareil ? Cela semble bien entendu plus difficile, puisqu’il s’agit avant tout de l’espace politique du candidat socialiste. Il n’en demeure pas moins que l’événement politique que représente cette tribune pourrait faire bouger les lignes.

Ce qui est sûr, c’est qu’un accord Mélenchon/Hamon ou des ruptures sur la gauche du PS ne sont pas des scénarios à exclure. Et si l’une de ces deux options se réalisait, cela signifierait très certainement un coup dur dans l’appareil socialiste qui aurait bien du mal à s’en relever... tout en reconfigurant profondément le paysage politique en France. En attendant, pour temporiser, ordre a été donné aux ministres du gouvernement de ne se déclarer pour aucun candidat avant le 24 mars. Il va sans dire qu’après cette date, nombreux pourraient être ceux qui se bousculeront au portillon d’En Marche, relaçant de plus belle la crise au sein du PS.




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